beyond memories
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Time goes by. (hai ♥)
 
myosotis
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Mar 13 Déc - 11:41

ft. le + beau


Henry avait toujours considéré le dimanche comme un jour béni, non pour des considérations religieuses, mais pour les heures de sommeil appréciables qu'il pouvait grappiller sans culpabiliser. Dormir toute la matinée, ça lui plaisait beaucoup, ça figurait un peu au rang de ses passions, et forcément, ça le mettait de bonne humeur. Maman ne s'étonnait pas de le voir sortir de sa chambre en sifflant après midi, le sourire aux lèvres à l'idée d'avoir cédé à la paresse pendant toute une demi-journée. Cool pour lui. Elle avait eu largement le temps de préparer le déjeuner, qu'il prenait immédiatement après son lever. Voilà la vie telle qu'elle devait se dérouler.
Mais depuis quelques mois, cette quiétude était troublée par un souvenir parasite et un malaise grandissant que la vue du portefeuille trouvé par terre ne faisait qu'aggraver. Henry se levait souvent plus tôt, ce qui était loin d'être anodin. Il ne parvenait pas tout à fait à combattre l'angoisse qui menaçait de le terrasser. Il avait merdé et il en avait cruellement conscience. Ne pas savoir quelle était la cause de son erreur n'était pas une excuse : une partie de son cerveau, celle qui s'était éveillée il y a peu, ne l'avait pas totalement oubliée. Pourtant, Henry était certain que, de toute sa vie, il n'avait jamais rien pu faire qui puisse éveiller un tel sentiment de culpabilité. Il avait toujours tenu à se tenir éloigné des conflits en tous genres et s'était merveilleusement préservé de tout ce qui pouvait le blesser, lui ou les autres. Ce mystère au goût amer devenait un poids insupportable à gérer. Il était grand temps de se débarrasser du portefeuille.
Depuis le temps, le propriétaire avait dû se convaincre qu'il ne retrouverait jamais son bien et avait refait ses papiers. Il avait oublié la très modique somme que le portefeuille contenait mais s'était senti plus gêné par la perte de sa carte de crédit, qu'il avait bloquée pour empêcher Henry de l'utiliser. Le rendre maintenant, c'était un peu tard, le propriétaire ne pouvait plus en avoir usage, mais Henry ne se voyait pas tout jeter à la poubelle. Il avait du respect pour ces traces de vie éparpillées. Rien que du papier. Putain il se sent con. Pourquoi attendre la dernière minute pour faire ce qu'il aurait dû faire dès le début ?
Henry essayait de se convaincre que Hai Kang avait changé d'adresse depuis le temps. Faibles probabilités tout de même. Henry était quasiment certain que Kang n'avait pas bougé de là où il se trouvait. Son adresse, ainsi que son visage, telles étaient les seules choses qu'Henry connaissait de lui. Il les connaissait par cœur, mais n'allez pas croire qu'il y attachait de l'importance : il avait souvent regardé l'adresse en se promettant qu'il irait le déposer dans la boîte aux lettres - un jour -, il avait regardé la photo  au passage, mais à ses yeux, Kang n'était qu'un chinois parmi tant d'autres. Sans vouloir manquer de respect aux chinois, ils ne faisaient pas beaucoup d'efforts pour être reconnaissables. Henry trouvait à Kang un petit air vicieux, en plus. Mais ce n'était peut-être qu'un effet de la photo.
Allez un petit effort, c'est pas la mer à boire, d'aller dans les quartiers huppés de foxglove rendre un tout petit portefeuille pour prouver ton absence de culpabilité, non ?
Sa flemme était en cause. Il fallait se déplacer. Henry ne se déplaçait pas sans bonne raison - aller au travail, faire des courses pour sa mère si vraiment il ne pouvait être fait autrement, sortir s'amuser en ville sont les raisons principales. Accomplir son devoir était plus bas dans la liste des priorités. À moins d'y être obligé, Henry avait tendance à procrastiner. Et le temps poursuivait son cours, jusqu'au moment où son cerveau rappelait à sa mémoire ce qu'il avait oublié. Quelle gêne lorsque le souvenir revenait. Heureusement, il était souvent trop tard pour agir.
Mais pas cette fois-ci. Vers les trois heures, Henry annonça à Maman qu'il allait sortir et que ce ne serait pas très long. Emmitouflé dans son manteau, Henry parcourut rapidement le chemin le séparant de la demeure de Kang - le meilleur moyen pour qu'une tâche désagréable passe vite est justement de vite s'en occuper. Il ne prêta pas vraiment attention au paysage : son attention était plutôt focalisée sur les rues et les numéros de maison, ce qui expliquait sans doute qu'il ne s'attarda pas sur le paysage. Cela valait mieux, car la somptueuse demeure de Kang lui aurait tiré des exclamations jalouses s'il avait pu la contempler.
Le numéro était le bon, le nom sur la boîte aux lettres aussi. Il voulut faire rentrer le portefeuille dans la boîte aux lettres, mais il se rendit compte que celui-ci était trop gros pour rentrer par la fente, et il n'avait pas de clé de facteur pour mettre les colis. Henry se résolut donc à sonner, sans ressentir pour autant de l'angoisse. Il n'était certes pas d'un naturel timide, mais il aurait pu se sentir un peu inquiet à l'idée de la réaction de Kang en voyant son portefeuille. Pour être honnête, Henry lui-même n'était pas sûr que sa propre réaction aurait été bonne, alors...
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Mar 13 Déc - 20:44

ft. le + bg


Il y a quelques mois, Hai a perdu son portefeuille.
Cela n'a strictement rien changé à sa vie. Il a tout de suite appelé sa banque pour faire opposition à sa carte bancaire. Il a ensuite contacté l'ambassade de la république chinoise, afin de refaire son passeport ; en tant qu'étranger, sans papiers adéquats, il encourrait quelques problèmes. Et une fois qu'il s'est occupé de la paperasse, Hai a complètement relégué cette histoire au second plan de sa mémoire. De toute façon, ce n'est guère important à ses yeux. Hai considère qu'à partir du moment où les choses sont faites, elles n'ont plus d'importance à ses yeux. Au bout de quelques mois, il a même oublié qu'il avait un autre portefeuille. Son nouveau est même bien mieux qu'auparavant, avec plus de cuir et une poche supplémentaire ; et il l'a payé une centaine de dollars de moins - une véritable aubaine, bien qu'il ne soit pas près de ses sous.
Hai n'aime pas la maison familiale. Elle n'a strictement rien de chinois, en dehors de quelques détails, comme une figurine sancai trônant sur la cheminée, tel un rappel des origines de la famille Kang, et un petit plan d'eau au fond de la propriété, parodie d'un véritable jardin à la chinoise. Hai aime son pays autant qu'il le déteste. Il aime sa culture ; il n'aime pas son évolution politique. Hai n'a que mépris pour ces banlieues américaines stéréotypées, pour ces gratte-ciels impersonnels couverts de caractères latins laids, pour ce monde froid qui a rejeté entièrement ses traditions sur l'autel du profit. (Non que la famille Kang ne fasse pas de même, mais Hai n'est pas tout à fait en accord avec ses parents.)
Ce jour-là, il fait plutôt beau, mais Hai n'a pas envie de sortir. Vêtu d'un polo d'une célèbre marque que nous ne citerons, d'un jean tout aussi coûteux, et d'une banale paire de chaussons rembourrés, le chinois est à peu près décidé à ne pas mettre les pieds dehors. L'air est trop froid, cela le rendrait malade, et rien ne lui déplaît tant que d'aller au travail avec le nez qui coule. Déjà qu'il n'aime pas vraiment se rendre au travail. Parfois, il a la nostalgie de ces temps de jeunesse insouciante, où il décidait seul de ce qu'il faisait de son temps.
Assis dans un fauteuil du salon avec le Wushengxi à la main, Hai s'apprête à vivre une après-midi paisible, propre à le ressourcer. Il a besoin de pareils moments ; c'est qu'il est humain malgré tout - malgré ces remarques déplacées, et ces positions stupides qui témoignent d'une certaine étroitesse d'esprit. Hai, il ne s'attend pas du tout à ce que tu viennes le déranger. Et, lorsque la sonnette retentit dans la maison, il lève la tête de son livre, un grognement d'agacement s'échappant de ses lèvres.
Il est seul ; situation qui le ravit, car elle est agréable, mais qui présente également quelques désavantages. Comme le fait de devoir se lever pour aller voir qui sonne. Hai sait que nulle personne d'importance ne passerait à l'improviste : ce serait contraire à l'étiquette, et même ces Américains sans raffinement sont capables de comprendre une telle règle. Même chez ces rustres, ça ne se fait pas. Malgré tout, Hai sait qu'il est tenu d'aller voir. Sinon, ses parents lui poseront des questions. Ils considèrent souvent que, parce qu'il vit chez eux et qu'il a obtenu leur travail grâce à eux, il est censé leur obéir au doigt et à l'œil. Hai n'est pas d'accord ; il a cependant un certain sens du respect vis-à-vis de ses aînés, et c'est probablement cela qui le pousse à quitter son fauteuil confortable pour se traîner jusqu'à l'interphone.
L'écran lui présente un visage totalement inconnu, masculin, assez laid selon les critères de Hai - mais Hai n'est pas objectif, il ne voit que la peau sombre et cela le fait grimacer. En tout cas, de lui émane une véritable impression de pauvreté. Hai a l'œil pour voir ce genre de choses ; pourtant, il serait incapable d'expliquer comment il s'y prend. C'est naturel, expliquerait-il. Appuyant sur le bouton, il lance, dans un anglais parfait (c'est par pur racisme qu'il abandonne son accent qui lui est si cher) :
« Désolé, mais on n'achète pas. Allez vendre votre merde ailleurs. »
Chez le voisin, ou mieux, dans un autre quartier. Les vendeurs ambulants sont assez rares dans le coin, mais il y en a toujours un ou deux, inconscients, qui croient pouvoir tenter leur chance. Là encore, cela ne se fait pas. Combien de fois faudra-t-il le répéter ? se demande Hai, en reculant d'un pas. Il est vraiment très fatigué de ces villes et de ces barbares qui l'obligeraient presque à se montrer explicite. Il ne manquerait plus que cela. Devoir clarifier le fond de sa pensée.
 
