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And you know, we're on each other's team — Cosmo
 
myosotis
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Dim 8 Oct - 17:46

C'est le son feutré de ses chaussures cirées sur la carpette délavée  qui vient briser le presque silence à demi inquiétant des nuits d'octobre. Grande silhouette qui se détache de l'obscurité, Earl glisse sous les lumières jaunes du hall d'entrée, se dirige d'un pas nonchalant vers l'appartement, glisse une clef dans la serrure de la porte. L'histoire ne dit pas si ce passepartout lui a été offert ou s'il se l'est accaparé. Après tout c'est toujours plus pratique pour débarquer à l'improviste que d'escalader la fenêtre, quoique cela manque d'effet dramatique. C'est que dans un coin de sa tête, Earl craint de ne devenir Scully, de retrouver un jouer son Mulder étranglé par le flexible de douche, boulotté par son chat, intoxiqué par un reste de pizza ou encore kidnappé par l'ordre des illuminatis. Avec Cosmo les possibilités sont infinies. C'est qu'il porte bien son nom le Coco qui a l'art de s'attirer les ennuis et ce n'est certainement pas lui qui lui reprochera de s'infiltrer en douce dans son appartement car il est la terreur des panneaux « défense d'entrer » de Foxglove Valley.
Schbom. À peine rentré il laisse tomber sa grosse mallette sur le sol comme si c'était façon d'annoncer son arrivée. Il regarde sa montre affichant 3h21 du matin, pose sur un coin de table le carton d'une pizza tiède et passe une main dans la fourrure soyeuse de Nacht. Ronronnements. Brave félin. C'est sans même retirer ses pompes, en total mépris des règles de politesse, qu'il vient s'effondrer sur le canapé où il plonge sa tête dans un coussin, renifle les effluves de chat, de fumée, du renfermé, d'eau de cologne, de restes de plateaux repas. Oui Earl est sacrément bizarre parfois. Et pourtant ce mélange olfactif le rassure car il lui est familier, lui qui ne ramène dans sa maison immaculée que ses dossiers, ses migraines, sa mauvaise humeur et sans oublier l'odeur glacée du désinfectant des morts.C'est pour ça que tu n'as pas de fiancée, lui rouspète sans cesse sa mère. J'ai pas le temps d'être amoureux maman, répond-il inlassablement. Pas le temps, pas la foi, pas le courage mais quelque part l'envie est toujours là, à lui boulotter les intestins, petits maux d'estomac. C'est dans son travail qu'il refoule tout ça, entasse dégoûts, peurs et autres sentiments bien profond dans son inconscient. Poubelle d'intérieur, débarras des passions, décharge émotionnelle. Mais ce soir il voudrait bien causer. Et comme ce n'est pas Missile qui va lui tenir causette, il se redresse et aboie, clébard en manque d'attention : 

▬ Cosmo ? T'es mort ou t'es sous la douche ? Si t'as clamsé j'espère que t'as eu la courtoisie de mettre un caleçon sinon je te laisse aux asticots.

Humour, humour.
 
freesia
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Mer 11 Oct - 0:45

  




             La tête est posée contre le bois du bureau, glacé contre de la fièvre d’un cerveau en constante ébullition. Le corps, lui, est brisé en des angles dur et aigus, il se soulève de temps à autre mais ressemble à une chair morte, un pantin tombé contre un meuble, trahis seulement par les lentes vagues d’air qui soulèvent l’être au fil de sa respiration. C’est un sommeil qui ressemble à la mort dans ce relâchement extrême du corps sans considerations pour les tendons et les muscles. Mais, c’est un somme nerveux et fragile, ne tenant qu’à un fil : il est de ces assoupissements rapides qui arrivent sans qu’on ne les voient venir, comme frappé d’un coup par une flèche de torpeur.  La tête recouverte de cheveux blanc repose entre les papiers, illuminé dans le noir par la lumière de plus en plus tenue et bleuté d’un écran d’ordinateur. Un casque a chu sur le sol, encore raccordé au computer il pulse, à peine audible, au rythme continu et agressif des basses d’une musique électronique.
Cosmo avait l’habitude de s’endormir sur ses affaires. Il était de ceux qui éprouvent des problèmes pour sombrer dans un sommeil réparateur, certains font des cauchemars, ont peur et il serait mentir que de dire que cela ne lui arrive jamais (c’était toujours dans ses nuits décembres 1999). Cosmo était de ceux dont les pensées et le corps n’offrent que peu de repos, tournant toujours et encore, poussant les chair à se mouvoir sans cesse, l’esprit a filer les idées et les fantasmes, à bouger encore et encore, jusqu’à ce que la fatigue l’attrape pour de bon, quand il ne peut plus courir. C’est amusant de voir Cosmo s’endormir, c’est soudain, incongrus, ayant peu de considérations pour l’endroit où il se trouve. Comme un petit automate duquel on ôte les batterie car le bouton « pause » est cassé.

