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Time goes by. (hai ♥)
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Lun 17 Avr - 18:45

ft. le + bg


Hai n'est pas digne de recevoir de la compassion. Il n'y a nul besoin de s'émouvoir du sort du rejeton d'un riche couple d'affaires, qui vit dans une extraordinaire maison, et continue de faire accroître sa fortune grâce à leurs indéniables compétences. Hai n'a nulle raison de connaître le malheur. Le seul danger auquel il peut véritablement s'exposer, c'est cette routine destructive qui érode les esprits - les maux modernes, spécialement conçus pour le XXIe siècle. Peur de l'engagement, des responsabilités ou de la solitude sont autour de sources potentielles de souffrances pour un esprit habitué à un confort extrême. Et pourtant, dans les yeux noirs de Hai, tu y lirais peut-être autre chose. Ce n'est pas tant la certitude que cette chambre, avec son ameublement, lui est un dû auquel il ne peut qu'avoir le droit, que le détachement profond vis-à-vis de meubles qui ne pourront jamais le sauver.
En vérité, tu pourrais lui voler quelque chose, Henry, il ne s'en soucierait guère. A quoi Hai est-il véritablement attaché ? Il n'y a là qu'une seule réponse : l’inviolabilité d'une portion d'espace qu'il considère comme son territoire. Un territoire que tu envahis de ta présence intrusive, de tes yeux curieux, de tes interrogations rêveuses. Hai te regarde sans en avoir l'air. Sur son petit bureau, dans un coin que tu ne peux voir de là où tu te trouves, se trouve un miroir ; il s'agit en fait bien plutôt d'une surface réfléchissante, apposée à un porte-documents, mais cette façade est si brillante qu'il peut distinguer les contours nets de ta silhouette sombre. Ta vêture pauvre et tes manières de nécessiteux ne parviennent pas à éveiller la pitié en lui. Pourtant, un écho résonne subitement dans ses souvenirs.

Car il y avait ce garçon, aux traits chinois incontestables, les lèvres pleines et souriantes, qui aimait à se pencher sur ses propres draps défaits. Dans son regard brillait la plus illustre admiration. Il disait, Hai, j'aurais besoin d'un nouveau matelas,
je crois.
Et pourtant, il n'y avait pas la moindre once de désir dans sa personne. Il énonçait ce besoin avec une totale indifférence, comme s'il lui était étranger ; ce n'était là qu'un constat qui ne l'engageait en rien. Sa froideur à l'égard de son dénuement, allié à l'extraordinaire passion pour ce qui lui appartenait, offrait un contraste qui le rendait beau comme un sage.
Et pour la première fois de sa vie, Hai se surprit à penser que, peut-être, les causes profondes de ses insomnies n'avaient rien à voir avec sa literie.


Les mots franchissent ses lèvres avant qu'il ne puisse les retenir.
« On y dort normalement. Le lit ne fait rien pour vous aider si vous ne parvenez pas à fermer l'œil. »
La voix de Hai est différente, cela te paraît sans doute évident. Elle traîne, elle se fait légère ; elle reflète une inconscience que l'on ne soupçonne pas chez lui. Dans ces deux phrases résonnant d'une vérité simple mais difficile à obtenir, il y a un total relâchement - un Hai qui ne se maîtrise pas, qui malgré ses prunelles fixées sur ton reflet ne parvient pas à te voir. Tout comme cette interrogation qui t'échappe involontairement, éclat de voix irréfléchi qui te plonge dans l'embarras. La même gêne teinte l'âme de Hai. Il se dit qu'il ne devrait pas te répondre ; tu en sais déjà assez, et puis, en t'ignorant, peut-être parviendra-t-il à passer outre ton existence. Il pourrait faire comme si tu n'existais pas, et retrouver le bonheur.
Mais il n'y a rien que Hai pourrait faire. Son livre gît oublié sur le canapé, et il ne veut n'y redescendre ni en commencer un autre - en outre, sa chambre ne contient nul ouvrage, comme s'il refusait l'accès de son refuge nocturne à la connaissance, peut-être est-elle trop personnelle pour entrer dans la demeure blanche de ses nuits. Quant au travail, il y a fort longtemps que Hai le néglige ; il s'attend sans cesse à des remontrances qui ne viennent pas. Et de plus en plus, il pense que cette attitude est calculée, afin de le pousser à céder, à admettre ses propres fautes.
« Ma famille est riche. Ne me dis pas que tu ne l'avais pas compris. »
Le mépris fait vibrer sa voix.
Mais peut-être a-t-il perdu en vigueur.
 