myosotis
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Lun 19 Déc - 14:47

ft. le + beau


La porte s'ouvrit sur un jeune homme un peu plus petit à l'apparence indéniablement chinoise, qu'Henry identifia immédiatement comme Hai Kang, propriétaire du portefeuille perdu. Henry ne s'était pas subitement découvert un don pour différencier les Asiatiques, mais Kang avait un petit air mauvais que l'on distinguait déjà clairement sur la photo d'identité - pas que son visage soit en soit mauvais, non, mais ce devait être le genre de grimace qu'il réservait à des situations ou des personnes gênantes, et le Chinois devait détester ouvrir la porte à des inconnus à peu près autant que se faire tirer le portrait. Bien sûr, Henry ne se demanda pas comment il avait fait pour comprendre aussi facilement cela, ni même si l'identification du propriétaire du portefeuille n'avait pas été un tantinet trop facile, mais ces questions auraient mérité d'être posées. Au lieu de quoi, Henry se prépara à ouvrir la bouche, mais son « bonjour » fut absorbé par l'invitation presque polie de Kang à aller vendre sa merde ailleurs. Il venait de se faire devancer en toute beauté et il ne doutait pas que, d'ici quelques instants, la porte se refermerait sur lui, lui coupant toute possibilité de s'acquitter de son difficile devoir.

« Attendez... vous êtes Kang, n'est-ce pas ? Hai Kang. »

Henry n'avait pas réfléchi : il s'était dit que c'était un bon moyen d'attirer l'attention du Chinois. Un vendeur au porte à porte ne connaissait pas forcément votre nom, encore moins votre prénom, et ne s'adressait pas à vous comme si c'était spécifiquement à vous qu'il voulait parler. Ce devait être suffisant pour empêcher l'autre de lui claquer la porte au nez.
Mais déjà à ce stade, Henry avait la très nette impression que Kang ne l'aimait pas beaucoup. Il ne fallait pas être un sorcier pour le comprendre : c'était limite si Kang n'avait pas grimacé de dégoût en le voyant, et ses paroles étaient pleines de suffisance. L'opinion de Kang à son sujet l'importait peu, et il n'avait rien à faire de ce qu'un Chinois qu'il ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam penserait de lui. Il s'accommodait très bien de son mépris de riche. Cependant, cela ne lui facilitait pas les affaires, car Henry était tout de même venu s'excuser, et cela ne servirait à rien si l'autre lui donnait envie de partir avant même qu'il ait eu le temps de s'exécuter. Henry décida d'abréger la conversation le plus rapidement possible, afin de se débarrasser de cette tâche encombrante et de retourner à sa petite vie paisible, enfin libéré d'un fardeau indésirable.

« J'ai trouvé votre adresse dans votre portefeuille. » expliqua Henry en sortant le dit objet de sa poche. « Je... je l'ai trouvé il y a peu de temps, et je me suis dit que je me devais de vous le rendre en mains propres. Rassurez-vous, je l'ai juste ouvert pour regarder votre adresse,  je n'ai touché à rien d'autre. »

Henry regrettait de ne pas être un meilleur menteur - il n'était pas forcément mauvais, mais on pouvait le percer à jour. Il n'était pas capable d'avouer qu'il était entré en possession dudit portefeuille quelques mois plus tôt - Kang l'aurait certainement traité de voleur pour l'avoir conservé si longtemps, et comme il ne se souviendrait plus de son contenu, il pourrait l'accuser de tout sans qu'Henry puisse le contredire. Il était plus facile d'affirmer qu'il n'avait fait que regarder l'adresse : c'est vrai, il avait fait plus que cela, il avait tout fouillé, examiné, étudié, mais il ne se considérait pas pour un voleur pour autant, et de son point de vue, il n'avait violé l'intimité de personne. Mentir sur ce fait était facile.
Non, le problème, c'était de camoufler cette culpabilité louche qui le taraudait depuis l'émergence de son premier souvenir. Henry n'avait pas de solution miracle à ce problème, et il comprit très vite que Kang, s'il repérait cette faiblesse, allait mal l'interpréter. Cela n'empêcha pas le métis de tendre le bras bien droit en direction de Kang, le portefeuille serré dans la main, attendant que l'autre daigne le libérer de ce poids.


hrp:
 
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Ven 23 Déc - 15:25

ft. le + bg


Hai s'apprête à s'éloigner de l'interphone, et à oublier complètement l'existence de cet être à la peau sombre qui a le culot de venir sonner à sa porte. Il cherche à te nier, Henry. Il n'a pas envie de te parler ; il a une intuition, l'intuition que cela ne lui plaira guère. Bien sûr, cela n'a rien à voir avec votre passé commun, et ces souvenirs dont il n'a même plus connaissance. Non, il pense plutôt que cette rencontre va lui causer de sérieux problèmes. Et en cet instant, tout ce dont il a envie, c'est de retourner à sa lecture. Il veut oublier qu'il est dans ce maudit pays, qu'il a dû quitter sa Chine natale malgré tout. Il veut t'oublier, toi.
Mais quelque chose le retient. Sans doute est-ce dû à cette seconde de retard dans son geste, la seconde d'hésitation qui l'a empêché d'appuyer sur le bouton d'extinction de l'interphone avant de pouvoir t'entendre. Hai ne saurait expliquer pourquoi il a agi ainsi. Curiosité ? sans doute pas, il n'a pas envie de savoir qui est cet homme. Empathie ? certainement pas, il a l'impression que le simple fait de lui parler est déjà beaucoup trop. Sans doute Hai se fragilise-t-il. En tout cas, son nom qui franchit tes lèvres l'arrête dans son geste. Hai se fige, le bras tendu devant lui, le doigt effleurant le bouton. Sa bouche forme un trait droit, inexpressif. Hai Kang ? Oui, c'est bien lui, même s'il aurait préféré l'inversion entre le nom et le prénom. Si l'inconnu n'avait prononcé que son patronyme, il n'aurait probablement pas réagi : ce nom est inscrit sur la grille. Mais il connaît aussi son prénom. Hai fronce les sourcils. Comment... ?
La réponse vient finalement d'elle-même.
Elle se présente sous la forme d'un familier portefeuille, brandi par l'inconnu.
Hai ne réagit pas à ton explication. De toute façon, il n'est pas stupide, donc tu peux te douter qu'il ne croit pas tout à fait à ce que tu lui dis. Le portefeuille, il s'en fiche ; il l'a déjà remplacé, ainsi que les papiers à l'intérieur, ce n'est donc pas très important. Quant à l'argent liquide, il s'en contrefiche. Hai ne s'en sert même pas véritablement, alors il ne se rappelle même pas s'il en avait à l'intérieur, à part quelques pièces, car on peut toujours en avoir besoin, pour payer une place de stationnement, ou pour faire taire un mendiant qui ne connaît pas sa place.
A travers l'écran, Hai t'observe pendant de longues secondes. Difficile de déterminer à quoi il pense en cet instant. Les réflexions de Hai peuvent parfois te paraître exotique ; en général, on ne sait pas si c'est parce qu'il est étranger, ou parce qu'il a simplement une façon de penser différente.
Finalement, il déplace légèrement son doigt, pour appuyer sur le bouton d'à côté - et le portail s'ouvre.
« Il faut qu'on parle. » : explique-t-il, avant de couper la communication.
Il ne compte pas t'expliquer pourquoi il accepte de te parler alors qu'il se fiche complètement de ce portefeuille. Peut-être est-ce de la prudence, parce qu'il n'est pas convaincu par ton beau discours. Il s'achemine lentement vers la porte d'entrée, et l'ouvre. Il observe ta silhouette traverser l'allée du jardin, tu n'es plus qu'à quelques pas, et Hai t'attend, l'épaule posée contre le seuil, les bras croisés, le visage fermé.
« Où l'avez-vous trouvé ? » : demande-t-il d'un ton sec.
 
