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Je suis ton père — ROYSKAR
 
hellébore
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Mer 13 Déc - 16:53
JE SUIS TON PÈRE


Les gosses n’hurlaient pas encore, le cul encore callé sur des chaises en bois merdiques qui grincent. Ils écoutaient, peut-être, le blabla pédagogique d’un professeur sans réellement s’y intéresser. Ils murmuraient, peut-être, quelques mots entre deux ricanements en attendant que le glas sonne leur libération.

ROY se tenait debout, main dans les poches, entouré d’une foule de femmes et de quelques hommes. Il regardait les reflets des innombrables fenêtres qui dévoilaient parfois une tête distraite, yeux levés vers le ciel. Pour s’évader.

ROY, toujours debout, faussement patient, sentait des regards glisser sur lui. Une espèce de peur s’infiltrait dans les rangs des parents, à qui il répondait par de larges sourires hypocrites et courtois, une lumière exquise dans les yeux offerte aux plus belles mamans. Toutes se détournaient, gênées, peut-être terrifiées. Dégoûtées peut-être, et il s’en satisfaisait.

ROY, erreur dans la masse d’adultes, n’était pas dans son élément. Et son regard las demeurait pensif, circonspect. Se retrouver dans la posture d’un père, il ne s’y était pas préparé et ne se l’était jamais imaginé. Il rêvassait, en ce demandant comment son fils suivait ses cours. Il espérait, en digne héritier, qu’OSKAR soit un cancre. Mais un soupçon de sentiment paternel souhaitait que son gosse soit sérieux.

ROY cachait sa crispation dans la courbure désinvolte de son dos et sa cigarette voyageant entre le bout de ses lèvres et ses longs doigts emmêlés. Il voilait un reflet d’incertitude dans ses yeux par la fumée, et attendait, chaque minute renforçant en lui l’envie de s’en aller. Mais il avait batailler pour ce moment…

La mère, ROY devinait à chaque coup de froid combien elle ne l’aimait pas. Aucun d’eux, sûrement, n’avait jamais réellement aimé l’autre, pendant les quelques mois passés ensembles. La preuve : elle ne lui avait rien dit. En apprenant, il avait cru voir un éclair d’amour dans la naissance de son fils. Un amour miraculeux et étrange, mais amour tout de même. ROY s’en était trouvé bien troublé, à la fois surpris, secrètement honteux mais bizarrement heureux. Puis il avait compris ce qu’était l’égoïsme : elle l’avait gardé pour elle-même, et cela lui échappait tout à fait. L’énervait presque. Une jalousie naissait dans le cœur du père floué.

Mais ce n’était pas la faute du gosse. ROY l’aimait bien, OSKAR. Il devait l’avouer, sa mère avait bien choisi son nom.

Et le silence qui planait jusqu'alors se troubla. L'air vibra tout à coup, la sonnerie stridente fit grincer ROY des dents, crispant sa mâchoire et ses sourcils. Il ne fallut que quelques minutes pour que les hurlements hystériques des enfants ne se lèvent, accompagnés de leurs pas. Une horde de petites créatures firent trembler le sol dans leur course pour se réfugier dans les bras de leurs parents.

Dans une autre situation, ROY aurait dévisagé ces bêtes ridicules avec un sourire crispé et dédaigneux pour leur faire peur... Mais son regard était fixé sur la grande porte par laquelle s'écoulait le flots de petits humains bruyants. Il jeta sa cigarette à ses pieds pour l'écraser et en effacer la trace et attendit... Retenant les bonds qui faisaient sursauter sa poitrine et rendait ses mains moites.


ROY & OSKAR

 
myosotis
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Mar 19 Déc - 19:51


Il égrène les secondes à la sédition silencieuse de ses mains, les ongles furieux sous le capuchon des stylos ; depuis ce matin, les yeux d'Oskar défient les aiguilles. Il attend l'écho funeste du vertige qui le sépare des fantômes, le visage gonflé de la grandeur des cèdres, non, prêt à rompre de la rivière : il a bien du mal à se concentrer sur l'école aujourd'hui.

