please don't forget me | vito
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Occupation : mannequin | euphoria
magnolia

Jeu 13 Oct - 4:51






Silence.

C'était toujours comme ça, tes nuits.
Un silence et, sur tes joues, de la pluie.
Des verres et un esprit confus, même si ça te prenait pas de boissons illicites pour avoir les idées perdues.


C'était juste mieux, car tu oubliais. Tu oubliais ton futur. Tu préférais ton passé. C'était ça, être un Myosotis, non? Puis déjà ta vie précédente ne semblait pas très attrayante. Tu voulais juste savoir pourquoi tu t'es retrouvé sur ce sol crasseux, la gorge en sang et le rire aux lèvres, souffrant tel un martyr. Tu savais pas pourquoi tu te faisais ça. À quoi bon se souvenir? La curiosité semblait justement être la raison de ta mort, pourquoi refaire la même bêtise?

Puis ça te revient. La raison de tes questions, de ta souffrance; on te cherchait. Au début, tu te disais que c'était normal, que c'était la mission d'Hellébore, mais tu ne pouvais t'empêcher de remarquer la différence entre toi et les autres de ton genre.

Eux, ils restaient tranquillement chez eux. Ils n'avaient aucun danger à leur trousse au point de faire ce que tu fais. Aucune raison d'effacer leur existence et de déguerpir tel des lapins... puis tu étais là. À te cacher, à fuir sans regarder. Une détermination acharnée dans les personnes qui te poursuivaient.

Tu étais différent, mais tu ne savais pas pourquoi. Un sentiment dans tes tripes, cependant, te murmurait que c'était lié à ton toi d'avant. T'étais mort pourtant, putain. Robert ou George ou peu importe quel était ton nom, tu t'es fait tuer. Pourquoi cela te suivait dans ta seconde chance? Qu'avais-tu fait de si mal?

Tes mains sur ton visage et te maudire, ta vie et toi. Tu t'accrochais trop à la chance alors que tu ne savais même pas si elle existait. T'y croyais alors que tu ne l'as jamais vu. Tu te faisais mal et tu recommençais. Tu déménageais et tu prenais la peine de tisser des liens que tu savais que tu allais briser de tes propres mains. Fuir. Fuir pourquoi?

À quoi ça te servais de vivre?
Est-ce que tu vivais?
Respirer ne veut rien dire.

Soupir. Tu te lèves avec légère difficulté, la fatigue de ta vie ou de ce que t'as bu te pesant sur tes épaules, un mal de crâne prenant possession de tes sens. T'accrochant légèrement aux murs, tu guidas tes pas vers ta salle de bain. Une fois la porte bloquée, comme si tu sentais qu'on t'espionnait, tu posas tes mains sur le levier, observant ta réflexion.

Tu avais un teint blafard. Un teint maladif.
Un corps svelte et des cheveux trop blanc. Des cernes aussi profondes que la couleur bleuâtre de tes yeux.

T'es pathétique, Hide.

Ton reflet se brisa, aussitôt suivit d'une explosion de coupures et toi qui observe ton pouvoir devenir fou. Incontrôlable. Comme ta peine et ta misère. L'alcool avait totalement endormi tes reflexes, te rendant ainsi incapable d'entreprendre de t'éloigner du danger.

Silence. Tu t'es calmé, tu penses.

Tu ouvris ton placard et pris des pilules. Somnifères. Une, deux, trois. Le robinet allumé mais sans boire. La vérité devant toi mais sans voir.

Tu dois partir, Hide, non?
Ça fait quand même un bon moment que tu es resté dans cet appartement. Ils étaient peut être déjà au courant.

Tu avais arrêté de visiter qui que se soit. Combien de temps cela fait, déjà? Que la seule raison dont tu sortais de ton appartement était pour boire? Trois jours? Non. Une semaine? Sans doute. Puis, normalement, le jour où tu te volatiliseras sans indices ni adieux était proche. Tu avais beau tenté de l'éviter, ça venait toujours, cette brise d'air qui te faisait battre les ailes afin de voler le plus loin possible.

Non. Cette fois-ci, c'était différent. Tu étais épuisé, tu ne savais plus courir. Tes ailes étaient fragiles. Tu voulais rester.

Tu peux pas, Hide, et tu le sais.

Tu te laissas tomber sur le sol, les morceaux de ton miroir accueillant ta présence en te mordant comme des lames. Tu t'en foutais. Tu te recroquevillas sur toi-même, tes cheveux cachant ton visage embrouillé d'eau salée. Des fins filets de sang sur ton corps pitoyable. Tu coules, tu t'écroules sans te relever. L'alcool dans ton sang bien trop lourd pour soutenir ton être fatigué.

Tu veux mourir.

Tu entends un de tes vases de ton petit salon se détruire. L'eau autrefois prisonnier se libérant sur le sol, comme tes larmes. Comme tes regrets et tes inquiétudes. Comme tes envies et tes rêves de poésie. Aucun pour se souvenir de toi, jamais. Tu te tiras les cheveux, des cris étouffés sortant difficilement de tes lèvres. Un goût de violence dans ta bouche. Une idée de noir absolu, d'un corps froid sans battements. Tu te collas encore plus sur le sol, recherchant la douleur coupante pour te retirer de tes pensées sombres. Ta face toujours caché, car c'est ce que tu étais; un faible connard qui ne montre jamais ses expressions négatives. Comme si on t'observait et qu'il fallait que tu caches ta souffrance. Tu es supposé être sourire et insouciance, Hide. C'est ce que les gens voient lorsqu'ils pensent à toi.