myosotis
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Ven 30 Déc - 14:35

ft. le + beau


Pourquoi avait-il bêtement décidé de tendre le portefeuille alors que Kang n'allait pas le prendre ? Henry se maudissait pour sa stupidité légendaire. Il avait mal au bras au bout de quelques secondes, il pressentait que son calvaire risquait de durer quelques minutes au moins. Pourtant, il se devait de le supporter : d'une part, parce que c'était un moindre mal après avoir retenu le portefeuille pendant quelques mois, d'autre part, parce que Kang interpréterait son échec comme un aveu de faiblesse et, clairement, le Chinois n'était pas de ceux face à qui on avait envie de paraître faible. Henry prit son courage à deux mains et fit de gros efforts pour oublier la sensation cotonneuse et douloureuse qui envahissait peu à peu son bras. Dieu que c'était dur.
Kang ne fit aucun signe pour reprendre son bien, à croire qu'il n'y accordait aucune importance. Pourtant, l'agressivité de sa posture ainsi que de son ton laissait supposer que quelque chose de grave était en train de se dérouler. Le seul point positif de cette histoire était sans doute le fait que Kang était bien plus petit que lui, ce qui devrait le faire réfléchir - il ne pouvait pas savoir qu'Henry n'avait que la peau sous les os et que c'était la seule raison pour laquelle on voyait ses muscles. Pour le moment, le jeune métis était en sécurité. Le serait-il encore s'il entrait dans la demeure ? En admettant que Kang le laisse entrer.
Bien disposé à se montrer coopératif, Henry se creusa les méninges pour essayer de se rappeler où il avait trouvé ledit portefeuille. Étrangement, il n'en gardait pas un souvenir très précis : la vision qu'il avait eue avait tout emporté sur son passage et avait complètement occulté le moment de la découverte. Il ne se souvenait plus de ce qu'il comptait faire au moment où il l'avait trouvé. Henry trouva une réponse rapide et commode :

« Près de la mairie, affirma-t-il du ton le plus convaincant qu'il avait en réserve. Mais je ne pense pas qu'il ait passé tout son temps là-bas : il a l'air d'être sacrément bien conservé. Peut-être que quelqu'un a voulu l'amener aux objets trouvés et l'a fait tomber sur le chemin... »

Henry devait reconnaître que son histoire paraissait légèrement tirée par les cheveux. Une telle coïncidence, c'était tout de même bien rare. Improbable, même. Mais pas totalement impossible, et Henry comptait bien sur l'énormité du mensonge pour le faire gober à Kang. Personne n'aurait l'idée de mentir aussi effrontément, n'est-ce pas ? Du moins, c'était ce que Henry se disait.
Son bras commençant à s'ankyloser, Henry trouva une excuse toute faite pour détourner l'attention du Chinois des circonstances dans lesquelles il avait trouvé son bien. C'était une question de vie ou de mort : s'il maintenait son bras tendu plus longtemps, il risquait de tomber.

« Au fait, vous ne voulez pas récupérer votre portefeuille ? Je me suis dit que ça vous ferait plaisir de le revoir, après tout ce temps. Vous avez dû bien vous inquiéter, mon pauvre monsieur... »

Et il y croyait vraiment, Henry, même si Kang faisait la tête d'un type capable de vous égorger si vous le regardiez de travers. Parce qu'à sa place, il aurait trouvé que la perte de son portefeuille était un événement aussi malheureux que pénible, et rien que le fait de penser à toutes les démarches pour remplacer les papiers lui donnait sacrément envie de bailler.
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Mer 4 Jan - 19:18

ft. le + bg


Hai ne cherche pas à dominer la conversation, ou à te rendre mal à l'aise. Son attitude est pour lui aussi naturelle que de respirer. A ses yeux, tu es un insecte - mais plutôt de ces gros spécimens qu'il est impossible d'écraser entre ses deux mains sans se salir. Tu as la taille d'un papillon, à ses yeux. Mais certainement pas l'élégance. Cette gêne que tu représentes accentue sa mauvaise humeur, le rendant encore plus sec qu'il ne l'est habituellement. Si tu l'observes attentivement, tu remarqueras qu'il fait tout pour ne pas te regarder. Il fixe son regard sur un point qui se situe à quelques centimètres de ta tête ; si on n'y prête pas attention, le décalage ne se remarque nullement.
Qu'il ne fasse pas un geste pour prendre le portefeuille ne te surprend pas. Qu'en ferait-il ? Il n'a nullement besoin de ces papiers ou de l'argent liquide ; quant à l'objet en lui-même, eh bien, son nouveau modèle lui plaît bien plus. Hai en a profité pour s'acheter un portefeuille de meilleure facture, et cela ne le dérangerait pas de te le laisser. Ce serait un acte d'une grande générosité, en théorie, car il vaut bien plusieurs centaines de dollars à lui tout seul. Ce serait probablement son excuse, auprès de ses parents, pour justifier de l'attention qu'il porte aux autres. Il pourrait ainsi leur dire qu'il a fait un cadeau à un jeune homme dans le besoin. Les parents Kang en seraient ravis, et c'est tout ce qui compterait à ses yeux.
De toute façon, ce que Hai veut entendre en cet instant, c'est ta justification. A vrai dire, il se fiche bien de savoir si tu vas lui dire la vérité ou non, vu que cela lui apporte peu. Il a simplement envie de jauger ton caractère. De mesurer ton tempérament. Si tu lui mens, il ne se privera pas de te le faire remarquer, pour le simple plaisir de voir le désarroi fleurir sur ton visage. Si tu lui dis la vérité, il considérera que tu es quelqu'un d'ennuyeux, absolument pas digne de son temps. Ce que tu lui dis n'est pas très net, cependant, et Hai fronce les sourcils. Ses yeux sombres laissent transparaître un soupçon de doute. Juste assez pour s'enraciner dans son cœur, et le désarçonner. Car tu n'as pas l'air d'un menteur, mais tu n'as pas non plus l'assurance de celui qui dit la vérité. Tes hésitations montrent qu'il y a quelque chose de louche.
« Ou alors vous ne vous en souvenez plus. » : réplique-t-il, et ses lèvres se fendent d'un sourire amusé.
Et finalement, puisque tu le lui demandes, il finit par se redresser et récupérer le portefeuille. Quand il se tient droit, il est manifeste qu'il fait une bonne dizaine de centimètres de moins que toi, et pourtant cela ne semble nullement le décontenancer. Il a la morgue de celui qui s'est persuadé d'avoir le monde à ses pieds. Et, malgré sa tenue relativement simple, on le sent habitué à se rendre dans de grandes soirées. Ses mains se referment sur le portefeuille ; sous tes yeux, il l'ouvre, en retire cartes et papiers, puis te le rend.
« Merci pour votre honnêteté. Maintenant, je n'ai besoin de rien de plus, donc vous pouvez garder l'argent et le portefeuille. Je saurais m'en passer. »
Et ses yeux perçants frappent ton visage, t'incitant à le remercier à son tour. Hai fait preuve d'une extraordinaire politesse à ton égard, et il en attend de même. Il commence à frissonner, car il ne porte qu'un polo et que l'air est décidément trop frais pour lui. Peut-être peux-tu voir la chair de poule se former sur ses bras.
(Alors qu'il te dévisage longuement, il ne se rend pas compte que deux silhouettes se trouvent dans l'entrée, au niveau du portail.)
 