Lorsque la sonnerie retentit pourtant, toutes les forces du loup l'abandonnent : il reste sur sa chaise là où tous les autres s'enfuient. Son œil de verdeur affronte la distance pour essayer de cueillir la trace efflanquée d'une ombre innommable : la figure maline qu'il entraperçoit perce un gouffre sanguinolent dans son cœur d'enfant. Consentant enfin à saisir son sac et traîner les pas, Oskar se sent infiniment onze ans : et ça lui donne envie de pleurer des sanglots véhéments.

Il se plante devant cet homme qui doit avoir son sang et ne dit rien. Il laisse courir sur lui le regard bouillonnant de la plaine. Cette ombre éclairée balaie l'été de sa poitrine et ne laisse à Oskar que les os du renardeau. Il pince les lèvres et serre le regard, ses sourcils se froncent sur des années de vide qui lui donnent envie de crier. Il déteste le père d'avoir disparu : il déteste la mère de l'en avoir caché. Il veut réclamer à lui tous les yeux et griffer le ciel, d'avoir trop attendu pour ce moment, où il devient tout à coup enfant ordinaire, juché de ses deux parents d'attention.

Ses poings se serrent autour de la bandoulière, et Oskar baisse les yeux sur le goudron, ébloui d'avoir trop admiré la figure paternelle. ‹ Bonjour. › D'un pied timide, il tape gentiment dans un caillou ; son front est couvert d'une douceur furibonde. ‹ Vous... Tu veux faire quoi, alors ? › Sa voix de maladresse s'étrangle dans sa gorge qui lui rappelle qu'il est minuscule. Il veut profiter ou arracher de sa peau cette sphère encore fertile et innocente, comme chaque fois qu'il se sent abandonné à l'enfance : mais le mégot sous la semelle capte toute son attention, et tout à coup c'est l'attitude qui agit pour lui ; il n'a plus peur du père ombre ni du père soleil, Oskar ouvre grand la gueule sur sa candeur. ‹ Tu fumes ? Mais t'es fou tu vas mourir du cancer et tout, c'est pas bien ! ›


 
hellébore
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Lun 8 Jan - 23:43
JE SUIS TON PÈRE


Les yeux d'OSKAR —il les reconnut aussitôt— étaient les siens. Si le gamin n'avait hérité que d'une chose de ROY, il s'agissait bien de ces yeux. A la fois trop fin et trop grand. Féroce et sauvage... L'enfance les rendait lumineux et doux, mais Levillain devinait trop bien, quelque part caché dans un recoin des jeunes pupilles, le grognement du louveteau.

Semblables à deux bêtes, il se jaugèrent en silence, comme soumis à un accord tacite. Un rituel étrange, durant lequel père et fils devraient se reconnaitre... ROY n'espérait pas apparaitre comme une figure paternelle et en regardant attentivement la petite bestiole qui levait son nez haut pour le dévisager, il trouvait dommage de devoir assumer un rôle de ce genre. OSKAR avait l'air d'un gosse trop amusant pour se borner à une relation d'autorité... Mais malgré tout, ROY reconnaissait en lui, quelque chose qui ressemblait bien à un fils. C'était étrangement réconfortant.

Puis le garçon baissa les yeux, si timide et si fragile tout à coup. Le petit loup se révèle doux et gêné. Par effet de ricochet, ROY aurait bien voulu lui aussi donner un coup dans un caillou, pareil à celui qui roula loin. Mais il se contenta de cacher ses mains dans ses poches et soupirer en soulevant un recoin de sa bouche en sourire, sans quitter du regard les cils allongés d'Oskar.

« T'es trop fatigué, ptit gars ? On va manger un truc pour reprendre des forc... »

Et soudain ce fut le drame ! Un terrible drame qui résonna si fort que Levillain en perdit la voix : un MEGO DE CIGARETTE. Hébété et embêté mais terriblement amusé ROY pouffa légèrement avant d'éclater de rire face à la merveilleuse, époustouflante et étincelante naïveté d'OSKAR. Il prit quelques instants pour reprendre son souffle. Puis, tout sourire, après avoir baissé les yeux pour se remettre de ses émotions il commença par glisser :

« Tu sais Oskar... »

Le sourire carnassier qui émergeait, dévoreur de rêve s'arrêta subitement. Ravalant ses mots acides : On mourra tous d'un cancer. Qu'on fume ou pas...