myosotis
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Sam 29 Avr - 14:32

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Henry peinait à détacher ses yeux des draps à la douceur de flanelle - un plaisir visuel qu'il pouvait apprécier, à défaut de posséder le lit de ses envies. Une fois le poing enfoncé dans l'oreiller, il n'osa plus toucher l'objet de ses désirs, par peur de découvrir quelque agrément si tentant que dérober le lit de Kang pour le mettre dans sa propre chambre ne devienne une obsession à laquelle il ne saurait résister. Kang, méprisant dans son coin, ne se rendait même pas compte de la chance qu'il avait : il dédaignait le sommier parfait en laissant l'insomnie dominer son esprit. Henry ne parvint pas à éprouver de la compassion pour lui, ni même de la colère : tout cela n'avait plus d'importance pour lui. Il prenait peu à peu conscience du fossé qui le séparait de son hôte, fossé qui ne reposait pas uniquement sur une différence de fortune évidente ou bien sur la couleur de la peau, mais sur une mentalité opposée et bien entendu incompatible. Kang n'attachait pas d'importance aux possessions matérielles, si ce n'est lorsque leur propriété lui semblait compromise - mais connaître la valeur réelle d'un objet, il en était sans doute incapable. Kang était aussi torturé - il n'avait sans doute pas désiré lui faire cet aveu, mais Henry était loin d'être stupide et se doutait bien que la plupart des personnes qui dormaient mal avaient l'esprit agité et peinaient à trouver le sommeil à cause de pensées parasites. Il en faisait d'ailleurs l'expérience depuis quelques mois, lui pour qui glisser dans le sommeil avait été jusque là la chose la plus facile qu'il pouvait effectuer. Savoir ce qui pouvait torturer un gosse de riche comme Kang n'intéressait pas vraiment Henry - oh, s'il était mauvaise langue, il aurait dit que c'était sa conscience qui l'empêchait de trouver le repos, mais aux yeux du métis, le Chinois semblait totalement dépourvu de cette petite voix intérieure bien utile. Kang ne lui aurait pas opposé cette haine étouffée s'il l'avait possédée. Henry se contenta de hausser les épaules - lui aurait parfaitement dormi dans un lit tel que celui-ci, avec le danger il est vrai de ne plus pouvoir l'en faire sortir. Si Kang n'en était pas satisfait, il n'avait qu'à le lui donner, après tout.
L'hostilité de Kang grandissait de minutes en minutes, au point où le Chinois sautait impitoyablement sur la moindre occasion de rabaisser Henry et le faire passer pour quelqu'un de stupide mais n'en avait-il pas assez à la longue. Henry se retint de soupirer - il se sentait tout à coup si fatigué, et tout simplement lassé de ce jeu de chat et de souris que Kang voulait mener mais qui n'intéressait pas le moins du monde Henry. Les personnes qui ne l'aimaient pas ne méritaient pas son attention, et il reconnaissait désormais avoir eu tort de se laisser emporter par Kang - mais ce n'était pas sa faute, Henry était incapable de rester indifférent face à lui. Le Chinois éveillait quelque chose en lui - des sentiments négatifs et violents qui titillait ses maigres instincts prédateurs et lui faisaient sortir les crocs. Pourquoi avait-il envie d'écraser une bonne fois pour toutes Kang - de le faire payer un affront qu'il tolérait pourtant avec un haussement d'épaules chez les autres ? Pourquoi se sentait-il blessé de ne pas être apprécié de son hôte, alors qu'il avait l'habitude des regards hautains et des sous-entendus mesquins qui faisaient de lui quelqu'un de tout à fait non-nécessaire au monde ? Il s'arracha à la contemplation du lit et se tourna vers Kang - et à cet instant, Henry paraissait être à des années-lumières de là, prêt à laisser la partie rationnelle de son esprit s'éteindre pour permettre à son instinct sauvage de prendre le dessus. Mais en vérité, Henry réfléchissait sans mot, tentait de comprendre son hôte et de déterminer ce qu'il pouvait lui faire pour se venger correctement.
Et puis, soudainement, Henry s'assit dignement sur le lit, dans un geste de provocation évident, mais qui allait bien moins loin que ce qu'il rêvait d'y faire, à savoir y dormir. Ses yeux sombres cherchèrent ceux de Kang et s'y plantèrent, pour forcer le Chinois à le regarder droit dans les yeux et ne pas se défiler lorsqu'il lui poserait la question fatidique. Henry ne soupçonnait pas qu'il disposât de tant d'autorité, et pourtant, lorsque la phrase sortit, elle était dotée d'une telle force qu'il se rendit compte qu'il se connaissait moins bien qu'il ne le pensait, et qu'il n'était pas seulement cette loque humaine fatiguée de la vie :

« Dis, Kang, explique-moi pourquoi tu ne m'aimes pas, pourquoi chacun de tes propos est corrosif et qu'est-ce que tu me reproches pour que tu me traites comme ça ? »

Le jeune homme avait évidemment ses idées, mais il ne les exprima pas à voix haute - c'était le genre de vérité que certaines personnes niaient défendre alors que leur comportement parlait pour eux. Il préféra garder son calme, ce qui n'était pas bien compliqué compte tenu de son caractère apathique, et laissa Kang affronter par lui-même la cruauté de ses propos.
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Lun 8 Mai - 11:42

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Hai n'est plus tout à fait là, il n'est plus tout à fait présent à tes côtés. La forme noire de ton corps frappe bien la pupille de son œil, mais lui ne te voit pas. A ta place, il imagine des traits plus asiatiques, un teint plus doré, une silhouette plus fine et plus petite - un garçon qui ne te ressemble pas, mais qui ne s'est pas créé dans les méandres de son imagination ; plutôt un reliquat de son passé, auquel il s'accroche désespérément à présent qu'il s'est imposé à lui. Mais tu n'es pas lui, et il ne sait pas, Hai, quelle place tu occupes réellement dans sa vie.
Te haïr est beaucoup trop dur.
Car cela nécessite de mobiliser toutes ses forces, désormais ; tu n'es plus un type un peu lourd qui sonne à sa porte et que l'on renvoie d'un geste sans plus jamais y penser, tu as été accepté par ses parents. Hai se demande si c'est le destin. Il ne croit pas à l'existence d'une telle entité, mais a-t-il vraiment les arguments nécessaires pour prouver qu'elle n'existe pas ? Nietzsche même n'y est pas parvenu, alors que peut-il face à la réalité de ton existence ?
Ta question le surprend ; il ne s'est pas rendu compte que tu t'es assis sur son lit, et l'étonnement face à ton interrogation l'empêche de t'en faire la remarque. Peut-être a-t-il déjà abandonné, peut-être n'a-t-il plus envie de lutter. Au lieu de cela, il se concentre sur tes mots. Il admire la détermination que tu as à les prononcer ; combien d'autres auraient le courage de rester chez lui pour le dîner, et de lui demander, droit dans les yeux, pourquoi il ne les aime pas ? Il n'en connaît qu'un seul, un petit Chinois qui appartient à son passé - et à qui il s'est attaché, malgré tout.
Hai pense qu'il sera facile de répondre.
Puis il ouvre la bouche, et aucun son ne sort.
Est-il facile de dire qu'il te déteste sans raison aucune, si ce n'est sa propre haine ? Il devrait le faire, ce devrait être aisé - et pourtant, non, il sent quelque chose le retenir. Un je-ne-sais-quoi qui lui fait prendre conscience que tu ne mérites pas cela. Ce n'est même pas parce qu'il craint que tu répéteras ses paroles ; d'ailleurs, si tu le faisais, ce ne serait pas très grave tant que ses parents n'en entendent rien.
Finalement Hai trouve la réponse qu'il cherchait.
« Tu n'es rien pour moi. Je ne vois pas pourquoi je devrais bien te traiter. »
Du moins sa réponse est-elle parfaitement sincère. Hai se lève de son bureau, s'approche de toi. Dans ses yeux noirs, impossible de déceler la moindre émotion ; les sentiments semblent se mêler sur ses prunelles d'ébène. Puis il s'assoit à côté de toi ; mais il le fait en tentant d'y mettre une grâce qui, selon lui, te fait défaut.
« Et toi, pourquoi es-tu là ? Quel imbécile rentrerait dans la chambre de quelqu'un qui le déteste ? »
Sa curiosité est réelle. Il ne comprend guère les raisons de ton acte, si ce n'est pour l'embêter ; et oh, comme il aimerait que ce ne soit pas une pulsion que tu ne peux t'expliquer. Cela reviendrait alors à dire que vous n'aviez probablement pas le choix, dans cette histoire.
 
