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Joyeuse Sang-Valentin — Libre
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Mer 14 Fév - 0:00

Milles et un bips et bruits de pas. Sous la lueur stérile des néons ont défilé les brancards et leur cortège de cris, de blouses blanches bleues et blanches et roses. Des aiguilles aux scalpels aux forceps, l'attirail du chirurgien et du gynéco-obstétricien en champs de batailles dans les bassines, les serviettes et les torchons entassés. Rouges. Cliché d'apocalypse, soirée ordinaire pour les infirmières.
Valentina enlève son masque et même l'odeur du désinfectant ne couvre pas celle du fer. Ses gants lui collent à la peau, poisseux. Carmins. Il va falloir qu'elle change de manucure.

De tous les corps qu'elle a vu, des cortèges funéraires qu'elle a provoqué, il n'y a qu'un seul type de macchabée qui ne la marque encore. Et Madre mía que ça la marque. Que ça la cogne même. Comme un coup de couteau, tout bas sous le ventre. Une coupure sans ouverture qui suinte sans pus et sans sang. Sale.
Éclipse, pénurie de lits, de personnel. Débordements. Des femmes enceintes comme s'il en pleuvait et ce bébé-là. Ce bébé avec son cordon ombilical et ses belles couleurs américaines. Ce bébé tout bleu sous le rouge. Blanc maintenant, sans avoir jamais pu crier.

Elle a à peine jeté ses gants, mode pilote automatique, qu'elle s'est faufilée entre les portes de la sortie de secours pour se cacher dehors, derrière les poubelles. Son regard est morose quand elle baisse la tête pour fouiller dans ses poches et puisque ses mains sont cachées, elle se permet de trembler. Puis c'est comme si son portable venait se joindre au séisme humain quand il vibre pour lui annoncer que « Chérie, je te rentre tard ». Mais Valentina n'y prête pas attention car ses pensées sont pour un autre homme, un qui répond au nom de Frank puisque son prénom est le seul souvenir intact qu'il lui reste.

Frank, elle ne se souvient plus de son visage, de son odeur, du son de sa voix car dans son unique fragment de mémoire préservé Frank porte sur lui les effluves de la poudre sur son costume des années 20. Cadavre chaud. Son visage n'en est plus un, c'est un masque. Ce n'est pas Frank que cet homme qui dort avec ses vermeils trous sur le torse. Ce n'est pas Frank cette masse lourde que le flic retourne comme un vulgaire mannequin. Ses paroles ne sont plus que le chant des revolvers. Et merde, si seulement Frank savait que Al avait pourtant essayé. Si Frank avait pu voir toutes ses fleurs, ses bagnoles et ses putes en robes noires qu'Al lui avait trouvé pour son enterrement. Combien de poulets Al tuerait pour lui. Combien même dans l'après-vie, Al l'aimerait jusqu'à en saigner, vengerait mille fois encore sa mort, écrirait son nom sur tout les toits, le corps de toutes les catins des États-Unis et les bouteilles de whisy. Mais voilà Al a oublié. Presque.
Il va falloir songer retourner voir ses confrères Hellébores. Faire la visite de routine. Puisque les vieux souvenirs, ceux qu'elle croyait avoir pourtant tous éradiqué sauf un remontent finalement à la surface. C'est que les morts finissent toujours par flotter.

Valentina avance de deux pas, occupée à rouler sa clope mais ce sont deux pas de trop car déjà elle percute quelqu'un. Pas de chance pour cette personne, il s'avère que Valentina ne s'est toujours pas changée. Le sang et autres fluides de sa blouse sont venus tacher les habits de l'autre.

▬ Joyeuse Sang-Valentin ! Rigole-t-elle sans joie.

Le doré de son fard à paupières a coulé.
 
magnolia
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Jeu 15 Fév - 19:05





Il n'aurait définitivement pas dû venir.
Ces bracelets verts aux poignets des patients lui donne la nausée, comme un peu tout le reste dans cet endroit. Le sang sur les gants des professionnels à la fin d'un soin qui les décore comme des constellations. Les visages pâles des patients aussi blancs que les draps de leurs lits une fois changés -pour peu que le linge soit propre-. Les produits pharmaceutiques et nuisibles qui coulent dans leurs veines, vains espoirs de guérisons pour les plus touchés. l'angoisse qui se lit sur le visage des familles, la détresse qui les étreints dès que viennent les nouvelles préoccupantes. les conditions et la charge de travail consternante du personnel hospitalier. la blancheur stérile et navrante des locaux -sans âme-, comme un gris aigre et désagréable. à l'intérieur rare est la joie, absent est le bonheur. On ne les trouve qu'en salle de maternité. dans la majorité des cas, fort heureusement. partout ailleurs se dessine une immense mosaïque de déception.