Mais ROY, confronté aux grands yeux d'OSKAR, à la fois si surpris, désolés et offusqués, peut-être même déçus, ravala son souffle d'adulte putride et pesa le regard du petit garçon. Une équation interminable s'engagea tout à coup dans un coin trop vide de sa cabosse ramollie, comme si les deux petits points vert lumineux qui le dévisageaient venaient d'ouvrir une porte... La boîte de Pandore du vilain, dans laquelle il entreposait toutes les interrogations et remises en questions qui font trop chavirer le cœur pour les voir chaque jour. Et après s'être perdu trop longtemps dans cette vision trop triste de lui-même, il leva les yeux avant de soupirer avec un pointe d'agacement : le gosse avait raison.

« T'as raison. Je devrais peut-être arrêter. » Mais qu'est-ce qu'il avait envie d'une clope, bon sang...

Et en faisant de nouveau vriller son regard vers le p'tit gars visiblement très inquiet pour un papa qu'il connaissait à peine, le sourire aux dents de loups se dévoila, s'approchant d'OSKAR pour briller davantage. ROY s'était penché tout près, posant ses deux immenses mains sur les petites épaules d'un garçon déboussolé, ouvrant grand ses yeux amusés. Levillain n'allait quand même se laisser dicter sa conduite par un gamin !

« T'as peur que je meurs, p'tit gars ? » Ricana-t-il, machiavélique, sans penser à ce qu'un gamin pourrait penser d'une telle phrase. « Ne t'inquiète pas, on a pleins de trucs à faire ensemble d'abord, comme aller manger un bon truc. Ça te dit ? »


ROY & OSKAR

 
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Lun 15 Jan - 19:52


Le père d'Oskar est un rire méchant sur une figure méchante, c'est un tumulte arachnéen de maladresse. Le père d'Oskar est né au froid et on le dit vilain, vilain il est : au recoin de ses sourires armés naissent des méchancetés viscérales, familières de l'enfance. Le père d'Oskar n'est pas la mythologie qu'on lui a promise, car où se cachent les jeux de ballons derrière les amandes vicieuses, où sont les amours éclatants sous les spectres maléfiques ? On a promis que le père d'Oskar guérirait le poison de son absence d'un éclair de soleil : Oskar ne comprend pas la noirceur qui se tient devant lui.

‹ Je suis pas petit, je suis un des plus grands de ma classe. Mes forces j'les aies toutes. › Oskar avait soif de paternité : mais l'eau dont il s'abreuve n'épanche pas ses babines furieuses d'avoir tant été privées. Il n'en reconnaît pas le goût de jeunesse, il en ignore la couleur brute. Mais il sait, il sait : c'est pourtant bien son père. Là est la fureur mordante qui dort sous leur peau, là est là limpidité irréductible de leur regard d'hiver. Oskar sait, il sait : un père qui n'est pas un père, donne naissance à des petits garçons qui ne sont pas des petits garçons. Sa déception rougissante est giflée par la pure réalité des forêts, et fait taire le grondement de sa mâchoire. Voilà, Oskar : ta racine est absente et vilaine. Tu n'as même pas de quoi être surpris. Dans son ventre se noue la justesse de la génétique, et la pleine conscience des meutes de cruauté sincère.

‹ Pourquoi tu dis ça ? Faut que j'aie peur ? Tu vas mourir pour de vrai ? › Il demande sans savoir. Il est trop jeune et il a trop souffert pour les figures de style. Quoi ? Leur temps est-il déjà compté ? Pourtant il a tant attendu : tant attendu à être en colère et tant attendu pour être déçu. Mais attendez, attendez, il sera humble, il a encore tant à découvrir sur cette carcasse obscure : sa gorge s'étrangle sur sa voix, les larmes montent trop vite dans ces yeux qui n'ont pas encore assez bien observé cette figure imparfaite. Il sera gentil, d'accord, il se laissera compter les sources de ses torrents. Le père d'Oskar n'existe pas : mais de grâce, ne lui prenez pas cette ombre métamorphe. ‹ Oui, oui, d'accord, pardon. Je veux manger des pancakes. ›



 
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Mer 11 Avr - 1:51
JE SUIS TON PÈRE

Roy se mordait les doigts.
Oskar semblait être ce genre d'enfant qui retourne le cerveau de leurs parents ! Mais le père improvisé s'y prenait mal... Terriblement mal et l'échec pesait davantage à chaque moue qu'offrait l'enfant : tour à tour terrifiée et déçue. Chaque mot à peine murmuré, chaque phrase inachevée... Dévoilaient une défaite plus cuisante pour Levillain qui discernait dans les yeux d'Oskar des espoirs d'enfants inassouvis. 