myosotis
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Mar 1 Aoû - 11:54

ft. le + beau


Henry s'était préparé au pire : compte tenu de l'hostilité de Kang à son égard, il s'attendait à une vague d'honnêteté cinglante qui balayerait tout sur son passage et mettrait à mal la fierté que le métis pouvait ressentir. Il n'était pas certain de pouvoir tenir avec son indifférence habituelle à un tel assaut de mépris, mais il se sentait obligé de s'y exposer s'il voulait pouvoir surmonter la terrible contradiction qui s'appelait Hai Kang. Pourtant, rien de ce que le jeune homme n'avait prédit ne se produisit. Tout d'abord, Kang ne lui reprocha pas de s'être accaparé son lit. Cela ne voulait pas dire qu'il l'acceptait, mais le fait qu'il y fît abstraction prouvait que le Chinois était probablement trop perturbé par la situation pour défendre farouchement son espace vital. Cela voulait dire qu'avec sa question, Henry était parvenu à le déstabiliser comme prévu. La nouvelle le réjouissait un peu. Mais pas beaucoup.
La simplicité honnête de la réponse de Kang le désarçonna. Henry ne sut que répondre à cette réponse brute de sincérité. Effectivement, ils n'étaient rien pour l'autre, ils ne se connaissaient pas, et Henry aurait volontiers abondé dans son sens. Mais il sentait autre chose - comme s'il devait faire l'effort de connaître davantage le Chinois, comme s'il était un membre de sa famille perdu de longue date. Kang ne partageait sans doute pas la même sensation. Il n'avait pas vécu d'expérience mystique comme lui-même avec le portefeuille. Que le sentiment fût unilatéral le déçut profondément - il aurait aimé devenir ami avec ce crétin de Kang, même s'il ne comprenait pas pourquoi, tant ce type le révoltait. Il n'avait même pas envie de répondre avec sincérité à la question de Kang, lui avouer ce qu'il sentait. Henry préféra jouer la carte de la sagesse.

« Ce n'est pas parce que tu connais pas quelqu'un que tu es obligé de le traiter comme de la merde, le contredit-il. Soit tu n'aimes pas ma tronche, soit je t'ai fait quelque chose qui t'a fait me détester, mais il y a forcément une raison. Et j'ai ma petite idée à ce sujet, mais je préfère te l'entendre la dire en face. »

Subitement, Henry se leva, révélant une taille plus qu'honorable en comparaison de laquelle la plupart des gens paraissaient petits. Il comptait bien s'en servir pour impressionner Kang, même si ses muscles étaient loin d'être aussi forts que sa carrure. Il s'approcha de lui, suffisamment proche pour que sa présence parût menaçante, et il le regarda de haut, avec tout le mépris dont il était capable - il était convaincant, mais loin d'être au niveau du Chinois.

« Tu veux savoir ? Tu n'es pas le seul à détester. Je te déteste également. Parce que tu es une personne arrogante et égoïste qui ne pense qu'à elle-même, qui n'a aucun respect pour autrui. Tu baisses la queue devant tes parents parce que tu es lâche, mais en comparaison de l'immense somme de tes défauts, cette lâcheté est presque une qualité, c'est bien la seule chose qui te rend supportable. Mais ça ne me fera pas t'aimer. Alors je reste parce que je sais que ça te fait chier. »

Il resta encore quelques instants à toiser Kang pour faire bonne mesure, puis il se retourna et s'installa sans gêne sur son lit, en enfonçant son poing dans la couette bien moelleuse. Rester indéfiniment méprisant n'était pas quelque chose qu'Henry faisait facilement : il était plus habitué à son indifférence plus facile à conserver sur la longue durée. Face à une autre personne, il serait sans doute déjà passé à autre chose, mais le Chinois l'énervait tellement qu'Henry commençait à comprendre qu'il aurait besoin de plusieurs heures pour se calmer - et peut-être aurait-il du mal à dormir cette nuit, ce qui ne lui arrivait jamais.

« Tu peux t'estimer heureux, avoua-t-il enfin en retrouvant son ton normal, c'est la première fois que je déteste quelqu'un. »

Bizarrement, Henry était persuadé que ce genre de compliment faisait plaisir à l'esprit tordu de Kang - alors qu'il aurait été attristé si quelqu'un lui avait fait la même remarque.

« Alors, j'attends, reprit-il tout de suite après. Tes vraies raisons. »
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Mer 9 Aoû - 14:59

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La réponse que Hai t'a offerte était sincère. Il a certes de très nombreux défauts, mais il n'est pas dans ses habitudes de mentir dans de telles circonstances. Sa franchise dévoile finalement sa nature intérieure : cette façon que Hai a d'éviter les conflits quand cela lui est possible, de rejeter les autres pour ne pas être blessé par eux. Et puis, ses idées préconçues, trop bien moulées, qui ne demandent qu'à être éparpillées au gré du vent - elles transparaissent dans sa réponse, bien qu'il se refuse à les concrétiser.
Et toi, tu ne vois rien.
Il est aisé de croire que Hai ment, ou détourne la réalité ; et pour sûr, il omet des zones d'ombre qu'il juge trop néfaste pour votre échange. Il ne désire pas tant te ménager que préserver la petite bulle dans laquelle vous avez réussi à trouver un terrain d'entente. Il y parvient presque, si ce n'est que tu ne lui accordes pas ta confiance. Tu ne crois pas à ses mots, et cette défiance l'aurait blessé si elle n'avait été réciproque.
Lui t'écoute pourtant avec attention ; il semble se plonger dans tes paroles avec l'avidité d'un écolier désireux d'apprendre. Tu es un professeur, mais ce n'est pas ce qui l'attire chez toi ; c'est probablement bien plus ton charisme qui le pousse à t'écouter en silence, et à ingurgiter chacune des nuances de tes sentences. Il lève les yeux vers toi, un regard totalement dénué de cette haine en cet instant, juste de la curiosité, et peut-être un soupçon de gêne. Ta taille ne l'écrase pas, mais elle marque son esprit - comme si subitement, Hai se rendait compte qu'ils étaient tous les adultes. Les adultes discutent.
(Bon sang, il a déjà vingt-six ans.)
Mais Hai est bien obligé d'admettre que tu dis la vérité, et il ne voit pas pourquoi il irait te contredire. Si tu as raison, alors tu lui épargnes la peine de parler. Et quand tu finis par retourner sur le lit, tu n'es accueilli par le silence glacé d'un homme qui ne sait pas quoi te répondre.
Un ange passe.
« Eh bien, étais-tu vraiment obligé de t'imposer comme tu le fais, et d'entrer dans ma vie par la grande porte ? Tu peux peut-être concevoir que je n'apprécie pas cela. » Ce qui lui paraît très raisonnable. Puis, songeant à autre chose, il ajoute d'une voix traînante : « Et je respecte mes parents. Leur obéir est la seule alternative. Je suppose que ça, tu ne peux pas le comprendre. »
A son tour, Hai se lève et se plante devant toi. Cette fois, c'est lui qui te domine de toute sa hauteur ; et ses yeux glissent sur ton visage basané, qu'il prend la peine de détailler pour la première fois. Vos traits sont différents l'un de l'autre ; vos origines vous séparent et cela creuse un océan entre vous. Pourtant, il y a quelque chose dans ton visage de curieusement familier. Il ne saurait dire quoi ; ce n'est qu'une impression fugitive, et désagréable par dessus le marché, qu'il tente vite d'ignorer.
« Si tu me détestes, rien ne t'empêche de t'en aller. Je peux prévenir mes parents que tu as eu un empêchement de dernière minute, ou ce que tu veux. Parce que franchement, rester dans le coin juste pour m'emmerder, c'est assez pitoyable. »
Pourtant Hai ne bouge pas, ne fait rien pour t'indiquer la sortie. Il ne désire pas te voir rester. Mais après ton agression, Hai n'a pas envie de te chasser de chez lui. Il aurait l'impression de perdre, et tu sais déjà qu'il n'aime pas cela.
 