            Doux aboiements, éclat de voix, apostrophe tant amicale qu’abhorrée.  C’est une voix qui le tire de sa torpeur, que dis-je qui l’arrache, le sonne comme le clairon de la caserne; La teinte militariste en moins, l’affection en plus. Le soubresaut entrechoque les os et la tête contre le bureau dans un grognement surprise douloureuse, les yeux rougit cherchent désespérément leurs carapaces de verre qui ont chu elles aussi, et sans lesquelles ils sont aveugle au monde. Lunette sur le nez, les cheveux d’une couleur fantomatique ébouriffés et sans disciplines, le corps brisé qui malgré tout se relève dans un craquement douloureux; il se traine jusqu’à la porte du salon dans un grommellement, s’appuyant contre le mur, et laisse ses yeux encore rouges et secs errer dans la pièce.
 « Garde tes fantasmes vaguement nécro sur ma personne pour toi, tu veux ? » répond-il la voix rauque, la sécheresse du ton trahissant bien sûr cette affection vache, presque enfantine, qu’il porte à l’autre, celui affalé sur son canapé.
Earl porte bien son nom. Comme si déjà à la naissance quelques procédés onomastique régissant le monde avaient décidé de faire de sa dénomination sa caractéristique principale. Earl est comme le thé qu’il ingère à une telle fréquence qu’il doit maintenant colorer ses veines. Il est comme ce liquide :  sombre et amer, pourtant sa chaleur qu’on ne découvre qu’après y avoir gouté, est l’une des seules à ce jour qui arrivent à réchauffer Cosmo de l’intérieur et avec tant de facilité.
Il se laisse tomber comme un sac aux cotés de Earl, un vieux t-shirt d’un groupe allemand obscur des années 80 lui recouvre les os, il a encore la trace de son bras sur sa joue et des taches d’encre. Il s’amuse un instant du contraste entre eux qui ne cesse de le surprendre, l’allure sèche et apprêtée, nette et intransigeante, le derme pale et les habits sombres (apparition poétique et inquiétante comme un personnage issu du cabinet du docteur Caligari) contre la negligence de ses chemise et t-shirts, de ses cheveux teints, de ses grosses lunettes, de sa peau sombre et décorée d’encre sur les bras et le torse, de cet anneau mordant parfois dans le lobe de son oreille. Une différence certes, mais il sait que les couches externes qui semblent dissoner ne sont que parures.
  « Oh… OH ! » Son regard s’illumine quand il se pose sur le carton de Pizza, qu’il ouvre avec précipitation pour se saisir d’une part avant de se renfoncer dans le canapé.   « Je retire ce que j’ai dis tu es le meilleur. Je vous aime, toi, tes kinks et ton don pour choisir les meilleures pizzas. » Il en aurait presque la larme a l’oeil. Nacht sort de sa cachète pour leur rendre visite. Le chat n’est pas farouche autour de Earl, ce qui n’est pas donné à tout le monde, il inspecte et renifle le brun puis s’installe sur les jambes de son propriétaire, fixant de son seul oeil valide leur invité.
 « Qu’est ce qui t’amène ? Je te manquais ? »

 
myosotis
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Jeu 12 Oct - 1:36
Et tandis que l'autre énergumène s'effondre à ses côtés, Earl desserre le noeud de sa cravate et prend un moment pour observer la face ravagée de son ami. Il a vu des morts plus vivants que lui aujourd'hui. Il suppose que ça fait partie de son charme.

▬ T'as un peu de bave là. Rétorque-t-il en pointant du doigt le coin de sa bouche avant de s'attaquer sans aucune pitié à sa touffe de cheveux en bataille qu'il emmêle un peu plus les deux mains sur son crâne de moineau en s'exclamant : J'y peux rien si t'as vraiment une sale gueule de déterré ! C'est l'hôpital qui se fout de la charité mais dans la bouche d'Earl ça sonne presque comme un mot doux. C'est sa façon d'aimer. Vachement. Vachement fort.