myosotis
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Dim 12 Fév - 14:43

ft. le + beau


Henry n'allait pas tenir longtemps, à tenir le portefeuille de la sorte. Pourtant, il ne parvenait pas à détester Kang pour cette raison - après tout, c'était lui-même qui était en tort, pas le Chinois, il avait donc le droit de le faire poireauter un peu. Quelques minutes d'inconfort pour quelques mois de paresse, cela se valait parfaitement - c'était même plutôt une bonne affaire, quand on y réfléchissait. Ce serait également une bonne punition pour s'être laissé trop longtemps aller. Peut-être en tirerait-il une leçon - mais probablement pas. Henry endurait donc avec le sourire, comme si de rien n'était.
C'est drôle, mais Kang ne semblait pas vraiment dupe de son petit discours - il ne l'accusait pas directement, parce qu'il n'osait pas selon Henry, ou parce qu'il n'avait pas la tête à prendre la peine de voler, selon toute probabilité. Henry ne put s'empêcher de sourire davantage. Pourquoi éprouvait-il soudainement un élan de sympathie pou ce chinois tout sauf amical ? Cela ne s'expliquait pas vraiment. Henry avait eu l'impression fugace que, pendant quelques secondes, ils avaient partagé un sous-entendu qu'ils étaient les seuls à pouvoir comprendre - et cette idée, au lieu de le déranger, le réjouissait. Il ne se pensait pas capable d'être proche d'un type comme Kang - tout les opposait - mais cela ne l'empêchait pas de le vouloir un peu. L'amitié de Kang lui paraissait enviable, mais aussi naturelle. Elle éveillait en lui des échos lointains qu'il ne comprenait pas tout à fait. Comme s'ils étaient faits pour bien s'entendre.
Non, l'idée était stupide, et elle disparut de l'esprit du jeune homme aussi tôt qu'elle était apparue. Henry ne parvenait pas vraiment à y croire, et il était certain que Kang ne ressentirait jamais ce genre de sentiment pour lui. La confirmation vint quelques instants plus tard, lorsque le Chinois lui fit comprendre qu'il pouvait garder le portefeuille et l'argent. Non, il ne deviendrait pas son ami. Le beau sourire d'Hnery s'effaça un peu, et il ne put s'empêcher de répondre :

« Euh... pardon ? »

Cela paraissait si peu croyable : quelqu'un qui refusait de récupérer son bien, même s'il n'en avait plus d'utilité. Henry ne parvenait pas à comprendre pourquoi Kang agissait ainsi. Ça le dérangeait tant que ça, la présence d'Henry sur son perron ? Le métis n'allait pas se permettre de juger, ce n'était pas son genre. Sûr, Kang n'était vraiment pas sympathique, et il n'y avait aucune chance pour qu'ils fassent connaissance un jour. Henry haussa les épaules, pas déstabilisé pour un sou.

« Ah d'accord. Désolé du dérangement. »

Le fait de s'être déplacé pour rien, d'avoir ankylosé son bras pour se voir opposer un refus ? Tout cela ne comptait pas vraiment. Henry avait (enfin) fait ce qu'il avait à faire, il devrait avoir l'esprit tranquille, désormais. Plus la moindre sensation d'angoisse pour troubler son sommeil. En un sens, tout cela l'arrangeait, même s'il n'appréciait pas Kang pour autant. Le pire était passé, il ne lui restait plus qu'à rentrer chez lui et passer un bon dimanche.

« Bonjour, monsieur, vous êtes un ami d'Hai ? »

Henry n'avait pas eu le temps de baisser totalement le bras. Il se retourna et aperçut un couple d'âge moyen qui, de toute évidence, devait être les parents de Kang. Sauf si d'autres couples de Chinois résidaient dans les environs et s'invitaient aussi naturellement chez les autres. Immédiatement, Henry se prit de sympathie pour ce couple : il ne lui avait fallu que quelques mots pour comprendre que cet homme et cette femme étaient d'une toute autre trempe que son interlocuteur.

« Bonjour, pensa-t-il à dire. Non, je ne suis pas un ami, je venais simplement lui rendre un objet qu'il avait égaré. »

Henry brandit l'objet de son délit, que M. et Mme Kang avaient peut-être aperçu dans sa main en passant le portail. Le métis crut lire une lueur appréciative dans leurs yeux : apparemment, se déplacer en personne pour remettre un objet perdu à son propriétaire leur semblait tout à fait approprié. Ce n'était pas grand chose, mais cette réaction suffit à rendre Henry fier de lui - et cela ne lui arrivait pas souvent, puisqu'il ne prenait pas beaucoup la peine de faire grand chose.

« Quelle généreuse attention de votre part ! s'exclama Mme Kang. Je suis sûre qu'il doit être ravi de pouvoir le récupérer. »

Eh bien non, pas vraiment, songea Henry, mais il n'avait pas envie de le faire remarquer, au risque de se mettre à dos un type pas vraiment fréquentable. Ceci dit, résister à l'envie de se retourner pour voir la réaction de l'intéressé était trop forte, et il ne se priva pas pour le faire...
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Dim 12 Fév - 15:51

ft. le + bg


Hai aurait dû continuer de regarder au loin. Alors ses prunelles noires auraient été frappées par la vision de deux silhouettes s'avançant lentement dans l'allée de graviers blancs. En cet instant, il n'a d'yeux que pour toi, ce qui l'empêche de saisir la nature de la menace qui risque de s'abattre sur lui. Il attend ton remerciement ; il désire entendre un « merci » fleurir sur ta langue, preuve ultime de sa miséricorde, et il t'aurait laissé repartir - ou peut-être, devrait-on dire, incité au départ. Mais voilà que tu déçois ses attentes ; probablement n'es-tu pas assez intelligent, pense-t-il, car son intention était limpide, et sa générosité réelle. A présent, il a un goût désagréable dans la bouche - cette gentillesse dont il ne fait jamais preuve a la saveur d'un kaki en mal de maturité, Comme Hai déteste ce fruit d'ailleurs.
Est-ce suffisant pour éveiller rancœur et détestation dans le cœur du Chinois ? Peut-être.
Mais en cet instant, ses pensées sont mêlées, et il ne sait pas ce qui le retient de te frapper. Probablement une éducation trop impeccable, qui lui interdit de faire preuve de violence sur le territoire de ses parents. Ou cela pourrait bien être cette faible senteur de fleurs qui effleurent ses narines, alors que le vent caresse leurs pétales.
Hai se tient droit, et sa bouche se tord sous ton regard étonné.
Toutefois, avant qu'elle ne puisse s'ouvrir et répandre son venin, une voix teintée d'un accent familier heurte ses oreilles, et ses lèvres entrouvertes se referment tel un rideau de fer s'abattant devant toi. Quelque chose change dans son attitude. Ses épaules s'affaissent un peu, son regard se ferme, alors même que ses traits paraissent se détendre. Il semble subitement bien plus petit, Hai, accusant la différence de taille entre vous deux ; il n'est plus qu'un Chinois d'une taille normale, banal et vulgaire. Ses parents sont là, et s'ils ont conscience que leur rejeton se comporte volontiers en petit prince, ils ne supportent pas une telle attitude, et ne la cautionne guère. Pourquoi donc Hai bat-il en retraite, lui qui semble n'avoir peur de rien ? Il est difficile de comprendre la nature des liens qui unissent un fils à ses parents, lorsqu'il s'agit de la famille Kang. Leur amour se teinte d'une attention portée aux convenances, et le rapport de force, consenti par Hai, fragilise sa résistance.
Il n'a donc aucune envie de voir s'opérer une rencontre entre le métisse et sa famille.
Les parents de Hai, d'ailleurs, ne semblent guère porteurs d'une extraordinaire autorité. L'œil non exercé ne saurait reconnaître la qualité coûteuse de leur vêture ; en outre, leurs têtes courbées, et la simplicité avec laquelle ils se tiennent la main leur confèrent une aura de grande sobriété. On aurait du mal à croire qu'ils sont à la tête d'un gigantesque empire. Un empire auquel Hai n'aspire pas.
Sa mère te dit qu'il est ravi, tu ne la crois pas, et Hai reste quelques secondes figé dans le doute. Il y a dans son regard neutre une ombre d'hésitation, comme s'il réfléchissait longuement à la meilleure situation possible. Ou peut-être son cerveau s'est-il simplement vidé, immobilisé par l'horreur de sa situation.
Mais Hai garde contenance, et les mots qui s'enfuient de sa bouche te surprennent probablement.
« Je lui disais qu'il pouvait garder l'argent, répond Hai, et sa voix s'est teintée d'une telle douceur qu'il t'évoque peut-être la placidité du lion dompté. Pour le dédommagement. »
Es-tu déçu par l'apparent manque d'émotions qui dessine son visage alors qu'il se défend ? Il n'y a nulle flamme dans cette lutte-là ; il est passif, Hai, il attend, il ne fait que donner ce que l'on attend de lui. Cela ne le rend-t-il pas, du coup, un peu détestable ?
Cependant, les yeux brillants d'amour de Kang tàitai lui pardonnent volontiers ses hésitations ; en revanche, elle ne saurait accepter qu'il démentît l'hospitalité dont les Kang aiment faire preuve.
« Allons, allons, ne restez pas là ! Entrez, monsieur, ajoute-t-elle à son attention, et ses yeux plissés dessinent de charmantes rides au coin de son regard, mon fils aurait dû le faire bien avant. (Il y a, dans son ton, un éclat de dureté que tu perçois peut-être, et qui pousse Hai à détourner le regard.)
Hai s'efface devant elle, la laissant pénétrer dans le hall pour montrer la voie à l'inconnu. De mauvaise grâce, le Chinois te fait signe de passer. Il y a quelque chose de curieusement sombre dans son visage, comme un mauvais présage qui flotte sur sa figure. Un léger vent secoue les mèches de ses cheveux, et en cet instant, l'homme se drape dans le sérieux. Tu pourrais presque craindre qu'il ne t'enfonce un couteau dans le dos.
 