myosotis
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Lun 14 Aoû - 19:30

ft. le + beau


C'était la haine à l'état pur qui s'était déversée de la bouche d'Henry lorsqu'il avait avoué à Kang à quel point il ne l'aimait pas, une haine à laquelle il n'était pas franchement habitué et qui le faisait même un peu frémir. Il ne s'attendait pas à un tel déferlement et contemplait avec un étonnement coi ce qu'il avait provoqué. À tous les coups, Kang allait s'énerver, ou lui sortir l'une de ses réparties dont lui seul avait le secret pour lui démontrer à quel point la haine d'Henry n'avait que peu de valeur et qu'elle n'existait pas pour lui. Se faire une nouvelle fois nier sa dignité, c'était ce à quoi Henry s'attendait, mais bien sûr, il se trompait sur toute la ligne.
Tout d'abord, parce qu'il ne détestait pas Kang aussi férocement que ce qu'il avait dit. Bien sûr, Henry ne l'appréciait pas du tout et était pris du besoin irrépressible de ne pas se laisser faire par lui, mais ce n'était pas la seule chose qu'il ressentait. Il se sentait lié au Chinois par le hasard d'une force cosmique qu'il ne comprenait pas. Comme s'il avait retrouvé, après une errance infinie, un membre de sa famille qu'il croyait perdu à jamais. Henry ne s'exprimait pas cette réaction, d'autant moins que le surnaturel n'avait qu'une existence toute relative pour lui. Si cela existait, ce n'était certainement pas pour lui. Mais les étranges expériences qu'il faisait ces derniers temps lui faisaient revoir son opinion.
Ensuite et surtout, parce que Kang n'explosa pas de colère comme Henry s'y était attendu. Il lui répondit beaucoup plus calmement. Ses paroles paraissaient même tout à fait raisonnables. Elles l'étaient. Il parvenait à comprendre son point de vue. Henry avait envie de se secouer la tête pour s'empêcher d'éprouver un soupçon d'empathie envers le Chinois, mais il n'y parvint pas. Il sentait que d'une certaine façon, il s'était peut-être un peu trop imposé dans la vie de cette famille.
Mais cela n'excusait pas la hauteur avec laquelle Kang l'avait accueilli à la porte.
Complètement las, Henry poussa un long soupir..Il n'avait plus autant envie de se battre avec Kang qu'avant. Il désirait plutôt faire la paix avec lui, même si cette idée paraissait franchement étrange. Il ne voyait pas comment c'était possible. Et pourtant... Kang semblait avoir fait un pas vers lui. Un pas léger, c'est vrai, mais pour la première fois, il ne l'avait pas traité comme une vermine indésirable. Juste un indésirable. Le changement était appréciable et apprécié. Pour un peu, Henry l'aurait remercié.
Presque.
Faut pas déconner.

« J'aurais voulu que tu me respectes, en fin de compte, avoua Henry d'un air fatigué. C'est tout. »

Un soupçon d'amertume lui cloua définitivement la gorge. Le respect. Kang ne lui en avait pas manifesté une seule once depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Dire qu'Henry avait eu tant d'espoirs ! Il avait cru qu'ils auraient pu devenir amis. Mais lorsqu'il avait appuyé sur la sonnette et que le visage franchement hostile de Kang s'était imposé face à lui, Henry avait compris que ce vain espoir ne verrait jamais le jour. Il se raccrochait cependant à l'idée qu'il aurait droit à un minimum de respect.
Mais même de cela, Kang l'avait privé.
Et cela lui manquait.
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Mer 16 Aoû - 11:25

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Hai ne comprend probablement ce que tu désires. Il n'est d'ailleurs même pas certain qu'il puisse te le donner. Peut-il accorder ce qu'il n'est pas en mesure d'offrir ? Il ne t'aime pas pour des raisons mauvaises, il ne t'aime pas pour des raisons stupides mais assez cohérentes avec son tempérament. Comprends-tu bien : tu débarques dans ta vie avec un portefeuille dont il ne se soucie guère, tu lui demandes une reconnaissance qu'il est loin d'éprouver, et tu t'incrustes dans son quotidien, l'empêchant de lire tranquillement son classique dans un fauteuil plus confortable encore que le lit sur lequel tu t'assois.
Hai est humain, et il a des failles. Très souvent, elles sont banales. Mais leurs conséquences, elles, ne le sont pas. Il peut sentir que vous n'êtes pas tout à fait à couteaux tirés, ou du moins vous ne l'êtes plus ; mais il ne se sent pas à l'aise avec toi. Tu es grand, et il est plus petit que toi ; tu es massif, alors qu'il est élancé ; tu portes en toi la fougue des rois, lui n'a que leur soif de pouvoir incessante. Il a mille raisons de se sentir inférieur à toi, ne l'emportant, au fond, que par sa richesse et son statut social - ce qui ne dépend pas de lui, dans le fond. Peut-être que Hai, dans le fond, se sent menacé par ton énergie ; il craint ta détermination qui parvient à briser son intimité, qui pourrait bien s'immiscer jusqu'à son âme.
Il se racle la gorge. Il est gêné.
« Oh, pitié. Ne me dis pas que c'est tout ce que tu veux. »
Hai ne te croit pas. Le respect, ce n'est pas quelque chose qui se force ; ce n'est pas en rencontrant ses parents et en allant dans sa chambre que tu vas réussir à l'avoir. Tu n'es pas son amant, et même si tu l'étais, il n'aurait jamais fait tout cela pour toi. Hai vit tout cela comme une agression. Tu constitues un point noir dans sa chambre immaculée ; une terrible gêne qui le fait, dans le fond, souffrir.
Il t'agrippe par le col, et son regard noir rencontre le tien, incisif, violent.
« Tu veux m'humilier. »
Et cela justifie seul pourquoi il ne peut t'accorder ce fameux respect ; nul à sa place ne le ferait. Peut-être a-t-il eu tort, à l'origine, de te mépriser ; mais à présent ce mépris s'est ancré dans son cœur, et il ne peut en sortir qu'avec du temps et de la patience.
Pour le coup, vous êtes en tort tous les deux, selon lui.
 