Roy avait apprit toute sa vie à parler aux adultes avec des mots forts qui font mal, d'autres qui évoquent des rêves compliqués et bizarres... Désormais, il devait improviser la douceur, la bienveillance et la simplicité... Pouvait-il s'inventer un tel rôle et le tenir assez longtemps pour créer, dans les yeux du petit garçon, l'illusion du bonheur ? Il resta silencieux un instant, y réfléchissant. Allait-il mentir et jouer, alors que l'incarnation de la sincérité le regardait avec incompréhension ? Roy s'y refusa, mais changea d'approche...

Puisque d'un coup, les drames s'enchaînaient beaucoup trop vite. Comme une tragédie, qui se passerait du luxe des trois actes et déferleraient sur les personnages sans leur laisser le temps ni de s'aimer ni de souffrir. A peine quelques mots, et déjà les larmes du petit garçon grimpaient, grimpaient... Lançants de terribles et dramatiques appels à l'aide, face auxquels Levillain se trouva démuni. Chamboulé, l'urgence fit vibrer le cœur et l'âme froide de Roy.

« T-tu es le plus grand de ta classe, c'est ça ? » Demanda-t-il, légèrement hésitant, en se penchant au dessus du garçon, attendant un hochement de tête. « Ça, ça m'étonne pas ! Regarde de qui tu tiens ! » S'exclama-t-il, bombant fièrement le torse en esquissant un sourire qu'il s'efforça de ne pas trop marquer. « On est forts nous, on ne meurs pas comme ça ! Mais les forts doivent se nourrir comme il faut : alors en avant pour des pancakes ! »

Sans oser prendre la main de ce garçon qui était le sien et apprenait difficilement à apprivoiser, Roy posa doucement sa grande main sur la petite épaule d'Oskar pour l'inviter à avancer. Un signe qu'il rendit aussi doux, bienveillant et protecteur qu'il le pouvait, en gardant sur son visage ce léger sourire fier. Il espérait offrir un vision rassurante qui marquerait à jamais son enfant et balaierait les maladresses d'un père qui se découvrait. Peut-être qu'il n'était pas doué avec les mots, mais serait attentif dans ses gestes.

Leurs pas froissaient le sol. Roy s'efforçait de suivre le rythme des jeunes jambes pour ne pas aller trop vite et rester côte à côte. Ils marchaient, comme sur un fil qui remontait le temps qu'ils n'avaient pu passer ensemble... Un terrible vide s'empara de Roy, car du petit garçon qui marchait près de lui, il ne savait absolument rien. Aimait-il lire ? A quels jeux vidéos jouait-il ? Avait-il une petite amie ? Ou un petit copain peut-être ? De bons résultats ? — Des notes, Roy se fichait pas mal pour lui-même, mais pour un enfant qui serait le sien... Des foules de questions sans réponses glissaient hors de sa tête, et jetant des regards plus bas, il aurait voulu assaillir Oskar de questions. Une étrange et dévorante curiosité l'oppressait.

« T-tu... » Sa gorge était nouée, peinant à choisir par quelle question commencer... « Tu fais quoi d'habitude après les cours ? Tu fais une activité ? » Il posa un silence, avant lâcher un petit hoquet surpris. « Ton goût préféré de pancakes, c'est quoi ? Moi c'est chocolat caramel, pas très original.. Mais gosse j'aimais bien vanille... »

Devait-il parler de lui ? Peut-être qu'Oskar s'en fichait ?
Roy, craignant de dire n'importe quoi, se rendit compte qu'il ne voulait pas passer pour un loser aux yeux de son gosse...

