Time goes by. (hai ♥)
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(c) rex corvus

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luzerne

Lun 17 Avr - 18:45

ft. le + bg


Hai n'est pas digne de recevoir de la compassion. Il n'y a nul besoin de s'émouvoir du sort du rejeton d'un riche couple d'affaires, qui vit dans une extraordinaire maison, et continue de faire accroître sa fortune grâce à leurs indéniables compétences. Hai n'a nulle raison de connaître le malheur. Le seul danger auquel il peut véritablement s'exposer, c'est cette routine destructive qui érode les esprits - les maux modernes, spécialement conçus pour le XXIe siècle. Peur de l'engagement, des responsabilités ou de la solitude sont autour de sources potentielles de souffrances pour un esprit habitué à un confort extrême. Et pourtant, dans les yeux noirs de Hai, tu y lirais peut-être autre chose. Ce n'est pas tant la certitude que cette chambre, avec son ameublement, lui est un dû auquel il ne peut qu'avoir le droit, que le détachement profond vis-à-vis de meubles qui ne pourront jamais le sauver.
En vérité, tu pourrais lui voler quelque chose, Henry, il ne s'en soucierait guère. A quoi Hai est-il véritablement attaché ? Il n'y a là qu'une seule réponse : l’inviolabilité d'une portion d'espace qu'il considère comme son territoire. Un territoire que tu envahis de ta présence intrusive, de tes yeux curieux, de tes interrogations rêveuses. Hai te regarde sans en avoir l'air. Sur son petit bureau, dans un coin que tu ne peux voir de là où tu te trouves, se trouve un miroir ; il s'agit en fait bien plutôt d'une surface réfléchissante, apposée à un porte-documents, mais cette façade est si brillante qu'il peut distinguer les contours nets de ta silhouette sombre. Ta vêture pauvre et tes manières de nécessiteux ne parviennent pas à éveiller la pitié en lui. Pourtant, un écho résonne subitement dans ses souvenirs.

Car il y avait ce garçon, aux traits chinois incontestables, les lèvres pleines et souriantes, qui aimait à se pencher sur ses propres draps défaits. Dans son regard brillait la plus illustre admiration. Il disait, Hai, j'aurais besoin d'un nouveau matelas,
je crois.
Et pourtant, il n'y avait pas la moindre once de désir dans sa personne. Il énonçait ce besoin avec une totale indifférence, comme s'il lui était étranger ; ce n'était là qu'un constat qui ne l'engageait en rien. Sa froideur à l'égard de son dénuement, allié à l'extraordinaire passion pour ce qui lui appartenait, offrait un contraste qui le rendait beau comme un sage.
Et pour la première fois de sa vie, Hai se surprit à penser que, peut-être, les causes profondes de ses insomnies n'avaient rien à voir avec sa literie.


Les mots franchissent ses lèvres avant qu'il ne puisse les retenir.
« On y dort normalement. Le lit ne fait rien pour vous aider si vous ne parvenez pas à fermer l'œil. »
La voix de Hai est différente, cela te paraît sans doute évident. Elle traîne, elle se fait légère ; elle reflète une inconscience que l'on ne soupçonne pas chez lui. Dans ces deux phrases résonnant d'une vérité simple mais difficile à obtenir, il y a un total relâchement - un Hai qui ne se maîtrise pas, qui malgré ses prunelles fixées sur ton reflet ne parvient pas à te voir. Tout comme cette interrogation qui t'échappe involontairement, éclat de voix irréfléchi qui te plonge dans l'embarras. La même gêne teinte l'âme de Hai. Il se dit qu'il ne devrait pas te répondre ; tu en sais déjà assez, et puis, en t'ignorant, peut-être parviendra-t-il à passer outre ton existence. Il pourrait faire comme si tu n'existais pas, et retrouver le bonheur.
Mais il n'y a rien que Hai pourrait faire. Son livre gît oublié sur le canapé, et il ne veut n'y redescendre ni en commencer un autre - en outre, sa chambre ne contient nul ouvrage, comme s'il refusait l'accès de son refuge nocturne à la connaissance, peut-être est-elle trop personnelle pour entrer dans la demeure blanche de ses nuits. Quant au travail, il y a fort longtemps que Hai le néglige ; il s'attend sans cesse à des remontrances qui ne viennent pas. Et de plus en plus, il pense que cette attitude est calculée, afin de le pousser à céder, à admettre ses propres fautes.
« Ma famille est riche. Ne me dis pas que tu ne l'avais pas compris. »
Le mépris fait vibrer sa voix.
Mais peut-être a-t-il perdu en vigueur.
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myosotis