myosotis
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Jeu 17 Aoû - 9:45

ft. le + beau


La confession un peu pathétique qu'il avait osée faire rendait Henry plutôt honteux de lui. Il ne parvenait plus à regarder Kang dans les yeux, car il se faisait l'effet d'un petit enfant pauvre avouant en bafouillant le cadeau qu'il désirait vraiment pour Noël. Il savait que ce qu'il demandait n'était pas beaucoup. N'importe qui avait le droit à un minimum de respect. Et n'importe quelle personne bien éduquée le lui aurait offert sans arrière-pensée. Mis à part Kang, bien sûr.
Henry se sentait également gêné parce qu'il savait que le Chinois allait tirer parti de cette faiblesse et lui rirait au nez. Quelle que fut la définition qu'il donnait à ce mot, elle n'était pas la même que celle de Kang avait. Henry avait eu tort de considérer celui-ci comme une brute patibulaire. Kang était en fait incroyablement subtil. Il parvenait à lui faire se sentir coupable, à le convaincre qu'il avait raison. Quelle était cette magie ? Henry devait résister de toutes ses forces pour ne pas renoncer.
Il savait que ce n'était pas qu'une question de principe. Kang n'était pas aussi innocent que ce qu'il affirmait. S'il avait raison de dire que la visite d'Henry était une intrusion, peut-être se sentait-il trop facilement agressé par les autres. Car sa visite n'était au départ pas une intrusion, et pourtant, il l'avait traitée comme telle. Peut-être était-ce pour cela qu'Henry s'était invité : pour lui faire comprendre ce que cela faisait d'envahir l'intimité de quelqu'un. Il espérait toujours un peu naïvement que Kang s'améliorerait à son contact. Mais peut-être était-ce lui, Henry, qui avait besoin de s'améliorer un peu.
Ce n'était pas vraiment une surprise si Kang surinterprétait ses intentions. D'humiliation, il n'en avait jamais été question, même s'il est vrai qu'Henry poursuivait une quête vengeresse en s'acharnant ainsi sur lui. Il voulait simplement les remettre chacun au même niveau. Mais Kang ne se bornait pas seulement à vouloir l'éloigner de cet idéal : il faisait également tout ce qu'il pouvait pour rejeter la faute sur Henry. Parce qu'il le considérait comme une menace.

« Non. » répondit simplement Henry.

Nier plus énergiquement n'aurait servi à rien : maintenant que Kang était persuadé de sa culpabilité la plus complète, il n'y avait plus rien à faire pour le convaincre du contraire. Tout ce qu'Henry lui dirait serait soumis au prisme déformant de sa conscience. Lorsque vous êtes pris pour un menteur, plus personne ne croit à ce que vous dites. Cette situation, Henry ne l'avait encore jamais appréhendée, et il ne voyait pas ce qu'il pourrait faire d'autre sur le moment.
Mais cette colère que Kang éveillait en lui ne voulait pas s'éteindre. Devant un autre, Henry aurait enfin baissé les bras, estimant que le jeu n'en valait pas la chandelle, laissant son adversaire croire ce qui l'arrangeait. Mais la blessure qui lui avait été infligée dès le départ le tiraillait encore. Il se sentait perdu dans cette confusion violente qui lui intimait l'ordre de ne pas se laisser faire. Henry céda à cette impulsion avec son calme coutumier.

« C'est toi qui te fais des films. Je ne suis jamais venu avec l'intention de t'envahir. Je voulais juste te rendre ton portefeuille. Mais toi, tu es parti du principe que j'étais là pour te faire du mal. Parce que je ne m'habille pas avec des fringues à un millier de dollar ? Parce que je ne suis pas de ton monde ? Tu vois, tes parents m'auraient remercié pour m'être déplacé. Toi, c'est à peine si tu ne m'as pas fusillé du regard pour t'avoir rendu service. » Sa voix prit subitement une tonalité plus dure. « Tu me traites comme de la merde depuis le départ, alors ne t'étonne pas si je ne te porte pas dans mon cœur. J'essaie simplement de te faire comprendre ce que ça fait. »

Et tant pis s'il était en tort, Henry assumait. C'était même étrange à dire, lui qui n'assumait jamais. Mais cette fois-ci, c'était le cas. Il irait jusqu'au bout de sa pensée, sans s'excuser, sans hésiter de le gêner, parce qu'il sentait que c'était ce qu'il devait faire, et que plus rien ne pouvait l'arrêter.
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Lun 21 Aoû - 19:15