myosotis
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Jeu 23 Fév - 11:07

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Cédant à la tentation d'observer l'expression faciale du propriétaire du portefeuille, Henry se retourna dès qu'il put le faire sans paraître malpoli, c'est-à-dire au moment où les regards de M. et Mme Kang se tournaient vers leur progéniture, et que Kang lui-même s'apprêtait à ouvrir la bouche pour répondre. Il n'en capta qu'un éclat qui disparut juste à l'instant où Kang, conscient d'être au centre de l'attention de ce petit groupe, se glissait dans un rôle qu'il semblait savoir jouer à la perfection. Cet éclat fut cependant suffisant pour comprendre l'hésitation qui prenait Kang. Henry était mal placé pour critiquer la soumission docile du Chinois à ses géniteurs, mais il avait parfaitement saisi la situation : Kang filerait toujours droit et doux devant ceux qui l'avaient mis au monde, quand bien même son cœur en silence se rebellait contre ce qu'il devait à coup sûr considérer comme une injustice. Rien que pour constater la différence de comportement, et peut-être aussi pour le plaisir mesquin de contempler cette déchéance, Henry éprouva le désir de rester plus longtemps. Quelques secondes lui suffirait : il voulait comprendre comment fonctionnait cette étrange famille avec deux parents et beaucoup d'argent aussi. Juste un aperçu lui suffirait.
Il comprendrait tout ce que lui n'avait jamais eu.
Et quelle surprise de voir que Kang savait mentir avec tant de justesse - techniquement, Henry ne pouvait nier ses paroles, car elles étaient totalement vraies. Mais elles n'étaient pas pour autant honnêtes, il y manquait le mépris avec lequel il l'avait accueilli, les soupçons qu'il avait entretenus à l'égard d'Henry, et bien sûr, sa façon bien à lui de le traiter comme un indésirable. Mais à n'en pas douter, M. et Mme Kang devaient bien connaître ces aspects de sa personnalités : ils ne pouvaient être dupes.

« Vraiment ? demanda M. Kang en cherchant confirmation chez Henry. Eh bien, c'est très gentil de ta part, et très approprié, mais as-tu pensé à lui proposer un rafraîchissement ? Vous en a-t-il proposé un, monsieur ? ajouta-t-il en se tournant vers l'invité.
- Euh... non, avoua Henry. Je n'avais pas l'intention de rester.
- J'insiste, enchérit Mme Kang. Il est rare que quiconque vienne voir Hai, et vous avez l'air d'avoir fait un long chemin pour venir jusqu'ici. Entrez donc vous reposer quelques instants, je vous ferai du thé.
- Eh bien... »

Quelques instants plus tôt, Henry n'avait pas particulièrement envie de s'attarder, mais désormais, l'envie était présente, et il était évident que les parents de Kang l'avait ressentie. Ils lui adressaient de larges sourires, sans exprimer la moindre curiosité ou marque de gênes : ils étaient simplement très polis, et s'ils avaient des a priori sur lui ou s'ils n'avaient pas envie de le voir entrer dans leur demeure, cela ne se sentait pas du tout. À l'inverse, Henry sentait que Kang n'avait pas du tout envie de le voir s'incruster davantage. Même s'il faisait de gros efforts pour ne pas le traiter comme une vermine et pour éviter de le fusiller du regard, il faisait clairement comprendre à Henry qu'il n'était pas le bienvenu. La situation était délicate, car le métis n'aimait pas vraiment se mettre les gens à dos, et il y avait fort à parier qu'il allait contrarier Kang en acceptant - mais enfin, celui-ci semblait déjà le détester profondément, ça n'allait sans doute pas changer grand chose.

« J'accepte avec plaisir. » répondit Henry en ignorant désormais le Kang qui devait bouillir intérieurement.

Le sourire qu'il lut sur les visages de M. et Mme Kang paraissait si honnête qu'Henry sut qu'il avait fait le bon choix. Autant ne plus se préoccuper du propriétaire du portefeuille qui n'avait fait que se rendre désagréable depuis le départ. Néanmoins, il lui restait encore une toute dernière chose à faire : rendre le bien en question, qui se trouvait toujours dans sa main. Sans méchanceté de sa part, Henry tendit l'objet en question à Kang, mais sans daigner le regarder, comme si la transaction avait été discutée et acceptée par les deux camps, et qu'il n'y avait plus besoin d'en parler. Kang n'oserait sans doute pas faire d'esclandre devant ses parents, ce qui facilitait la vie à Henry. Il ajouta pour faire bonne figure.

« Vous avez vraiment une très jolie demeure ! C'est un style chinois ? »
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Ven 24 Fév - 12:01

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La colère exsude de Hai. Discrète, cependant - il ne faudrait pas que ses parents se rendent compte de quoique ce soit. Ceux-ci ont l'habitude de ses regards sombres et de ses moues désabusées, car il les leur sert depuis l'adolescence. Ils n'y voient cependant que l'expression d'une désinvolture propre à la jeunesse, nonobstant complètement les ondes du courroux que Hai malgré tout laisse s'échapper. Ils ne comprennent guère le malaise profond, l'irritation dont la source est cryptée. Et Hai n'a nul désir de les priver de leur grille de lecture ; leur clé d'interprétation lui est confortable, car elle lui permet de conserver des rapports cordiaux avec eux. Le Chinois n'a guère envie de leur exposer l'intérieur de son cœur. Il a trop de respect pour eux pour leur montrer l'étendue de leur échec.
Mais toi qui n'as pas un regard biaisé, tu le ressens probablement - parce qu'il y a comme une lame plaquée contre ta nuque, n'attendant que le moment opportun pour glisser jusqu'au tendre de ton cou.
Tu ne commettras pas l'erreur de croire que Hai est un bon garçon. Il y a trop de zones d'incertitude en lui, et la surface est trop instable. Peut-être est-il comme une mer agitée, seules les eaux superficielles se troublent, alors que le fond de l'eau est calme, comme s'il dormait. Est-ce vraiment rassurant ? On ne sait pas ce qui se cache, là où la lumière n'atteint pas les profondeurs.
Mais les parents de Hai sont des personnes d'une politesse exquise, et sa mère s'échappe vers la cuisine pour préparer du thé. Ils ont un cuisinier, principalement parce qu'ils n'ont guère le temps de se préparer à manger eux-mêmes ; mais eût-il été là, cela n'aurait rien changé : Kang tàitai le préparerait elle-même, parce qu'elle estimerait que c'est son devoir. C'est là un des mystères dans la vie de Hai : lui pratique les convenances par nécessité, parce qu'il n'a pas le choix ; mais ses parents les vivent avec tant de détermination qu'on oublie qu'ils sont riches. Peut-être est-ce dû à leur différence de naissance : Hai est né avec une cuillère en or dans la bouche. Tu ne peux pas en douter un seul instant.
Et si tu t'aventures avec lui rendre son portefeuille, c'est que tu as bien compris la situation dans laquelle le Chinois est placé ; il ne peut plus rien te refuser. Bien sûr, sa haine à ton égard s'accentue ; bientôt elle brûlera comme les flammes d'un brasero bien alimenté. Mais elle couve, en attendant. Hai ne t'en veut de toute façon pas de dire oui à ses parents, il les connait assez pour savoir qu'il a plutôt tout intérêt à ce que tu acceptes. Dans le cas contraire, ils lui reprocheraient probablement de ne pas en avoir assez fait pour t'accueillir convenablement. Et il se murerait dans le silence, parce qu'il n'aurait aucun argument à leur opposer. Alors il le prend, sans rien dire.
Lorsque tu demandes si le style est chinois, Hai se retient à grand peine de lever les yeux au ciel. Cela ne se voit donc pas, que tout cela est trop contemporain pour être traditionnel ? Oui, les tasses Ming que Kang tàitai finit par apporter sont totalement chinoises ; mais le reste non. Vous vous installez dans un salon de cuir blanc, avec une table basse d'inspiration asiatique mais qui ne l'est absolument pas ; et que dire de l'énorme télévision qui trône devant vous ? Kang xiānshēng répond cependant avec beaucoup de tact :
« Hélas, non, pas du tout. Nous avons préféré rappeler nos origines, mais ne pas les imposer. »
Ce que ne dit pas l'homme, c'est que ce rappel subtil et peu voyant sert avant tout à conforter la position sociale des Kang dans le monde des affaires : ils sont des égaux, non des étrangers exotiques que l'on peut se permettre d'exploiter. Hai a souvent perçu des regards le dévisageant dans la rue, à cause de ses traits ; mais lui fait de même, il n'aime pas beaucoup ceux qui ont des traits « caucasiens » (comme on dit chez vous), et ne parlons pas de ceux qui sont comme toi. Mais heureusement, ses parents ne souffrent pas de tels préjugés.
Kang tàitai sert le thé avec des gestes précis et calculés, et Hai se surprend à l'observer avec la même admiration qu'à l'accoutumée. Il trouve sa mère très belle, très digne ; il aime le contraste entre sa vêture occidentale et son application tout particulière. Il est fière d'elle.
« Alors, dîtes-moi, monsieur, quel est votre nom ? Que faîtes-vous dans la vie ? » : demande sa mère d'un ton intéressé.
Et elle n'est pas Hai, rappelle-toi ; elle ne te jugera pas pour ce que tu es, elle ne cherche ni à te nuire, ni à te mépriser. Elle pose la question parce qu'elle a envie de savoir. Est-ce le cas de Hai ? il ne sait pas trop. ; il se fiche de toi, mais il y a en lui un élan de curiosité dont il ne peut nier l'existence. Et cela l'agace.
 