Bitume se souvient encore du temps où Nana occupait la chambre 324F. c'était un été, le soleil tapait et pendant qu'elle vomissait le peu qu'elle pouvait encore avaler, il lui tenait ses cheveux pour les lui préserver. il se souvient précisément des mots doux qu'il lui susurrait à l'oreille pour qu'elle ne perde pas pieds. il connaissait les mots qu'elle préférait, ses blagues et ses tournures de phrases. c'était rassurant, doux d'avoir des repères. quoi que douloureux au vu de la situation. il aurait donné sa vie, son existence de magnolia pour qu'elle puisse faire toutes les choses qu'elle avait prévu mais qu'elle n'aurait l'occasion de faire.

il se rappelle aussi du regard compatissant de la voisine de chambre, beaucoup plus âgée et très peu bavarde. Elle avait les traits tirés par les années, la peau abîmée, les reins qui ne fonctionnaient plus correctement à cause de la chimio et partait en dialyse trois demi-journée par semaine. Elle n'avait pas de famille. Elle ne sortait jamais de sa chambre. Cela avait toujours angoissé Nana, qui ne supportait pas ce sombre spectacle, qui avait tendance à se projeter, à s'identifier. C'est en partie pour ça qu'elle avait choisi de rentrer à la maison, d'arrêter les soins. de prendre la tangente et de laisser tomber.

Alors qu'il effectue un énième aller-retour devant la chambre, sans oser l'ouvrir, on l'interpelle. On lui demande s'il est un proche et s'il veut rentrer. A ce moment il s'excuse,prétexte s'être trompé d'étage et rebrousse chemin, comme l'année d'avant. Chaque fois qu'il se trouve là, il a l'impression que la toile de ses souvenirs resplendit avec toujours plus d'ardeur. Les bons souvenirs comme les mauvais refond surface et lui remémorent ce qui a disparu il y a des années de cela. Il se souvient aussi d'à quel point il trouvait stupide ce fameux quatorze février et à quel point l'engouement de Nana pour ce jour était authentique et puissant. ce jour n'avait rien de spécial avant. et désormais, il ne peut s'empêcher de le vivre douloureusement chaque année. de ressasser ce passé qu'il ne peut se permettre d'oublier. Cette période source de joie n'est pour lui que calvaire.

A chaque souffle en ce quatorzième jour du deuxième mois de l'année, Bitume sent son cœur qui s'effrite comme une statue de piètre qualité. bousillé comme jamais. Ses yeux hurlent tellement ils lui font mal, ils brûlent de larmes qui ne coulent pas, qui refuse de dévaler les sillons secs de ces joues abîmées. Son âme comme prise en étau menace d'éclater en sanglot.

condamné à une vie sans elle.
à une vie de doutes, d'encore et de peut-être.
il se demande si cela vaut la peine, de vivre et de continuer désespérément à chercher un brin de luzerne fauché des décennies auparavant.
et pourtant, épris d'elle comme au premier jour, il ne cesse de gamberger.

Bitume a ôté sa veste, qu'il portait à l'épaule, dévoilant tout le bordel de tatouage marin japonisant qui lui dévore le haut du bras. Il la tient désormais à la main, cherchant son paquet de bâtonnets caché à l'intérieur d'une des innombrables poches du blouson. Il fini par le trouver et allume à la hâte la première virginia slims qu'il en extirpe. Comme tous les quatorze, il se fourni au bureau de tabac du coin la même marque qu'elle avait l'habitude de fumer. De fines cigarettes de gonzesse qui résume en tout point l'existence. Longue mais pourtant si fragile, capable de se briser au moindre coup du sort. Maintenant bitume n'est plus bon qu'à écouter les tubes à la radio, et à se dire que cela lui aurait plût, ou qu'elle aurait trouvé tout ces trucs d'un hasbeen considérable. Plus bon qu'à marcher le long de la bâtisse médical la tête dans les nuages.

il l'aimait, de façon tordue avec son cœur tordu.
il chérissait son souvenir,
il le vivait.
de chaire,
de sang,
de chaleur;
il le rayonnait.
jusqu'à ce qu'il ne heurte une jeune femme
sur le chemin de ses songes.