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Le problème, c'est toi.
Ce sont tes aspirations ridicules à vouloir plier Hai sous ta volonté, tes désirs infondés de le modeler sous une forme idéale ; tes exigences risibles d'égalité lorsque ton attitude seule suffirait à lui donner envie de te la refuser ; tes croyances ingénues en ta bonne action, alors même qu'elle ne lui servait à rien. Hai n'avait plus besoin de son portefeuille ; tu pouvais le conserver, avec l'argent liquide et les papiers qu'il a de toute façon refait, et vous auriez tous les deux été gagnants. Surtout toi. Il ne comprend guère quelle mouche t'a piqué ; dans le fond, plus encore que tout ce que tu mets en avant, ce qui l'a le plus agacé, c'est peut-être d'avoir affaire à un généreux imbécile.
Le type de personne qu'il déteste probablement le plus.
Aussi ne peut-il s'empêcher de te corriger : « C'est faux. Rien ne t'obligeait à me rendre un portefeuille que j'ai déjà remplacé. Attends, ça faisait quoi, trois mois que je ne l'avais plus ? quatre ? Je parie que tu l'avais tout le temps sur toi, parce que quand je suis allé à la police, personne ne l'avait trouvé. J'ai même cherché moi-même dans la rue. » Ça, c'est faux ; mais Hai te ment avec une telle conviction qu'il semble croire à ses propres racontars. « Et rien. Alors dis-moi, qu'est-ce que tu as fait pendant tout ce temps ? »
En vérité, ce n'est là qu'une supposition de sa part ; il n'est pas certain que tu étais en possession de ce fameux portefeuille ; et d'ailleurs, ce n'est pas la raison même de sa colère. Le fait qu'il s'agace d'être dérangé par une histoire qu'il a déjà oubliée est, dans le fond, quelque chose qu'il ferait mieux de taire : rien de bien glorieux à tout cela. Hai n'a pas tellement envie que tu remarques son côté infantile.
Malgré tout, il a trouvé là une façon de désamorcer le piège que tu lui tends. Il ne peut bien sûr pas admettre que tu as en partie raison, ce serait indigne de lui. Alors il préfère attaquer ; et somme toute, il est plutôt doué, n'est-ce-pas ? Vois-tu son sourire malicieux, caressant son visage d'une vague de satisfaction ? Ses yeux noirs glissent sur toi.
Lorsqu'il espère que tu es en son pouvoir, il te trouve beau.
 
myosotis
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Jeu 31 Aoû - 13:00

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Jamais Henry n'avait ressenti autant d'assurance de toute sa vie. Il était persuadé que, à défaut d'être dans son bon droit, ce qu'il faisait pouvait changer sa vie, ainsi que celle de Kang. Il avait l'opportunité de devenir quelqu'un d'autre, plus sûr de lui, plus impliqué également, ce qui ferait le bonheur de sa mère qui le trouvait toujours trop mou. Kang aussi pouvait y gagner, s'il comprenait que le jugement hâtif qu'il se faisait au premier regard devait être rapidement révisé. Tous deux auraient pu sortir enrichi de cette rencontre. Il n'y avait cependant qu'un tout petit détail, que Kang n'avait pas manqué de remarquer et qu'il remettait sur le tapis, qui pouvait gâcher cette belle mécanique.
Sa propre paresse. Elle était la cause de son inaction pendant quelques mois, et Henry était déjà bien heureux d'avoir réussi à la surmonter. Ce n'était pas évident. Mais voilà qu'on lui demandait des comptes, que cet effort surhumain n'était pas pris à sa juste valeur, parce que la moyenne des humains était plus vaillante qu'Henry. Tout cela lui foutait un coup au moral. Il pouvait se draper dans sa dignité et rejeter la faute à Kang qu'à son comportement, mais il ne pouvait pas nier une faiblesse qu'il savait posséder. Pourtant, Henry aurait dû essayer, trouver une explication peut-être bancale qu'il aurait fait passer au culot, ne pas se laisser atteindre par une si évidente accusation. Il n'y arrivait pas. Il ne réfléchissait pas suffisamment vite pour se sortir élégamment de ce pétrin. Parce qu'il se sentait faible, sans doute, et que les qualités qui avaient jusque là sa fierté - sa capacité à supporter toutes les critiques, sa neutralité, sa justesse - s'effritaient tout doucement autour de lui. Il essayait vainement de rattraper cette poussière avant qu'elle ne s'éloigne définitivement de lui, mais il la voyait s'envoler loin de lui. Il fallait gagner du temps :

« C'est donc ça, ton problème ? » demanda Henry d'un air soupçonneux.

Il avait pris sa décision : il allait mentir. C'était bien la première fois que cela arrivait, il devait éviter de se sentir angoissé à la perspective de trahir cette moralité qui avait toujours été la sienne, au risque de se trahir. Il devait se montrer fort et inflexible, si implacable que Kang ne pourrait jamais douter de lui. Il devait s'en croire capable. Il puisa à la source de cette haine sourde que le Chinois savait éveiller en lui - bizarrement, c'était plus facile comme ça. Les remords ne pourraient le frapper s'il estimait qu'il y avait quelque chose de juste dans ce qu'il faisait. Même si ce n'était pas le cas et qu'Henry ne savait pas vraiment ce qu'il faisait.

« Il y a trois mois, je ne l'avais pas, ton portefeuille. » Le ton, rude et accusatif, masquait avec efficacité l'hésitation que le mensonge aurait pu révéler. Tant qu'Henry s'en tenait à sa ligne, il savait qu'il ne commettrait pas d'impair. En revanche, s'il revenait sur ce qu'il avait dit, il aurait définitivement perdu. « Je viens seulement de le récupérer. Fin de l'histoire. »

Le regard qu'il lui lança était un peu agressif et entendait dissuader Kang de lui poser davantage de questions. Le Chinois ne serait pas convaincu. Même la vérité lui paraîtrait un tissu de mensonge. Henry se dit qu'il aurait dû affirmer qu'il avait passé ces trois mois à chercher le propriétaire du portefeuille. Mais il ne voulait pas passer pour un menteur alors il s'enfonçait.
Heureusement pour lui, la voix chaleureuse de la mère de Kang retentit dans le couloir comme une délicieuse interruption salvatrice :

« À table, le dîner est prêt. »
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Sam 16 Sep - 11:48

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Les yeux noirs de Hai balayent ton visage, tentant d'y trouver la faille, d'en discerner le moindre tremblement. Si tu te mets à tressaillir, alors tel un oiseau de proie, il fondra sur toi et t'enserrera dans les griffes de sa colère. Peut-être n'a-t-il cependant pas le désir de voir la situation prendre une telle tournure. Et si, dans le fond, Hai désirait autre chose de toi ? Et s'il rêvait que tu le bouscules, que tu brises sa coquille là où il y a des fêlures, parce que dans le fond, il est prisonnier de sa couronne ? Tu n'en auras jamais aucune certitude, Henry ; et d'ailleurs, lui non plus n'en aurait guère, à ta place. Tout observateur qu'il est, il ne parvient pas à examiner les tréfonds de son propre cœur. Il ne comprend à ces ténèbres qui l'ont envahi ; il sait juste qu'elles lui font mal, et qu'elles devraient disparaître. Peut-être y arriveras-tu, parce que tu connais mieux Hai que tu ne le penses, et que Hai t'aime plus qu'il ne le croit.
Sans doute peut-il détecter tes mensonges ; il en a les capacités, c'est indéniable. Mais qu'en est-il de la volonté ? A-t-il vraiment envie de la trouver, cette faille qui brisera votre équilibre instable ? Peut-être, au final, a-t-il envie de te croire. Quand bien même cet élan lui paraît bizarre - mais il ne peut lutter contre. Hai n'est hélas qu'un homme, faillible.
Et tu pourrais bien en profiter sans même t'en rendre compte.