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Ven 24 Fév - 18:06

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À chaque pas qu'il faisait, la magnificence de la maison des Kang rappelait à Henry à quel point ils venaient d'un tout autre monde que lui. En soi, rien de fondamentalement avec ce qu'il connaissait : ils avaient eu aussi des portes, des chaises et des tables dans un style assez simple, sans dorure, dentelle, fanfreluches, tapisseries ou tout autre objet qu'Henry associait spontanément à la richesse. Mais tout résidait dans les détails. Rien ne semblait abîmé - à la moindre éraflure, un objet être changé, tout semblait si propre, si net. Il y avait aussi, dans la décoration, une régularité nette qu'on attribuait à raison à un architecte d'intérieur : dans le cas où les matériaux utilisés auraient été les mêmes que ceux que lui-même possédait, le résultat aurait été différent, car l'expertise aurait tout changé. Henry en restait bouche bée, non, le style n'était pas chinois, comme venait de le confirmer M. Kang - il n'en restait pas moins que la demeure était superbe, et qu'il ne savait pas où il pouvait se mettre. Avait-il seulement le droit de s'asseoir sur l'un de ces fauteuils qui ont l'air si moelleux ? Il n'osait pas contempler trop naïvement la beauté de cet intérieur, mais simuler l'indifférence aurait été bien entendu très malpoli. Comme toujours, c'était la voie moyenne qui s'imposait, et Henry était doué dans ce domaine-là - tout devrait bien se passer.

« Eh bien, c'est très joli, vous avez beaucoup de goût. »

Henry osa enfin s'asseoir sur le canapé, qui était encore ferme mais déjà très confortable - on ne se roulait pas dessus à la suite d'une journée bien occupée. Mme Kang vint leur servir le thé, et Henry admira la précision de ses gestes mais aussi tout l'art qu'elle y mettait. Est-il besoin de se rappeler que ça ne se passait pas du tout comme ça chez les Dessaux, et que si d'aventure, on servait du thé, on le chauffait rapidement au micro-ondes et on y glissait un sachet tout préparé et, allez, s'il y avait du monde, on le cuisait à la bouilloire et on le servait dans le thermos à café ? Henry n'avait pas l'impression que sa famille était rustre, mais en comparaison de tout ce raffinement, ils étaient bien plus primaires dans leur façon de se comporter. Et s'il avait capté le regard d'admiration que Kang portait à sa mère, il en aurait conçu un peu plus immense respect - impressionner Kang n'était pas à la portée de n'importe qui.
Henry accepta la tasse avec beaucoup de soin, se demandant s'il avait le droit de souffler dessus ou s'il pouvait faire un peu de bruit en le buvant. Elle était d'ailleurs un peu trop chaude à son goût, pouvait-il se permettre d'attendre un peu ? S'il se brûlait la langue, il ne ressentirait rien du tout.

« Merci beaucoup. » répondit-il calmement.

Il porta la tasse à sa bouche, laissa couler une infime gorgée qui lui chauffa la langue et le palais, réussit au bout de quelques secondes à lui faire passer l'obstacle de sa gorge, puis remarqua enfin les arômes qui s'en échappaient. Le thé était plus amer que ce à quoi il était habitué, mais il le trouvait bon.
Répondre à la question de M. Kang était plus simple, mais Henry devait bien faire attention à ne pas trop faire ressentir le prof en lui.

« Je m'appelle Henry Dessaux, et je suis professeur de lettres en lycée. » Jusque là, tout allait bien, et il se disait que la façon dont il présentait son métier était beaucoup plus classe que la réalité du travail - mais enfin, il passerait sans doute pour un homme de culture, abreuvé de James et d'Hemingway. « J'ai découvert par hasard le portefeuille de son fils en me promenant en ville, et j'ai songé que je ferais mieux de lui rendre en main propre, puisque j'avais son adresse. Il n'aurait peut-être passé à aller chercher aux objets trouvés.
- En effet, approuva M. Kang, c'est toujours plus aimable quand on vous rend un bien que vous avez perdu. Vous êtes vraiment bien éduqué, monsieur Dessaux. »

Le compliment le fit rougir, il ne s'y attendait pas du tout et il jugea préférable de plonger dans sa tasse pour cacher son embarras. En plus, Henry savait qu'il ne l'avait pas du tout mérité : il avait caché le fait qu'il avait cédé à la paresse pendant quelques mois et qu'il venait seulement de se décider à agir. Nul doute que Kang, s'il avait su la vérité, se serait précipité pour tout leur raconter : Henry aurait eu du mal à nier, car il se sentait assez mal à ce sujet.

« Le thé est très bon, madame. » dit-il pour détourner l'attention de lui.

Il était encore très chaud, mais il risquait moins de se brûler, aussi jugea-t-il plus simple de vider sa tasse le plus vite possible pour ne pas leur donner l'impression de s'incruster.
 
luzerne
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(c) rex corvus
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Dim 26 Fév - 11:36