C'est peut être pour ça que tu avais l'habitude de mettre tes mains sur ton visage. C'est peut être parce que tu sentais que ton expression vacillait.

Silence.

C'était toujours comme ça, tes nuits.
Un silence et, sur tes joues, de la pluie.
Des verres et un esprit confus, même si ça te prenait pas de boissons illicites pour avoir les idées perdues.





don't look at me
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Occupation : caissier de nuit dans une station essence tmtc
luzerne

Ven 14 Oct - 0:35
please don’t forget me
hide & vito
Il y avait, paraissait-il, mille moyens d’exorciser un événement qui prenait trop de place dans l’esprit. Un événement marquant. Des émotions fortes, des images gravées dans la mémoire.
Vito n’était pas certain de pouvoir appeler cela un traumatisme. Traumatisme. C’est un gros mot. Un grand mot. Tant extrapolé qu’il n’était pas certain de la définition.

Dans un long soupir, Vito laissa son stylo retomber et étira ses bras derrière sa tête jusqu’à ce que son épaule gauche craque. Puis il se laissa aller un peu en arrière contre le dossier de sa chaise. Maintenant qu’il se penchait dans l’autre sens, il se rendait compte à quel point il avait le dos raide.
Depuis combien de temps était-il resté là, à tracer ? A essayer de se souvenir, de placer des éléments sur le papier par dessus la base au marqueur, remplir le noir.
Il ne manquait plus que les touches de bleu.
Il en était à sa troisième feuille.
Il y avait passé toute l’après-midi, la soirée, ce début de nuit.

Les jours où il ne travaillait pas, il passait le plus de temps possible sur ses planches, toute tablette graphique sortie. Cette fois-ci, il n’avait pas trouvé la motivation. Il avait l’impression que s’il portait sur le papier ce qu’il avait vu dans la montagne Astoria, dans cette caverne, bonnes comme mauvaises choses, ça l’aiderait -

a ne plus avoir l’impression qu’à tout moment il entendrait ce petit craquement,
signe avant-coureur d’une horreur, où son cœur s’emballerait, si fort,
parce qu’elle pourrait si facilement le coincer comme le cadavre qu’ils avaient trouvé là bas, étendu, seul, rongé par la mort.
Cette terreur, elle restait.

Alors, quand il entendit une petite explosion étouffée, le verre qui se brise, qui tombe, comme une petite mélodie, il se figea une seconde.
Et puis il se dit, ce n’est pas grave. Il se dit, quelqu’un, quelque part, a cassé un verre.
Et un autre verre.
Et un autre verre.
Et les murs étaient fins.
Et ça venait de chez Hide.

Attentif, il se leva de sa chaise de bureau et à pas de loups, gagna l’entrée, les oreilles grandes ouvertes. Quand il entendit, au loin, derrière une cloison, un cri étouffé, il comprit qu’il y avait un problème.

Les situations de crise, Vito les gérait plus ou moins. Il ne réfléchissait qu’à moitié, se laissait un peu porter par le courant, et surtout - se fiait à son instinct ce qui, jusqu’ici, ne lui avait jamais fait défaut, même s’il aurait voulu en profiter tout le temps.
Prudemment et sans fermer la porte d’entrée à clef derrière lui (il restait sur le même pallier), il traversa les quelques petits mètres qui le séparaient de l’appartement de son voisin, et frappa à la porte.

« Hide ? C’est Vito. »

Pas de réponse.

« Tout va bien là dedans… ? »

Toujours rien.
Il se passa une main dans les cheveux, comme si ce geste allait lui insuffler la réponse. Et puis, vraisemblablement, non, ça n’allait pas.
Sa main se posa sur la poignée, et la tourna. Il fut à moitié surpris de pouvoir ouvrir le battant sans rencontrer de résistance.
Temps et mouvements restèrent en suspension. Pour l’instant, il n’entendait rien, ne voyait pas grand chose par la porte entrouverte.

« Hide ? J’entre, okay ? »

Au delà de l’entrée, dans le salon, il y avait comme un petit chaos.
Tout était normal, sauf pour l’état du sol. D’abord, Vito vit les fleurs. Puis l’eau. Puis les bouts de verre, qu’il avait pris pour des pétales.
Il referma doucement la porte derrière lui et resta silencieux alors qu’il faisait quelques pas dans la pièce. La progression fut lente, jusqu’à ce qu’il arrive à la salle de bain.

Son souffle se bloqua un instant dans sa poitrine quand, sous les lumières artificielles des ampoules, il trouva Hide au sol, recroquevillé face en carrelage, le visage caché, baignant dans le rouge.
Il ne dit rien, mais fut à ses côtés en une seconde.

« Hey, hey, Hide, qu’est-ce qui s’est passé ? »

Hide.
Le drôle de voisin, celui que Vito avait toujours trouvé un peu bizarre sans vraiment savoir pourquoi, avec qui il était cordial parce qu’il n’avait aucune raison de ne pas l’être. Face à qui ses sourires étaient un peu forcés. Qui venait frapper à la porte pour la moindre occasion. Avec qui il était mal à l’aise, mais qu’il ne détestait pas non plus. Qui avait l’air de toujours aller bien, quand il le croisait dans l’escalier.
Qui était quasiment allongé sur un parterre de bouts de verre.
Ce Hide là.

Alors qu’il s’agenouillait prudemment près de lui, il hésita à le toucher, avant de frôler son dos avec la paume de sa main. Ses genoux touchèrent le sol humide qui imbiba son jean d’eau et de sang. Il sentit quelques petits bouts de miroir égratigner sa peau sans qu’ils ne puissent vraiment traverser le tissu.

« Tu m’entends ? »
©junne.
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