Très fier de lui, il relâche son son hôte et l'abandonne à la pizza qu'il a apporté en guise d'offrande. Earl se lève et se dirige machinalement vers la cuisine où trône sa véritable âme soeur susnommée la bouilloire. Il connait cet appartement comme sa poche. D'un point de vue extérieur c'est quand même un peu suspect.

▬ Je t'ai pris ta favorite, pepperoni poivron supplément ananas. Parce que ta maman m'a fait promettre de te faire manger cinq fruits et légumes par jour. Ricane-t-il en soulevant le couvercle de l'engin plein de calcaire qu'il vide, remplit et re vide, re remplit deux fois dans l'évier avant d'enfin appuyer sur le bouton ON. Après avoir jeté un coup d'oeil perplexe à l'état des lieux, il soupire, retrousse ses manches, s'arme d'une éponge qui traine miraculeusement dans le coin et commence à astiquer une tasse tâchée de café, pépère. Il est décidément comme chez lui.

 ▬ Je passe juste m'assurer que tu es en vie et bien nourri. Quelle chance il a ce Coco d'avoir un super ami qui débarque chez lui sans prévenir à trois heures du matin pour lui faire sa vaisselle. Et en plus qui lui apporte de la pizza, si ça c'est pas une belle preuve d'amitié alors Earl ne sait plus quoi faire.
Il a le temps de laver très précisément deux assiettes, une tasse, un verre, deux fourchettes et trois cuillères jusqu'à ce que la sacro sainte bouilloire ne se mette à siffler. Parfait. Earl sort un sachet de thé de la poche de son costume (si, si) et se concocte sa drogue dans un mug où a été gravé « I want to caffeine ». C'est presque les babines alléchées par l'odeur de bergamote qui s'est mêlée au gras de la pizza qu'il revient dans la pièce centrale et reprend sa place sur le canapé. Et quand ses fesses rencontrent à nouveau le moelleux du tissu, le cerveau d'Earl se fige l'espace d'une seconde. Il se remémore soudainement pourquoi il est là et l'euphorie de retrouver son pote s'efface un tant soi peu devant le sentiment d'usure et de cafard qui l'a mené là. Ta maman. Il met ça sur le compte de la fatigue, passe une main dans ses cheveux, rumine un peu ses pensées noires et sort d'un air bredouille, le visage sombre, les yeux dans le vague car à 3h26 du matin tout devient grave :

 ▬ J'ai vraiment eu une journée de merde aujourd'hui tu peux pas savoir.

Mais il sait qu'il sait, du moins qu'il s'en doute. Il sait que si y'a bien un connard dans cette foutue qui le comprenne c'est bien Cosmo l'illuminé qui lui aussi se perd dans ses journées, rattrape pas ses nuits, oublie de manger le midi, ne compte plus les heures passées à ressasser ses histoires déjantées. Quel joli couple d'adultes parfaitement fonctionnels ils forment. Si on les mélangeait est-ce qu'on obtiendrait un être humain un peu près normal ? D'abord est-ce que la folie s'inverse quand on l'additionne ? Ça lui un fait un peur de constater à quel point ils se ressemblent à l'intérieur eux qui d'apparence n'ont rien en commun. Et pourtant Earl ne sait pas trop comment lui dire ce qu'il a dans les tripes, par où il doit commencer. C'est que la notion de début et de fin devient bien floue quand on brûle la vie par les deux bouts.
 
freesia
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Jeu 12 Oct - 9:52

  