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Hai est muré dans le silence. Entre lui et le monde, il a dressé une barrière, comme une vitre sans tain à travers laquelle lui seul peut voir, et qui le cache des regards du reste du monde - à ceci près que ce qui est voilé, ce sont ses pensées. Difficile de mettre en mots sur le masque d'émotions qui lui couvre le visage ; et c'est peut-être là la secret de son indifférence, à Hai : tout se lit sur sa figure, de sorte qu'elle en devient illisible. Les sillages de la colère rabaissent ses sourcils, l'indifférence cendre son teint, l'admiration éclaire son regard, le bonheur étire le coin de ses lèvres ; et l'inquiétude scelle le tout comme du ciment. Le dos droit dans son assise, Hai ne te quitte pas du regard. Ses yeux exercés décèlent la moindre de tes gênes, examinent ton comportement avec l'exigence d'un juge professionnel qui déplore la qualité de la prestation qu'il examine. Il peut tout voir, Hai : il sait que tu n'es pas à l'aise. Et tu aurais tort de croire que ses parents n'en font pas de même : eux aussi le voient. Ils ont simplement pour eux la politesse, jamais ils ne te le feront remarquer. Ils ne te jugent pas.
Tu ne peux pas douter que Hai t'écoute ; la mention de ton métier plisse son front. Professeur de lettres, dis-tu, même pas prof d'anglais. Tu te respectes, et Hai ne t'en méprise que d'autant plus. Peu importe, au passage, que ses parents ne semblent guère s'en offusquer ; tu remarqueras qu'ils n'ont fait aucune remarque sur ton métier, et Hai lui-même n'est pas sûr de ce qu'ils en pensent. Il y a en eux des zones d'ombre dont il n'a jamais réussi à trouver le sens ; tout comme lui refuse se dévoiler totalement devant eux, ils conservent une part de mystère que le jeune homme ne remettrait jamais en question.
Il préfère te voir rougir et balbutier, du moins est-ce un terrain bien plus confortable pour lui, et il sait exactement comment réagir - en t'opposant ce même mélange de sensations que tu ne pourras jamais décrypter.
Et puis, finalement, les parents se lèvent ; Hai sait ce qu'il se passe, et la tension de son corps s'accentue encore. Son regard suit leurs silhouettes tel un tournesol amoureux du soleil, et il en est mécontent, parce qu'il ne peut pas te chasser, ils ne le lui pardonneraient jamais.
« Excusez-nous, Mr Dessaux, nous sommes des gens occupés, nous ne pouvons pas rester, regrette Kang xiānshēng, et Hai réprime un mouvement de dégoût, car il sait que le regret est sincère. Mais Hai vous tiendra compagnie, ne vous inquiétez pas, c'est un garçon timide mais gentil (Hai lève les yeux au ciel, mais ne dit rien.) Vous resterez bien dîner, n'est-ce-pas ? »
Là, tu peux peut-être percevoir une flamme d'horreur dévorer le regard noir de Hai. Un dîner. Avec toi. Être trop indigne pour avoir le droit de siéger à sa table. Il y a des moments où le Chinois pourrait sérieusement détester ses parents, et ce moment précis en est un. Ses poins se serrent, les jointures blanchissent. Et un faux sourire flotte subitement sur les lèvres de Hai ; oh, mais c'est qu'il est énervé.
« Bien sûr. » : renchérit-il, mais dans sa voix il y a comme un blanc, une pointe de vide qui détruit la moindre nuance d'émotion.
Et Hai voudrait te dire : non, ne fais pas ça, Dessaux. Mais il n'a pas voix au chapitre, et se pliera à l'avis de la majorité. Il déteste ces moments, cependant, où il a conscience qu'il est faible et sans pouvoir. Plus que jamais, le jeune homme a conscience de son besoin d'acquérir une position plus solide, où il pourra être le seul détenteur de l'autorité, et où il aura toute liberté de te jeter hors de chez lui sans avoir besoin de se justifier.
 
myosotis
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Jeu 30 Mar - 11:19

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Agir rapidement ne faisait pas partie des compétences d'Henry : sa lenteur l'empêcha de vider sa tasse de thé aussi vite qu'il l'aurait souhaité afin de pouvoir s'éclipser le plus tôt possible sans trop froisser ses hôtes. Il se sentait divisé sur la question : s'il ne voulait pas gêner M. et Mme Kang, dont l'hospitalité sans fausse note l'impressionnait, Henry était loin d'avoir les mêmes réticences à l'idée de s'imposer chez Kang. Le jeune Chinois ne le quittait pas des yeux, tel un rapace vorace qui n'attendait qu'un signe de faiblesse pour se jeter sur sa proie. Henry avait compris qu'il ne serait jamais aussi bien pour lui, et il aurait dû accepté ce triste sort, en se disant qu'après tout, que lui importait l'opinion de ce pauvre type ?
Mais ce pauvre type était le propriétaire du portefeuille qui avait causé tant de problème à Henry. Le portefeuille l'avait obligé à rompre avec ses habitudes et à agir, ce qui ne lui ressemblait pas. Peut-être était-il en train de se découvrir un intérêt à tout ce qui auparavant l'ennuyait ? Peut-être... Henry deviendrait-il une de ces personnes actives qui se battaient pour leurs idées et qui défendaient les autres au lieu de laisser couler ? Drôle d'idée. Henry en avait toujours rêvé, mais il s'en était toujours senti incapable.
Il fut surpris lorsque les parents de Kang se levèrent, mais Henry eut le bon réflexe de ne pas bondir à son tour comme un ressort, ce qui, il en était sûr, l'aurait fait passé pour un brave chien bien élevé aux yeux de Kang. M. et Mme Kang s'excusèrent de ne pouvoir rester et lui proposèrent de rester dîner. Cela paraissait tout de même beaucoup pour quelqu'un qui, après tout, n'était venu que pour rendre un portefeuille. Mais s'ils prenaient Henry pour un ami de leur fiston, l'invitation paraissait plus logique.

« Eh bien... » commença Henry, prêt à refuser.

Mais.
Mais il y avait un Kang qui le regardait avec des étoiles de rage dans les yeux. Un Kang qui lui rappelait son infériorité par les airs guidés qu'il prenait. Un Kang qui agissait servilement avec ses parents et qui se sentait obligé de les approuver avec extravagance. Un Kang qu'Henry ne se sentait pas capable de détester, malgré le peu de cas que celui-ci faisait de lui. Un Kang qui éveillait tout de même quelque chose en lui, un sentiment inconnu qui s'appelait l'envie de se battre et de s'imposer.
Kang donc insistait, allait dans le sens de ses parents, parce qu'il y était obligé, mais il était évident que son cœur s'opposait à l'invitation. Il était même en train de le supplier silencieusement de ne pas accepter, n'était-ce pas mignon. Henry avait le pouvoir. Il connaissait déjà l'autorité que l'on pouvait avoir sur un élève, mais ça n'avait rien de grisant - c'était quelque chose de nécessaire qui ne faisait pas plaisir quand on en usait. Mais le pouvoir qu'Henry avait à ce moment-là sur Kang avait une saveur inouïe qui se mariait à merveille avec le thé qu'il dégustait - quelle extase gustative, cette boisson. Il prit le temps de savourer ses arômes fruités et amères qui lui piquaient la langue avant de rendre son verdict - le regard fixé droit sur Kang, un sourire moqueur vissé aux lèvres.

« Avec plaisir. Je pense que ma mère ne verra aucun inconvénient à ce que je reste plus tard chez un ami. » Henry insista très nettement sur ce mot, et détourna le regard de Kang. « Je vous remercie de votre attention.
- Tout le plaisir est pour nous, corrigea Mme Kang avec humilité. Voyez-y une façon pour nous de nous excuser de ne pouvoir vous tenir compagnie davantage. Hai, mon chéri, peut-être pourrais-tu montrer à M. Dessaux ta chambre ? Vous y serez plus à l'aise pour y discuter. »

Mon dieu, pensa Henry en entendant une telle proposition. Il ne s'attendait pas à se faire inviter dans la chambre de son nouveau presque-meilleur-ennemi-mais-pas-trop, et il avait très envie de s'y rendre. Pas parce qu'il était fétichiste des chambres, bien sûr, mais parce qu'il sentait que cela ne pouvait que déplaire à Kang. Mais Henry cacha du mieux qu'il put sa satisfaction : ce n'était pas à lui d'accepter, et il était certain qu'un type aussi malin que ce Chinois-là trouverait un moyen de s'extirper de cette situation sans y laisser de plumes.
 