L'air entre vous est épais alors que ton mensonge résonne dans le silence. Hai t'observe sans rien dit, comme s'il devait se taire pour se laisser le temps de réfléchir. Pourtant, on ne dirait pas que des pensées traversent son esprit. Ses yeux ont l'air vides.
Il est vide, en fait - Hai.
Il y a comme une bulle de douleur qui subitement a enflé dans sa poitrine, et sa respiration s'accélère légèrement. Il cherche les mots qui lui font défaut, les arguments qui le sortiraient de l'impasse. Il ne trouve rien. Cela lui fait mal car il déteste voir la situation lui échapper.
Et quand sa mère finit par vous appeler, tu devines dans son regard comme un soupir de soulagement muet.
« Allez, viens, on descend. » : dit-il d'une voix trop douce.
(Cette voix qu'il réserve à ceux qui l'ennuient, ce ton de calme avant la tempête qui présage mille dangers.
Et tu pourrais en être préservé, pourtant.)
Il préfère laisser le sujet de côté ; cela devient trop risqué, tout simplement.
A la place, il te guide jusqu'à la salle à manger, vérifiant régulièrement derrière lui que tu le suis toujours. Le chemin n'est pas si compliqué : vous descendez le même escalier, mais cette fois vous partez à l'arrière, jusqu'à une grande salle à la décoration résolument moderne. Les murs sont d'un gris pâle, presque blanc, l'un d'entre eux recouvert de triangles dorés. Une large table de laque blanche, sur laquelle la vaisselle a été disposée au dessus de sets de table couleur crème, trône au centre de l'espace. Buffet et servante sont dans des teintes un peu plus soutenues, malgré tout parfaitement assortis. Cela n'a rien de chinois, si ce n'est le tableau qui trône sur l'un des murs unis. D'ailleurs, il y a là des assiettes blanches et vides, qui n'attendent qu'à être remplies, cependant que le cuisiner apporte les plats à servir.
« Installe-toi, et ne sois pas tendu, te murmure-t-il à l'oreille. Ils font tout cela pour toi. »
Il aurait dû se taire ; il a envisagé de le faire, mais le conseil s'est perdu contre ses lèvres, alors il l'a laissé s'échapper. Tu ne comprends sans doute pas la raison d'une telle gentillesse, mais il est à parier que lui non plus. Il se glisse sur l'une des chaises vides, et tu comprends que tu dois te placer en face de lui, condamné à observer la raideur de son visage froid jusqu'à la fin du dîner.
Sa mère t'interpelle :
« J'espère que ce dîner vous conviendra, nous n'avons pas eu le temps de faire mieux. »
Elle avait un sourire franc et brillant, si lointain des rictus de son fils, qu'il n'était pas possible de douter de sa sincérité.
 
myosotis
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Dim 17 Sep - 11:19

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La tension qui existait entre Henry et Kang flotta, électrique, pendant quelques instants encore, comme s'ils avaient été interrompus en pleine lutte et peinaient à reprendre leurs habitudes pacifiques. Jamais, d'ailleurs, Henry n'avait-il été si proche d'un état belliqueux, et le souffle qui remontait de sa poitrine avait la force d'un vent furieux. Il cligna plusieurs fois des yeux, incapable de lire ce qui se glissait dans ceux de Kang, mais plutôt ravi de cette trêve inattendue. Henry acquiesça en silence à l'armistice fragile qu'ils venaient de signer et accompagna son hôte vers la somptueuse salle à manger où le dîner serait servi.
Henry s'arrêta net devant l'étalage de luxure et de bon goût qui trônait au milieu de la salle. La blancheur des assiettes était éblouissante, en dépit de la lumière parfaitement tamisée de la pièce. On n'y voyait ni accroc ni rayure, à se demander si les assiettes avaient déjà servies tant elles étaient belles, à se demander même s'il s'agissait bien d'assiettes, car celles que sa mère achetait étaient en comparaison si grossières, si peu finies que l'irrégularité de leur ligne, qu'Henry ne voyait jamais, apparaissait dans son imagination comme la forme suprême de l'imperfection.Et il y avait tant d'autres détails qui accrochaient son regard, ces verres d'une transparence absolue, ces couverts d'un métal autrement plus précieux que l'inox mais qu'il n'aurait su identifier, et cette atmosphère, douce, chaleureuse, mais solennelle, que la présence de domestiques dans les vides de la salle à manger soutenait avec une discrétion toute travaillée. Des domestiques. Qui avait des domestiques à l'heure actuelle ? Henry avait toujours cru qu'il s'agissait d'un mythe aujourd'hui disparu, mais ce métier n'avait apparemment pas disparu. Ou bien on les appelait autrement. Peu importe, ils resteraient toujours des domestiques. Il baissa un regard gêné sur ces femmes qui évitaient de les regarder tout en accomplissant l'exploit de ne pas se donner l'air de les ignorer. Il fallait sans doute beaucoup d'entraînement pour se sentir à l'aise face à ces personnes. Ce n'était pas son cas à lui. Henry détourna le regard, le visage empourpré, cherchant à cacher le sentiment de malaise que cet apparat causait en lui. Il ne tenait pas à embarrasser ses hôtes, qui jouaient la carte de la modestie. Henry aurait eu envie de leur dire que cette dernière était déplacée, puisque même à Thanksgiving, il n'avait le droit à un tel luxe. Mais ils étaient probablement sincère, et ce qui pour eux représentait la simplicité était pour lui d'une extravagance folle. Il s'installa à la place qui lui était désignée en se tenant bien droit, et en s'interrogeant une nouvelle fois sur le fait que le si désagréable Kang appartînt à une famille si distinguée. Quelque chose ne collait pas dans ce tableau familial modèle.
Henry constata qu'il n'existait pas d'autre membre de la famille Kang à table, probablement parce que le Chinois était fils unique. Si c'était bien le cas, Kang se trouvait alors dans le même cas qu'Henry. Tous deux avaient probablement été l'unique réceptacle de l'amour parental et en avaient donc complètement profité. Mais la modestie du foyer Dessaux avait sans doute inculqué à Henry des valeurs que le faste du foyer Kang avait laissées de côté. La modestie, la simplicité, l'amitié... rien de tout cela n'était maîtrisé par le Chinois qui l'avait accueilli de mauvaise grâce chez lui. Henry, lui, se considérait parfaitement bien éduqué. Et puisque c'était le cas, il répondit à Mme Kang avec un large sourire :