Il essuie la commissure de ses lèvres du dos de la main, effaçant un des derniers témoins de son endormissement avant de subir l’attaque de ce faucon qui fond sur lui, secouant sa tête déjà pas très en ordre. Il ne tente pas de se débattre mais plutôt de protéger au peril de sa coiffure (déjà douteuse) la part de pizza entre ses mains. Essayant tout de même de balancer un coup de pied à son assaillant, qui fini par se lasser. Relevant la tête les cheveux totalement ébouriffés il ne trouve rien de mieux que de lui tirer la langue « Je commence à croire que c’est ce que t’aime chez moi » Quel âge avaient-ils déjà ? Bientôt 30 ans. Cosmo laisse ses mèches blanches retomber, çà et là sur son front, devant ses yeux, caressant le haut de ses joues tandis qu’à côté de lui son ami s’agite. Il ferme les yeux, machonnant religieusement sa pitance et sent le canapé onduler, grogner, couiner,  sous l’élan du poids qui le quitte. Il entend le pas de Earl passer derrière lui, se diriger vers la cuisine. C’est amusant de connaitre à ce point le pas de quelqu’un : celui de Earl est ténu mais assez mat sur le sol, léger, mais assez imposant pour sa taille, il prend son temps mais prend sa place. Earl devait considerer sa chance, peut être, d’être l’un des rares à pouvoir rentrer et sortir de chez Cosmo comme dans un moulin, sans aucunes barrières ni réticences de sa part.
« Tu es trop bon avec ma mère, bientôt c’est toi qu’elle va appeler pour avoir de mes nouvelles. » une pause, il se ressert une part de Pizza « Quoique, elle le fait peut être déjà. Je la soupçonne d’avoir un petit faible pour toi. Ça doit être le côté brun ténébreux, études de médecine tout ça. » La remarque est faite sans méchanceté aucune, même, avec une pointe d’affection. Il a de la chance d’avoir Earl pour ami, parfois se demandant ce qu’il peut bien lui trouver, lui qui aurait du mal lui rendre la pareille, et qui n’a pas grand chose à offrir à part des histoires folles et de la deception. Il écoute, les yeux toujours fermés, l’eau couler sur la vaisselle, les bruits des céramiques qui choquent les couverts, et des mouvements du brun qui farfouille dans la cuisine, comme chez lui. Ce sont des bruits communs mais réconfortants, domestiques presque. Il n’y a plus d’autres sons que ceux-ci, ci ce n’est celui naissant de la bouilloire qui siffle comme un train entre en gare. A cette heure matinale il n’y a aucun bruit et que du sommeil au dehors, c’est comme s’ils étaient seul au monde, dans le monde qu’est l’appartement. « Le café … c’est une plante. Ça compte comme un légume, non ? » Lance-t-il sans vraiment de but, fixant le plafond d’un regard vide, perdu dans ses pensées. Cosmo s’est totalement enfoncé dans le canapé, ses jambes d’échasse posées sur la table basse trouvant une place entre les livres, les dvds, un vieux cendrier vide en forme de soucoupe volante. Le chat s’est roulé en boule sur son torse et son ronron régulier résonne dans sa cage thoracique. Il sent l’odeur du thé s’approcher de lui, et le canapé se renfonce et ploie sous le poids de Earl qui vient y choir comme innervé, dans un relâchement trahissant une lassitude profonde. Cosmo relève la tête vers lui, en contre bas il observe son visage. Il lui fait des remarques mais il n’est pas mieux et, il semble que d’un seul coup il a pris dix ans : ses traits sont tirés et fatigués. Il a l’air beaucoup plus pâle et raide, peut être que c’est ce qui arrive lorsqu’on se plonge dans son metier, il sent encore la mort et le désinfectant, il sent encore surement la mort au bout des doigts. Son regard perdu dans le bazar de la pièce semble hagard. Cherchant quelque chose. Une idée ? Des mots ?  Il a quelque chose sur le coeur et ça Cosmo peut le voir, avec les années il a appris à voir sous la carapace. Et l’autre de répondre à son interrogation silencieuse. Une journée de merde, il soupire, une journée de merde comme tous les autres jours, les journées sont toujours merdiques quand comme eux on s’enfonce dans une spirale de nuits blanches et de travaux incompris qui pourtant les passionnent. Il attrape son paquet de cigarettes qui gît sur l’accoudoir du canapé et s’en allume une, rejetant le paquet entre eux. « Allez, » Il regarde sa montre, expirant la fumée  « Elle est passée cette journée, aujourd'hui c’est déjà demain. » Il est bientôt 4 heure, c’est peut être pour cela que sa tentative d’humour ne semble que peu effective. Il passe sa main libre dans le pelage du chat puis, dans un geste doux pose celle-ci sur la cuisse de Earl, y appliquant un savant melange de pression puis de relâchement, dans l’idée de véhiculer un contact rassurant. Il n’est pas très bon, Cosmo, avec les relations humaines, mais il sait que Earl le connait et que de toutes manières ce derniers ne cause qu’avec les morts pour une bonne raison. « T’as envie d’en parler ? »