Joyeuse Sang-Valentin !

désormais tâché de pourpres gouttelettes, bitume quoi que contrarié d'être tiré de sa rêverie prend le temps de scruter la passante en se mordant la lèvre inférieure comme il a de plus en plus tendance à le faire. Son rire qui sonne cassé, ses cheveux bruns attachés avec rigueur dans sa nuque, son allure déconfite comme si elle venait de se battre contre la mort et qu'elle en ressortait sans certitudes pour l'après.

ce n'était pas vraiment mon intention de fêter ce saint là à vrai dire. mais pourquoi pas, ricane-t-il avant de feindre un sourire.

ce n'était d'ailleurs pas non plus l'intention de ses vêtements. mais il en avait d'autres à la maison et ces derniers avaient connu pire bataille. du sang sur des fringues, ce n'était rien. c'était différent du fard à paupière de l'inconnu qui criait au scandale. il y avait clairement une nuance entre ce petit accident et l'instant de tristesse lisible dans les pupilles brillantes de cette dame. et alors que bitume essuyait machinalement quelques gouttes venues colorer le col de sa chemise low-cost, il ne pouvait s'empêcher d'être soucieux quant au responsable de ce chagrin; qu'il soit bénin ou plus profond, plus important.

j'ose espérer que ce n'est pas votre valentin qui vous cause ce désarroi et que vous n'avez pas oublié de prendre de quoi vous changer pour ce soir demoiselle.

Quelque part, il ose espérer que le bonheur
ne les a pas tous quitté.
il l'espère même pour elle,

petite hellébore cramoisie.




hrp: j'espère que ça te conviendra (: !

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Jeu 22 Fév - 23:18
Dans l'infime milli-seconde où Valentina laisse tomber le masque, ses yeux se plissent, sa bouche se crispe. Qui est cet inconnu dans ce grand corps abimé sous les pansements et l'encre et puis maintenant l'hémoglobine ? Jamais vu, jamais entendu parler. Il semble sortir d'un autre monde, d'un film un peu triste, un peu artsy. Le genre en noir et blanc avec une BO composée dans une langue étrangère. Le genre qui appelle les femmes de plus de trente ans demoiselle et même que ça sonne naturel. À croquer. Il doit avoir un goût amer.

▬ Sûrement pas, étant donné que c'est moi le Valentin ! A-t-elle rétorqué en tapotant fièrement le badge accroché à son buste, celui où tiennent en toutes petites lettres ses trois prénoms. Valentina. Sofia. Daniela. Elle fait semblant de se radoucir en soufflant : Mais merci d'avoir demandé, c'est mignon. Quoiqu'adorablement niais.

Son sourire s'est affiné, redevenu à nouveau tranchant, beaucoup trop étiré quand dans ses yeux se rallument une flamme espiègle qui trahit sa fourberie. Elle devine la brèche, l'abysse immense qui sillonne le coeur de l'étranger. Ça se lit dans son regard fatigué, dans les recoins tristes de ses fossettes. L'idée d'y plonger ses doigts sales, d'appuyer là où ça fait mal, lui traverse l'esprit. Elle voudrait l'ouvrir en deux, ce drôle de mec, juste pour voir ce qu'il y a à l'intérieur, sous le tatouage et l'odeur de clope, sous sa chemise tâchée et ses cernes violacées. L'infirmière a toujours eu la curiosité morbide, indécente. Mais Valentina sait qu'elle a d'autres chats à fouetter et d'autres patients à saigner ou soigner. D'ailleurs elle compte bien la fumer, cette clope puisque le temps lui est compté avant qu'une collègue ne s'empresse de lui courir après

▬ Vous avez du feu ? Biensûr que oui et ça sonne plus comme une injonction qu'une réelle question. Sans gêne, elle s'empresse de rajouter, un peu trop intéressée : Ne vous inquiétez pas on a des uniformes de rechange. Pour votre chemise si vous n'êtes pas pressé, je peux la mettre à la laverie. Vous êtes ici pour une visite ?

Ah la laverie, bien enterrée dans les tréfonds de l'hôpital avec tout ses tambours battants, son odeur de javel et sa chaleur étouffante. Dans la laverie, personne ne vous entend crier.
Heureusement c'est la chemise et non l'homme que Valentina se propose d'escorter.
Hors RP:
 
 
magnolia
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Avatar(s) : daabi _ bnha
Jeu 1 Mar - 12:37







soleil liquide qui
coule sous ses paupières; expression sur expression; puis ses yeux s'attardent sur ses traits à lui, le dévisage, l'envisage. bitume, ébauche de pétrole brut qu'on parsème, traits figés sur son faciès dégagé. il a ce regard qui menace de déborder tant ses souvenirs y dansent, de grandes agrafes qui comme des grains de beauté lui parsème le visage. ces dernières qui surplombent les étranges morceaux de peau foncés qu'on retrouve aussi dans son cou, puis sur ses bras. Frankenstein des temps modernes, corps de lambeaux sans être pour autant grand-brûlé. bandages qui dissimulent les craquelures de son cœur par-ci par-là, monceau de détails qui laisse perplexe. Forcément qu'on s'y égare, qu'on s'y perd rien qu'à le voir.