« Ne vous inquiétez pas, madame, je n'ai rien à redire de votre accueil et de votre hospitalité. Je doute d'ailleurs avoir été si bien reçu chez quelqu'un d'autre jusque là. »

Henry espérait sincèrement que Kang ne se moquerait pas discrètement de lui pour les manières qu'il prenait. Eh oui, Henry était un prof de littérature, il savait parler correctement lorsque la situation l'exigeait. Et la réponse semblait convenir à Mme Kang, qui le remercia de sa politesse et lui annonça l'entrée.
Henry s'attendait à une cuisine traditionnelle chinoise, mais il fut surpris lorsqu'une salade de crustacés fut déposée devant lui sans un seul tintement d'assiette. Le contraste entre la verte salade et les fruits de mer rosés était sublime. Henry n'aurait jamais cru que ce type de salade pût avoir des couleurs si prononcées. Il associait aux crustacés plusieurs idées, la première : c'est cher, la seconde : ce n'est pas bon. Il avait l'habitude des goûts presque avariés de la chair marine mal conditionnée. Pourtant, malgré le dégoût que les produits de la mer provoquait en lui, le jeune homme sentait qu'il était susceptible d'aimer ceux qui lui étaient proposés. Ils étaient si différents de ceux qu'il avait d'habitude qu'il ne pouvait que les apprécier.
Remarquant la surprise de son invité, ou peut-être pas désir d'exprimer la fierté des créations de son cuisinier, Mme Kang apporta quelques précisions :

« Nous sommes ouverts aux influences de toutes les cuisines du monde, comme vous pouvez le constater. Nous avons cependant un goût particulier pour la gastronomie française. La meilleure du monde, dit-on souvent. Ce n'est pas pour rien que l'UNSECO a reconnu son excellence. J'espère en tout cas que ce mélange de saveur saura ravir votre palais. »

Elle était parfaite dans son rôle d'hôtesse. Henry était émerveillé de la façon dont elle pouvait parler de l'excellence de la cuisine avec une apparence de modestie tout à fait particulière. Sans se faire prier, Henry goûta l'entrée.
Que pouvait-il dire, si ce n'est délicieux ?
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Sam 30 Sep - 18:59

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Peut-être Hai aurait-il pu souhaiter que tu te ridiculises. Mais le fait qu'il t'ait averti doit te mettre la puce à l'oreille : il tient vraiment à ce que tout se passe bien. Si vraiment un problème devait survenir, il n'en aurait pas honte ; d'ailleurs ses parents ne vous en voudraient certainement pas, pire, ils seraient probablement gênés. Parce qu'ils peuvent être bizarres, même aux yeux de Hai, et que leur sens de la politesse est parfois étrange, mais qu'elle n'est pas feinte. Tout le contraire de leur fils, dont les manières sont très faciles à décrypter, mais qui fait preuve d'une hypocrisie alarmante.
Ta présence le fait prendre conscience du luxe dont il est entouré. L'imitation du modèle occidental, voilà ce que crie cette salle de séjour, quand bien même ce modèle peut te paraître un peu dépassé. Pour Hai, il l'est également, mais dans un tout autre sens. Il est simplement lassé de ce protocole ; il s'est peut-être même lassé de la rigidité de ses parents, encore qu'il n'oserait jamais se l'avouer. Malgré tout il a l'air parfaitement à sa place. Sa posture droite et digne lui confère un air royal, et nul doute qu'un observateur extérieur s'attend à ce qu'un tel homme exige d'être servi.
Hai préfèrerait avoir ses propres servants, au fond.
Un homme comme toi pourrait faire l'affaire.
Tu réponds avec tant de politesse que Hai se détend légèrement. Il sait qu'un tel compliment est parfaitement adapté. Il ignore ce que tu fais dans la vie, mais si tu répondais à cette question à l'instant, il te croirait sur parole, estimant que cela expliquerait bien des choses. Il est obligé d'admettre que tu t'exprimes très bien ; peut-être même un peu mieux que lui, dont le chinois est la langue maternelle, mais cela n'a rien d'étonnant en soi, après tout. Pour le coup, il n'y prendrait pas ombrage ; il se sent simplement légèrement agacé par ton éloquence. Et puis même cela disparaît. La satisfaction de sa mère suffit à l'apaiser.
(Tu as marqué un point.)
Hai t'observe avec attention quand tu touches à l'entrée. Ta réaction de dépit ne lui a pas échappé, et il est très probable qu'il sache très précisément à quoi tu penses. Aussi ne touche-t-il pas à son assiette tant qu'il n'est pas certain que tu as réagi de la façon appropriée. Ton appréciation se lit sur son visage, et à son tour il goûte à la salade. Pour sa part, il n'en est plus aussi fan : oui, c'est bon, mais ce n'est pas la première fois qu'il goûte ce plat. Et, très franchement, Hai aime sans doute plus la viande que les produits de la mer. Mais il n'est pas toujours possible d'en manger.
Les parents te font la conversation, et Hai répond de temps en temps. Ce ne sont que des platitudes sur le temps, les animations de quartier, un peu d'actualité, mais pas trop. Sans doute ont-ils peur qu'en bon Américain, tu ne connaisses rien au monde en dehors de ton cher pays, et ont peut de t'incommoder, ne sachant rien de ton niveau de culture. Ils évitent aussi la politique, mais c'est surtout dû au fait qu'ils ne votent pas, estimant qu'ils n'en ont pas le droit. Hai estime que c'est stupide, mais il n'est pas prêt à obtenir la nationalité américaine non plus, tant qu'il peut s'en passer.
Le plat arrive enfin, et la mère de Hai reprend la parole :
« Encore une fois, rien de bien compliqué. »
Et effectivement, pour quelqu'un comme Hai, un simple bœuf bourguignon (mais à la façon Kang, c'est-à-dire un peu plus riche que le plat original, et avec une viande d'excellente qualité, précisons-le), c'est on ne peut plus simple.
Mais cela l'inspire bien plus que le plat précédent. Encore une fois, il te jette un coup d'œil avant d'entamer son plat.

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