 
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Jeu 12 Oct - 19:10

Je suis fatigué qu'il voudrait dire Earl. C'est que trois petits mots et pourtant ça reste coincé dans sa gorge, ça le griffe, lui mordille, lui titille le gosier. Et en plus c'est même pas ce qu'il a vraiment sur le coeur.
Mais quand il sent la main rassurante de Cosmo sur sa cuisse, Earl expire. Une petite voix lui dit que tout va bien se passer. D'habitude il a horreur d'être touché. Il prend une première gorgée de thé, laisse deux secondes le liquide chaud lui chauffer le palais puis avale, trouve un peu de réconfort quand il sent tout descendre bien profond dans son estomac. Ça lui fait des chatouilles au ventre. Avec l'habitude, Earl est anesthésié aux effets de la théine et aux brûlures de l'eau bouillante. Il engloutit son thé sans aucune retenue comme une drogue dure ou douce, comme il le faisait avant avec le café avant que son médecin ne lui mette le holà. Depuis c'est thé donc. Il se demande si c'est vraiment mieux.

▬ Tu sais le café c'est autant un légume que la pizza est un fruit. Et n'en déplaise à toutes les cantines aux Etats-Unis, non la sauce tomate ne compte pas comme un légume.

Il regarde Cosmo tirer une latte de sa clope, affiche une grimace de dégoût car il a toujours été débecté par le tabac. Mais ce n'est pas lui qui va lui dire d'arrêter. Son regard s'arrête sur le paquet « Fumer tue ». Tu m'étonnes. Il tente de s'expliquer mais finit par s'emmêler les pinceaux :

▬ Ouais d'abord j'ai perdu une heure à me disputer avec les autres cons là. Y'avait cette nana avec les veines tranchées. Je leur ai dit qu'elle avait trop de médicaments dans l'sang, que c'était pas net, qu'on crève pas par exsanguination en 2017. Fin ça fait un mal de iench et en plus c'est long quoi. J'mettrai ma main à couper qu'elle a pas fait ça toute seule, ça se trouve c'était même pas son idée. Où est-ce qu'elle a pu trouver toutes ces merdes à avaler ? Et c'est pas possible que personne n'ait appelé les urgences avant. 'Fin de toutes façons l'enculé de proc' a clôturé le dossier. Il ne l'admettra jamais mais plus ils sont jeunes plus ça le frappe. Et forcément plus il vieillit moins ils sont âgés. D'habitude il garde ça pour lui, comprime et expulse ses sensibilités. C'est son métier après tout. Quand il en parle, quand il met les mots sur ce qu'il fait ça devient glauque. En vrai il a toujours en tête l'image de la carcasse de cette gamine qu'il a ausculté à 8h du matin, ce reste de môme aussi blanche que la baignoire dans laquelle elle a rendu son dernier souffle. Toute seule. Connerie de mémoire visuelle.
En plus dans sa lettre d'adieu elle parle de son ancienne vie mais c'est des conneries ça. On se tue pas à cause d'un autre passé, merde, si ? Bref, on s'en fout. On va s'arrêter là. Silence. Il a tenté de noyer le poisson avec son histoire mais c'est encore pire.

C'est pas la première fois qu'il voit une affaire comme ça et pourtant ça le marque toujours comme la première fois. Earl a beau avoir la peau blanche et lisse sous ses costumes parfaitement repassés, il a son lot de cicatrices. Quoiqu'il en soit y'a plus rien qu'il puisse y faire. Il y en aura d'autres des innocents, des enfants, des vieillards, des salauds, des brisés, des accidentés, des planifiés. Ainsi sont les choses, ainsi va la vie. Mais quand même. Il peut pas s'empêcher d'être en colère contre cette conne, contre le monde entier parce que c'est pas juste putain. Lui aussi se trimballe pas mal des casseroles et pourtant il en est pas là. Pas encore. Il enterre ses souvenirs comme il enterre sa masse de cadavres et un jour il sait que ça va le rattraper. Mais aujourd'hui n'est pas ce jour car en plus de ça y'a autre chose, quelque chose de pire parce que c'est pas quelque chose de fini, de terminal comme la mort d'une jeune femme mais un quelque chose de plus terrifiant qui se meut, rampe, ronge. En maman. Alors il prend son courage à deux mains, fini les conneries, va droit au but.