Le rouge manque de raviver ses joues alors que le qualificatif mignon lui arrache un léger sourire.  Du badge qu'on lui désigne d'un geste et qui vient sertir la blouse de la dame il ne prête attention qu'au premier des prénoms. Valentina. Il le retient, l'assimile, l'associe sans difficulté, ça rentre en mémoire comme une lettre à la poste.

Sans un mot pour l'instant, il écoute la femme a peau tannée par le soleil lui demander de quoi rallumer sa braise et y tend dans la foulée son allume-cancer. Quand s'en suit sa proposition, il pense à ces cicatrices qu'il a sur les bras; à celles-ci qui à coup sûr ne partiront pas au lavage. Il pense aussi à ce vide dans lequel il a l'impression de se fondre parfaitement chaque jour. Si elle savait à quel point cette seconde couleur sur sa chemise lui importe si peu, peut-être ne s'en préoccuperait-elle pas. Il a cette envie oppressante de lui dire, de se confier afin de calmer ce qu'il interprète avec maladresse comme un besoin de s'excuser et de bien faire. C'est ce qu'il tenterait de faire, si par mégarde c'était lui qui renversait quelque chose sur un passant. Alors dans la foulée, il essaye de rassurer.


rien ne me presse et c'est appréciable de me proposer cette alternative. mais vous savez rien ne m'attends à la maison je n'aurais pas à me justifier pour quelques éclaboussures. vraiment ce n'est rien. quoi que si je rencontre un flic qui passe une mauvaise journée, il pourrait éventuellement me prendre en grippe..

Léger suspens alors qu'il tire sur le filtre et jette un œil à cette rue qu'il empruntait jadis tous les matins pour venir visiter sa promise. il se souvient de chaque maison, de chaque détail, de chaque fenêtre. Celle la plus à droite du bâtiment vert, où dès l'aube on entrevoit la silhouette menue d'une femme de ménage qui danse, s'agite, s'affaire dans l'open space de ce qui ressemble à des bureaux d'agence. Les baies vitrées du loft à la gauche des bureaux quant à elles ne donne jamais de lumière. propriétaire absent en a-t-il déduit. Pour peu il pourrait se remémorer tous les intérieurs, continuer à glisser sur ces vagues de réminiscences qui ont pour lui un certain côté réconfortant, qui le berce de douces illusions, lui permettent de se perdre un instant avec ses fantômes. Pas besoin d'alcool pour perdre pied dans ce monde qui malgré toutes ses teintes de couleur lui apparaît d'un gris glacial, comme la cendre de sa clope qui tombe sur les pavés et l'amène à se raccrocher à cette conversation fortuite.

fin vous savez comment ils sont parfois, glisse-t-il.

un peu cons. casse-bonbons. il ne se souvient encore que trop bien de cet abruti la semaine passée qui l'avait enguirlandé à propos de l'encombrement de sa terrasse, qui certes peu solide pouvait tout de même supporter quelques pots de fleurs nom d'un chien. il avait eu beaucoup de mal à poliment indiquer à ce nuisible qu'il était dans ses droits et avait espéré un court instant ne jamais avoir à le recroiser.

si ça ne vous dérange pas et que ça n'empiète pas sur votre travail j'accepte.

Quand elle s'intéresse au pourquoi de sa visite, il trouve d'abord cela quelque peu déplacé. cela le pique. elle appui sur cette roue cassée qui tourne dans le néant. mais elle ignore, elle ne sait pas, il ne peut donc que pardonner. elle ne le sera d'ailleurs sans doute jamais, car bitume en parle peu, n'aime pas vraiment se confier, surtout sur ce sujet.

une visite, oui on peut dire comme ça. simple visite de courtoisie.