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(c) rex corvus
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Jeu 30 Mar - 12:29

ft. le + bg


Une sourde angoisse s'empare de Hai, qui pourtant sourit comme si la tranquillité de son dîner n'était pas en jeu. Le tumulte de ses regards te laisse une indication fort claire de sa volonté ; on ne sait trop s'il te fusille ou s'il te supplie. Peut-être les deux, bien qu'il s'en défendrait. Il déteste cette impuissance qui le conduit à accepter les décisions qu'on lui impose. Il ne se plaint jamais trop du départ de Chine, car lui-même a souffert de ces histoires qui ne sont bonnes qu'à être reléguées au passé. Mais le reste... la vue de cette maison par trop contemporaine lui agresse la rétine, et pourtant il se tait. Il n'est dès lors nullement étonnant de le voir si revêche avec le reste de l'humanité : c'est là ses seuls instants de liberté. Et voilà que cette dernière lui est ravie par ta réponse.
Hai baisse la tête sur sa tasse de thé. Sa fureur est si grande qu'elle en devient palpable, et teinte l'air d'une tension que même ses parents devinent. Ils ne disent rien, cependant. Par bien des égards, ils ne comprennent guère leur fils, et assimilent cet orage comme la peur de décevoir. Ils voient leur fils comme un enfant appliqué, désireux de ne jamais dépasser les limites, pas même lorsqu'il coloriait. Sans doute est-ce la raison pour laquelle sa mère émet la proposition de lui montrer sa chambre : ainsi, suppose-t-elle, il se sentira plus à l'aise dans un cadre beaucoup moins formel. Portant son gobelet aux lèvres, Hai prend prétexte de sa gorgée pour ne pas répondre tout de suite. Ses gestes sont colorés de désespoir, et pourtant, lorsqu'il relève la tête et présente son visage, celui-ci ne semble nullement gêné.
« Bien sûr. » Il privilégie une réponse rapide, dans laquelle il a moins de chances de se trahir.
Ses parents saluent très cordialement Henry, avant de s'enfermer dans le bureau. Un brin de mélancolie passe dans le regard de Hai ; toujours ses parents ont été trop occupés pour lui accorder leur pleine attention, et cela ne change pas aujourd'hui. Il retient le soupir qui menace de lui échapper, et te fait signe sans te regarder, les yeux toujours fixés sur la porte du bureau qui lui interdit tout accès. Il a beau être associé aux affaires, il y a encore tant de choses auxquelles il n'a pas le droit.
Et peut-être cela le fait un peu souffrir.
Sa chambre est à l'étage, et il ne regarde pas si tu le suis quand il se dirige vers les escaliers. Il monte les marches d'un pas altier, digne d'un roi montant au sommet de la plus haute tour pour admirer son territoire. Tout est impeccable, chez lui ; même les quelques mèches qui lui chatouillent la nuque sont droites, lisses. Il traverse le couloir d'un pas rapide et ouvre la porte de sa chambre. Dans une parodie de révérence, il te lance :
« Après toi. »
Devant toi s'étend l'immense surface d'une chambre à l'ameublement luxueux et résolument moderne. Tout est en nuance de blanc et de gris, à l'exception d'un mur couvert d'une grande tache rouge, tu ne sais pas trop pourquoi. Un gigantesque lit deux places trône au centre du domaine, flanqué de deux chevets bas soigneusement laqués. Un grand tapis est jeté de chaque côté. La fenêtre se trouve sur la gauche, elle donne sur un balcon que tu peux apercevoir à travers les fines voileries qui le dérobent à la vue des autres. Sur la droite, une commode, un valet de chambre et une immense bibliothèque te font face. Une porte mène vers ce qui est sa salle de bains personnelle, mais Hai ne t'y laissera pas entrer. Il referme la porte avec toi, et te met tout de suite dans l'ambiance :
« Soyons clairs, si tu me voles autre chose, je serai beaucoup moins tolérant. »
De nouveau ce ton glacé, méprisant, qu'il avait fait disparaître face à ses parents. Il devine ta curiosité, et elle lui est exécrable ; résigné, il préfère aller s'installer à un bureau situé contre le dernier mur, trop soigneusement rangé pour être régulièrement utilisé.
 
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Mer 12 Avr - 14:26

ft. le + beau

En cet instant, la tension était si intense qu'Henry en oublia tout simplement de respirer. Personne n'était vraiment dupe de ce qui se passait : les parents de Kang étaient en train de le forcer à se montrer sociable, et celui-ci faisait de gros efforts pour ne pas les envoyer tout bonnement chier. En d'autres circonstances, Henry se serait peut-être humblement interposé, révolté à l'idée que l'on puisse forcer son enfant à faire quelque chose qui manifestement lui coûtait tant ; mais il éprouvait toutes les difficultés du monde à éprouver de la compassion pour le jeune Chinois, et il ne pouvait que comprendre la réaction de ses parents. Si personne ne forçait Kang à se comporter correctement en société, ce dernier serait devenu imbuvable et se serait socialement mis en danger. Incapable de comprendre qu'il y avait des situations qui exigeaient de prendre sur soi et de faire preuve de politesse envers autrui, même si on ne l'aimait pas, il lui fallait la menace, la contrainte pour lui éviter de se tirer une balle dans le pied. Comment était-ce possible, avec des parents si bien éduqués ? Comment était-ce possible, avec un jeune homme qui avait passé l'âge de se comporter en adolescent ? Henry ignorait totalement ce qui avait pu se passer, mais il était persuadé que Kang était pourri jusqu'à la moelle, et ce depuis sa naissance. Aucun effort n'aurait été suffisant pour le remettre dans le droit chemin.
Henry savait que Kang ne pouvait refuser, et le principal intéressé le savait également : il se précipita pour accepter, d'un ton qu'il voulait le plus décontracté possible, mais était-il seulement possible d'être dupe ? Un étranger comme Henry avait déjà compris. Pourtant, M. et Mme Kang n'hésitèrent pas à abandonner leur visiteur à la merci de leur fils, non sans un regard compatissant et amical pour lui donner du courage. Henry se sentit étrangement seul, à présent, et il se rendit compte que la présence parentale avait jusque là constitué une barrière rassurante contre l'hostilité de son hôte initial - mais désormais, plus rien ne l'en protégeait. Peu habitué aux situations aussi complexes, Henry se demandait s'il serait à la hauteur, ou si Kang trouverait le moyen de l'humilier définitivement avant la fin de l'invitation. Pourtant, Kang attendit un peu avant de laisser éclater toute sa colère : il ne regarda pas Henry après lui avoir fait signe de le suivre, comme si en faisant de gros efforts pour nier sa présence, l'intrus finirait par s'effacer. Henry était relativement plus à l'aise avec cette indifférence qu'avec la colère, et il se leva doucement, posa la tasse sur la table, et suivit le dos de Kang vers la chambre en question. La souffrance qui transparaissait dans le regard du Chinois lui échappa totalement.
La vision de la chambre de Kang fit s'arrêter Henry sur place. Pour un jeune homme qui ne disposait que d'une toute petite chambre avec un lit une personne, puisqu'on n'aurait pu faire entrer plus grand à cause du manque de place, et d'une commode largement suffisante pour faire rentrer ses habits, la chambre du Chinois débordait de luxe et d'opulence. Henry calcula que la moitié de l'appartement de sa mère aurait pu tenir dans cette chambre, voire les trois quart : c'était juste... immense. Il eut du mal à ne pas lorgner sur le lit qui trônait au centre de la chambre : il n'avait jamais vu de lit qui avait l'air aussi confortable et moelleux. Oh, oui, c'était le genre de lit où l'on pouvait passer sa journée à lire ou à paresser sans attraper la moindre courbature, où l'on pouvait dormir sans attraper de torticolis... Le genre de lit dont Henry rêvait, et qu'il aurait acheté, s'il avait eu les moyens. Il faillit pousser un cri de frustration à constatant à quel point les oreillers avaient l'air bien rembourrés et ergonomiques - à le dégoûter du bout de tissu tout plat dont lui-même se servait. Ça y est, Henry était officiellement jaloux. Kang, ne remarquant pas l'étrange fascination d'Henry pour un objet qui devait lui paraître bien banal, lui recommanda de ne rien voler d'un air mauvais. Mais Henry ne lui prêtait pas attention et déclara d'une voix absente :

« Oh mon dieu, ce qu'on doit bien dormir là-dedans. »

Il rêvait de se jeter sur ce lit immédiatement, d'apprécier son confort, et de faire une sieste dessus - mais Henry était trop poli pour faire ça chez quiconque, et il dut se contenter de déglutir tandis que l'objet absolu de la fainéantise se présentait à lui, mais restait hors de portée. Il ne dormirait pas cet après-midi, et il en serait fatigué le soir, mais tant pis.
Pourtant, malgré lui, Henry s'avança et caressa du bout des doigts les draps d'une douceur telle que même sa mère, avec sa lessive bon marché et ses adoucissants, ne parvenait à reproduire. Il l'avait mauvaise, Henry, mais il était tellement fasciné... il enfonça son poing dans la couette et vit avec merveille qu'il rebondissait comme dans un nuage et reprenait sa position comme si de rien n'était. La perfection du sommeil.

« Mais qu'est-ce que vous avez bien pu faire pour vous acheter des lits pareils ? »

Cette pensée échappa à Henry. Il n'avait pas eu l'intention de l'exprimer à voix haute, mais c'était fait. Il ne doutait pas un seul instant que le Chinois n'apprécierait pas de le voir traîner près de son lit, ni qu'il trouverait dans l'exclamation d'admiration du métis une accusation qui pourtant n'existait pas. Mais il en fallait si peu pour contrarier Kang, alors pourquoi faire des efforts...

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