ROY & OSKAR

 
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Lun 16 Avr - 19:13


Roy de toute évidence était un homme immense, et Oskar peinait à le suivre. Il s'épuisait en silence du bout de ses jambes en fil de fer, le dos soudain lesté par son sac à dos, et en contenant sa petite fatigue infantile il sentait ses tempes rougir d'effort. Il était endurant, mais c'était un autre géant auquel il se mesurait aujourd'hui. A son côté, c'est une créature qui n'a pas de pareille dans le merveilleux.

Oskar a abandonné ses mains pour donner toute sa verdeur à ses petits mollets, et elles se balancent négligemment de part en part de son corps tout à coup louvart, ballantes dans l'hiver. Pour ne pas faire pâle figure à côté du père : Oskar rassemble ses forces de tous les orages et intime à ses jambes misérables de bien vouloir le porter. Sa tête haute est là pour défier les nuages. ‹ Je fais du skate près de la station service ›, sa voix semble étrangement tempérée par manque de souffle, avec un écho rare de champ tranquille ; ‹ ou alors je vais dans la forêt. C'est derrière la maison tu sais. › Un instant, il songea que non, Roy ne savait pas : cette cabane crachée des pins n'était pas sienne. Ce n'est pas sur ce genre de territoire que l'on trouve les monstres d'encre et d'huile. Il préféra plutôt des questions sans épines. ‹ Je prends du sirop d'érable et beaucoup beaucoup de chantilly. › Il insista bien : en espérant un peu que par son innocence, Roy aurait la main plus leste que sa mère pour les desserts. Mais il ne savait pas s'il pouvait déjà exiger ce genre d'égoïsmes - plutôt, comme animé par ces mots-là, son estomac grogna bruyamment, et ça se tarit dans un rire clair et accidentel, comme on lâche des oiseaux du haut des pins. ‹ Pardon ! J'ai faim. ›

Mais cet éclat de ciel là devait s'éteindre vite, et il garde ensuite un silence religieux jusqu'au diner. Et les ardeurs tièdes d'enfants calmes ont un goût amer de mensonge sur son visage, car il brûle déjà, car à sa poitrine une meute de chiens dévorent ses poumons, mais, mais : Oskar ne veut pas faire fuir le père, pas par deux fois, aussi s'est-il assis au calme, et s'efforce de cacher ses cimes furieuses. Ses bras se croisent sur la table, et son souffle est encore un peu ample de cette course secrète.

Alors il a un vertige soudain, de s'aventurer à observer imprudemment cette figure ; maintenant qu'il est assis et que son visage est dévoilé, Roy est un soleil noir, roussi d'insolence jusqu'au bout des cils, et Oskar veut du bout du cœur tendre les mains sur un souhait terrible, pour saisir ce masque poli, et l'arracher, pour le garder et s'en faire chérir. Il ne sait pas s'il est approprié de seulement lui tendre la main. ‹ Dis ›, il se racle la gorge, pour retarder sa question moins que pour l'éclaircir de soleil, ‹ est-ce que… Enfin › bon sang Oskar : ce n'est pas dur de parler. Il ne sait plus s'il rougit d'effort ou d'autres larmes qui gonflent sous la peau, et puis - il ravale sa question, dans la fosse terrible des vérités trop dures à délier. Il préféra regarder vers d'autres secrets, où aller répandre sa crasse de simple mortel aux yeux curieux, pour désacraliser ce saint père des enfers dont il ne sait rien. ‹ tu- tu faisais quoi toi ? Quand tu étais petit ? › C'est vrai : où poussent donc les démiurges de goudron ?



 
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Jeu 9 Aoû - 18:16
JE SUIS TON PÈRE

Roy, géant de puissance et d'autorité n'imaginait pas la fatigue de l'enfant qui poursuivait ses talons avec acharnements. Il pensait contrôler suffisamment la cadence, mais le bonheur qui fourmillait dans ses jambes rendait le pas plus rapide qu'il ne l'aurait voulu.

Il gardait ses mains dans ses poches, pour se donner un air décontracté. Pour cacher ses mains moites et crispées. Eviter de réfléchir à où les mettre... Jauger ce qu'il pouvait faire ou non était un véritable casse-tête. Oskar était jeune, mais plus si petit que ça. Roy ne pouvait pas le traiter comme un enfant, mais pas non plus comme un adolescent... Oskar était dans un creux de l'âge difficile à appréhender. Et cet obscur espace effrayait le tout nouveau père.