évasif, dans le flou, il ne s'étend pas, reste vague.

ma voisine

de couche. ou du moins son souvenir. morte il y a vingt-cinq ans.

mais ce n'est rien de grave. elle devrait pouvoir sortir dans quelques jours

ça sort en trombe de sa bouche, une fois de plus il en rajoute. il ne faut pas s'inquiéter, pas pour lui, pas pour ses mensonges. il sent qu'il pourrait perdre la face face à cette Valentina. Il sent que s'il lui disait ce qu'il vient vraiment faire ici, elle le prendrait sans doute pour un dingue, un fou liquéfié par un amour terminé qui se malmène tous les ans en venant voir cette fameuse chambre.

ou pour un abruti,
peut-être
aussi.




hrp: c'est parfait bl

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Dim 11 Mar - 20:34
Un sourire amusé vient orner la bouche pulpeuse de l’infirmière car les paroles du visiteur ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd et cette petite remarque sur les flics de Foxglove Valley suffit à ce que Valentina commence à l’apprécier. Elle lance un « gracias » discret en baissant les yeux pour se saisir du briquet et enfin allumer sa clope, non sans perdre une miette des propos de l’étranger. Elle a l’impression qu’il est un peu comme elle quand il parle beaucoup pour ne rien vraiment dire à la différence qu’il a le langage soutenu. Un peu mélodique et mélancolique, comme un poète d’un temps passé. Un littéraire, peut-être un journaliste ou un écrivain. Quelqu’un qui a l’air d’avoir voyagé, tant de corps que d’esprit. Elle se raccroche à cette image exotique, un peu farfelue qu’elle lui colle sur le front puisque c’est assez intriguant, assez bizarre pour lui changer les idées.

▬ Ah tant mieux, c’est qu’on a pas trop mal travaillé alors ! Je suis contente pour elle. Votre amie a de la chance d’avoir un voisin aussi attentionné… Commente-t-elle entre deux bouffées de fumée avec un regard perçant qui indique qu’elle ne le croit qu’à moitié. Voir sa voisine un jour de Saint-Valentin, c’est un peu suspect, non ? Sans doute partagent-ils plus qu’un simple palier. Ce serait mignonnet si la scène se déroulait pas à l’arrière d’un hôpital. Enfin ce ne sont pas les affaires de Valentina. Du moins, pas pour le moment. Alors elle n’en rajoute pas plus et jetant un coup d’oeil à sa montre, voit que sa pause est presque terminée. C’est avec regret, qu’elle laisse tomber sa cigarette à demi-entamée et l’écrase sans pitié sous ses souliers en plastique.

▬ Je vais bientôt devoir y retourner, suivez-moi.

Même si sa voix est toujours légère, ça n’a rien d’une proposition. Ça se confirme même rapidement quand elle le prend fermement par le bras et l’entraine à l’hôpital, le pas rapide et assuré. Ils déambulent un moment dans les couloirs blancs où Valentina esquive tant les brancards qui défilent sous les néons que ses collègues qui l’interpellent en espagnol sous les chants des bips et des instructions des médecins. C’est une course effrénée qui pourrait paraitre chaotique si chaque pas de la latina n’était pas savamment calculé. C’est qu’elle connait cette danse par coeur, à force. Et puis ça ne dure pas bien longtemps puisque déjà elle enfonce d’un coup d’épaule une porte qui les mène à une pièce sombre où s’entassent une pile d’uniformes hospitaliers pliés à la va-vite, encore chauds du souffle de la laverie.

Sans même attendre que la porte ne se soit renfermée, Valentina se tourne et enlève son haut puisqu’à l’hôpital tous les corps sont aseptisés et ne retiennent plus grand chose de leur sensualité. De la peau Valentina en voit défiler des kilomètres, ça ne lui fait plus vraiment d’effet. Elle attrape une autre tunique de la même couleur et l’enfile aussitôt, cachant les cicatrices - balle ou couteau ? - qui ornent sa chair, des trophées de sa jeunesse, ainsi que le couteau soigneusement glissé dans son pantalon. Puis, tranquillement, elle vient jeter dans une trappe menant directement aux sous-sols son premier haut souillé avant d’enfin se tourner vers l’homme qu’elle examine rapidement, l’air concentré. Fait-il du S ou du M ? Haussement d’épaules, elle s’empresse de fouiller dans une pile d’uniformes pour lui tendre un vêtement trop grand qui serait identique au sien s’il n’était pas de couleur grise.

▬ Enfilez-ça et donnez-moi votre chemise que je l’amène directement en bas. Et rajoutant sans en avoir conscience un soupçon d’embarras, elle continue : Votre voisine est dans quelle chambre ? Je vous rejoindrai là-bas pour vous rendre votre habit. Et si on vous demande, dîtes juste que c’est moi qui vous ai donné cet uniforme. Puisqu’ici citer le simple prénom de Valentina suffit à faire preuve de bonne foi. Personne n’oserait évoquer l’infirmière à mauvais escient, car tout le monde sait que Valentina n’aime pas les menteurs et que Valentina entend tout. Les rumeurs courent vite ici, encore plus quand elles sont en espagnol.
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