Sam 29 Avr - 14:32

ft. le + beau


Henry peinait à détacher ses yeux des draps à la douceur de flanelle - un plaisir visuel qu'il pouvait apprécier, à défaut de posséder le lit de ses envies. Une fois le poing enfoncé dans l'oreiller, il n'osa plus toucher l'objet de ses désirs, par peur de découvrir quelque agrément si tentant que dérober le lit de Kang pour le mettre dans sa propre chambre ne devienne une obsession à laquelle il ne saurait résister. Kang, méprisant dans son coin, ne se rendait même pas compte de la chance qu'il avait : il dédaignait le sommier parfait en laissant l'insomnie dominer son esprit. Henry ne parvint pas à éprouver de la compassion pour lui, ni même de la colère : tout cela n'avait plus d'importance pour lui. Il prenait peu à peu conscience du fossé qui le séparait de son hôte, fossé qui ne reposait pas uniquement sur une différence de fortune évidente ou bien sur la couleur de la peau, mais sur une mentalité opposée et bien entendu incompatible. Kang n'attachait pas d'importance aux possessions matérielles, si ce n'est lorsque leur propriété lui semblait compromise - mais connaître la valeur réelle d'un objet, il en était sans doute incapable. Kang était aussi torturé - il n'avait sans doute pas désiré lui faire cet aveu, mais Henry était loin d'être stupide et se doutait bien que la plupart des personnes qui dormaient mal avaient l'esprit agité et peinaient à trouver le sommeil à cause de pensées parasites. Il en faisait d'ailleurs l'expérience depuis quelques mois, lui pour qui glisser dans le sommeil avait été jusque là la chose la plus facile qu'il pouvait effectuer. Savoir ce qui pouvait torturer un gosse de riche comme Kang n'intéressait pas vraiment Henry - oh, s'il était mauvaise langue, il aurait dit que c'était sa conscience qui l'empêchait de trouver le repos, mais aux yeux du métis, le Chinois semblait totalement dépourvu de cette petite voix intérieure bien utile. Kang ne lui aurait pas opposé cette haine étouffée s'il l'avait possédée. Henry se contenta de hausser les épaules - lui aurait parfaitement dormi dans un lit tel que celui-ci, avec le danger il est vrai de ne plus pouvoir l'en faire sortir. Si Kang n'en était pas satisfait, il n'avait qu'à le lui donner, après tout.
L'hostilité de Kang grandissait de minutes en minutes, au point où le Chinois sautait impitoyablement sur la moindre occasion de rabaisser Henry et le faire passer pour quelqu'un de stupide mais n'en avait-il pas assez à la longue. Henry se retint de soupirer - il se sentait tout à coup si fatigué, et tout simplement lassé de ce jeu de chat et de souris que Kang voulait mener mais qui n'intéressait pas le moins du monde Henry. Les personnes qui ne l'aimaient pas ne méritaient pas son attention, et il reconnaissait désormais avoir eu tort de se laisser emporter par Kang - mais ce n'était pas sa faute, Henry était incapable de rester indifférent face à lui. Le Chinois éveillait quelque chose en lui - des sentiments négatifs et violents qui titillait ses maigres instincts prédateurs et lui faisaient sortir les crocs. Pourquoi avait-il envie d'écraser une bonne fois pour toutes Kang - de le faire payer un affront qu'il tolérait pourtant avec un haussement d'épaules chez les autres ? Pourquoi se sentait-il blessé de ne pas être apprécié de son hôte, alors qu'il avait l'habitude des regards hautains et des sous-entendus mesquins qui faisaient de lui quelqu'un de tout à fait non-nécessaire au monde ? Il s'arracha à la contemplation du lit et se tourna vers Kang - et à cet instant, Henry paraissait être à des années-lumières de là, prêt à laisser la partie rationnelle de son esprit s'éteindre pour permettre à son instinct sauvage de prendre le dessus. Mais en vérité, Henry réfléchissait sans mot, tentait de comprendre son hôte et de déterminer ce qu'il pouvait lui faire pour se venger correctement.
Et puis, soudainement, Henry s'assit dignement sur le lit, dans un geste de provocation évident, mais qui allait bien moins loin que ce qu'il rêvait d'y faire, à savoir y dormir. Ses yeux sombres cherchèrent ceux de Kang et s'y plantèrent, pour forcer le Chinois à le regarder droit dans les yeux et ne pas se défiler lorsqu'il lui poserait la question fatidique. Henry ne soupçonnait pas qu'il disposât de tant d'autorité, et pourtant, lorsque la phrase sortit, elle était dotée d'une telle force qu'il se rendit compte qu'il se connaissait moins bien qu'il ne le pensait, et qu'il n'était pas seulement cette loque humaine fatiguée de la vie :