Un père absent.
Un père indigne.
Un père ignorant même de l'être...

Le mouvement de jambes devint silencieusement sombre, se remplissant d'incertitudes. Mais la voix du jeune garçon, mais que faible et hésitante, résonnait fort en Roy. Une vibration pétillante qui colorait les pensées sombres d'étincelles, effaçait la moiteur de l'âme pour lui offrir un nouvel éclat... C'était ça, le merveilleux sentiment que provoque un enfant dans la vie d'un parent ?

Roy était ému de découvrir, pas à pas, l'univers d'Oskar, des bribes d'histoires, d'infimes informations, déjà trésors inestimables. Il était touché d'entendre ce garçon parler de lui comme s'il avait toujours fait partie de sa vie. Il s'imagina presque connaitre le bois derrière la maison... Il aurait dû savoir.

Alors Roy, qui gardait ses yeux baissés, rivés sur la chevelure emmêlée d'Oskar, entrapercevant ses longs cils et le bout de son petit nez, sourit. Il ne s'agissait pas de l'une de ces courbures mesquines et vilaines habituelles. Mais d'un sourire doux, attendri. Rare.

« Tu me montreras ? »

Roy voulait tout voir, cet endroit où Oskar jouait, les tricks qu'il connaissait... L'appétit avec lequel il mangerait son pancakes au sirop d'érables avec extra chantilly, dont il avait si besoin. Le grognement du ventre d'Oskar vola un rire au vilain grand homme.

« Ah ! Tu en as vraiment besoin ! Autant de chantilly que tu veux, profites-en, je ne dirais rien à ta mère. » Il lui offrit un clin d'œil complice en continuant leur chemin.

Dans le petit restaurant, Oskar s'était affalé le premier à une table, au bout de ses forces, ses jambes douloureuses ne le retenant plus. Roy le laissa seul un instant, pour aller chercher la tant attendue nourriture qu'il rapporta, abondante, dansant dans ses mains agiles. Il se contorsionna sur le chemin tel un clown magicien, pour éviter la foule et offrir l'entrée de nourriture la plus extravagante que son fils ai pu voir. Tournoyant sur lui même, mouvements de jambes experts et félins, il glissa vers la table, enfin, attirant le regard de l'enfant éreinté. Sur les crêpes épaisses, la chantilly forme une forteresse qui tremblait sous le nez du garçon.

« De la chantilly goût sirop d'érables au pancakes, pour toi. Je t'ai pris un chocolat froid aussi, je ne sais pas si tu aimes. Mais si non, il y en aura plus moi ! » Ricana-t-il en se laissant tomber sur la banquette, en face d'Oskar.

Lui, s'était offert une assiette de pancakes au chocolat, et un café, noir, amer. L'odeur se glissait jusqu'à ses narines et lui donnait déjà des frissons. Il glissa ses doigts autour de la tasse chaude, tâtant au début, craignant de ses brûler. Il décida d'attendre avant de plonger dans la flaque amer. Il faisait bien, car Oskar semblait tourmenté. Ou peut-être gêné... Les mots ne bousculaient pas dans bouche, ils hésitaient à quitter le seuil de ses lèvres. Roy n'eu aucun mal à voir qu'il ravalait une question pour en cracher une autre...

« Je faisais beaucoup de bêtises quand j'étais gosse et ça n'a pas tellement changé depuis ! » Sourit-il. « Je faisais du skate, aussi, je jouais, sortais avec mes amis. Comme toi je suppose ? Jusqu'à ce que je trouve ce que j'aime vraiment, je n'ai pas fait grand chose. Tu as quelque chose qui te passionne, toi ?» Il marqua une pause, puis pris peur et se rattrapa. « Enfin, je ne veux surtout pas te mettre la pression ! A ton âge il faut profiter, s'amuser, surtout pas ce casser la tête avec des trucs de grands. Tu as le temps de tout découvrir, c'est magnifique. »

Roy resta silencieux un instant, jaugeant du regard ce qui était son enfant... C'était étrange comme il parvenait à sentir chez lui, mieux que chez quiconque, que quelque chose clochait.

« Tu peux me demander tout ce que tu veux, tu sais ? »


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