« Dis, Kang, explique-moi pourquoi tu ne m'aimes pas, pourquoi chacun de tes propos est corrosif et qu'est-ce que tu me reproches pour que tu me traites comme ça ? »

Le jeune homme avait évidemment ses idées, mais il ne les exprima pas à voix haute - c'était le genre de vérité que certaines personnes niaient défendre alors que leur comportement parlait pour eux. Il préféra garder son calme, ce qui n'était pas bien compliqué compte tenu de son caractère apathique, et laissa Kang affronter par lui-même la cruauté de ses propos.
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(c) rex corvus

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luzerne

Lun 8 Mai - 11:42

ft. le + bg


Hai n'est plus tout à fait là, il n'est plus tout à fait présent à tes côtés. La forme noire de ton corps frappe bien la pupille de son œil, mais lui ne te voit pas. A ta place, il imagine des traits plus asiatiques, un teint plus doré, une silhouette plus fine et plus petite - un garçon qui ne te ressemble pas, mais qui ne s'est pas créé dans les méandres de son imagination ; plutôt un reliquat de son passé, auquel il s'accroche désespérément à présent qu'il s'est imposé à lui. Mais tu n'es pas lui, et il ne sait pas, Hai, quelle place tu occupes réellement dans sa vie.
Te haïr est beaucoup trop dur.
Car cela nécessite de mobiliser toutes ses forces, désormais ; tu n'es plus un type un peu lourd qui sonne à sa porte et que l'on renvoie d'un geste sans plus jamais y penser, tu as été accepté par ses parents. Hai se demande si c'est le destin. Il ne croit pas à l'existence d'une telle entité, mais a-t-il vraiment les arguments nécessaires pour prouver qu'elle n'existe pas ? Nietzsche même n'y est pas parvenu, alors que peut-il face à la réalité de ton existence ?
Ta question le surprend ; il ne s'est pas rendu compte que tu t'es assis sur son lit, et l'étonnement face à ton interrogation l'empêche de t'en faire la remarque. Peut-être a-t-il déjà abandonné, peut-être n'a-t-il plus envie de lutter. Au lieu de cela, il se concentre sur tes mots. Il admire la détermination que tu as à les prononcer ; combien d'autres auraient le courage de rester chez lui pour le dîner, et de lui demander, droit dans les yeux, pourquoi il ne les aime pas ? Il n'en connaît qu'un seul, un petit Chinois qui appartient à son passé - et à qui il s'est attaché, malgré tout.
Hai pense qu'il sera facile de répondre.
Puis il ouvre la bouche, et aucun son ne sort.
Est-il facile de dire qu'il te déteste sans raison aucune, si ce n'est sa propre haine ? Il devrait le faire, ce devrait être aisé - et pourtant, non, il sent quelque chose le retenir. Un je-ne-sais-quoi qui lui fait prendre conscience que tu ne mérites pas cela. Ce n'est même pas parce qu'il craint que tu répéteras ses paroles ; d'ailleurs, si tu le faisais, ce ne serait pas très grave tant que ses parents n'en entendent rien.
Finalement Hai trouve la réponse qu'il cherchait.
« Tu n'es rien pour moi. Je ne vois pas pourquoi je devrais bien te traiter. »
Du moins sa réponse est-elle parfaitement sincère. Hai se lève de son bureau, s'approche de toi. Dans ses yeux noirs, impossible de déceler la moindre émotion ; les sentiments semblent se mêler sur ses prunelles d'ébène. Puis il s'assoit à côté de toi ; mais il le fait en tentant d'y mettre une grâce qui, selon lui, te fait défaut.
« Et toi, pourquoi es-tu là ? Quel imbécile rentrerait dans la chambre de quelqu'un qui le déteste ? »
Sa curiosité est réelle. Il ne comprend guère les raisons de ton acte, si ce n'est pour l'embêter ; et oh, comme il aimerait que ce ne soit pas une pulsion que tu ne peux t'expliquer. Cela reviendrait alors à dire que vous n'aviez probablement pas le choix, dans cette histoire.
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