▬ C'est ma mère. Et encore trois mots qui lui font mal, lui raclent la trachée. Plus que trois autres. Elle est malade.
 
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Mar 17 Oct - 10:35

  



Les nouvelles tombent parfois comme le tonnerre au milieu d’une vie, celle-ci lui tombe comme une pierre au fond de l’estomac. Sa main se raidit, comme celle d’un cadavre, sur la cuisse de son ami. Le pire des sentiments c’est peut être celui-ci ressentit ici, une forme impuissance  totale, ravageuse. Une impuissance qui paralyse ses muscles.
Il ne sait pas comment réagir. Il n’a jamais su comment réagir face à ce genre de confidence. Cette relation assez exclusive qu’il avait avec Earl n’était pas construite sur les sentiments, mais plutôt sur leur incapacité partagée à exprimer leurs émotions :  des paternels décédés, des relations compliqués avec leurs mères, avec les gens en général, une tendance à l’isolation. « Elle est malade » et la phrase de résonner encore une fois dans sa boite crânienne. Il ne dit rien, mais pense tant. Si sa bouche reste silencieuse, son corps figé, sa tête file de mots qui ne trouve pas d’exutoire. Malade ? De quoi ? Depuis quand ? C’est grave ? Tu ferais pas cette tête si c’était pas grave. Earl, ça fait combien de temps ? Tu vas bien ? tu as l’air fatigué. Mais … malade ? Qu’est ce que je peux faire ? Rien Cosmo tu ne peux rien tu ne sais pas arranger les choses, ce n’est pas ton domaine, tu n’en a pas le pouvoir. Est ce que c’est grave ? Parle moi ! Tu es allé la voir ? Malade ? Malade ? Mal-
Ça fait comme un bruit blanc dans sa tête, comme si ses propres pensées étaient un murmure. Rien ne sort de sa bouche si ce n’est la fumée de sa cigarette qui se courbe en ondes grises et caresse ses lèvres gercées, cristallisée ici dans le soupir qu’il n’avait pas remarqué retenir.
Autour d’eux c’est le silence. Même le ronronnement de Natch ne ramène pas de sensations à son corps. Est ce que Earl attend une réponse ? Peut être. Ou peut être pas. Ils ont beau entrer dans la trentaine, Cosmo a l’impression que ni Earl ni lui n’ont jamais appris à exprimer des choses qui ont l’air si simple. Dans les films, dans les livres, dans la bouche des gens tout semble si facile : quand une personne se confie à une autre, on pleure, on rit, on parle beaucoup, on se prend dans les bras, parfois on hurle et ça fait du bien. 
Mais là il n’y a rien que du vide. Cosmo ne pleure pas, rarement, il ne se souvient pas quand il a pleuré pour la dernière fois. Il n’a pas pleuré lorsque Clyde est mort, il n’a pas pleuré quand son père est décédé. C’était juste du vide, froid, glaçant, démesuré, un bruit blanc qui lui glace le coeur. Du vide comme s’il n’était plus lui et que tout autour était atténué, estompé, mit en sourdine. C’est peut être montrer qu’il est douloureux de redescendre sur terre ? Il se voile la face en courant après les complots et les aliens, les silhouettes sur les photos floues, les interférences, toutes les preuves de vies et de mystère, d’intangible, d’irréel. Ici la nouvelle est cartésienne, pragmatique : « elle est malade » c’est une phrase simple, une majuscule. Un point. Trois mots. Les phrases ternaires font mal à la bouche, leur simplicité cingle et pique comme une flèche, un tison chaud dans le palpitant;
Elle est malade, 
Tout est fini, 
Il est mort, 
Je t’aime,
Je te quitte,


Est-ce que Earl a envie de crier ? De pleurer ? Il a envie de lui dire qu’il peut, hurler, si il veut. Il a l’air d’en avoir besoin. Il serait là pour ramasser les bouts de verre de ses cris brisés, à s’en couper les doigts. Même le tenir dans ses bras s’il griffe l’air tout autour de lui dans une geste rageur et désespéré. Il serait là pour récupérer le corps battu de pleurs, et sec, et fatigué. Il aimerait lui dire mais ne sait pas comment. Pourtant il sait qu’il le ferait, avec l’intensité qui le caractérise, il se plierait, se courberait pour soutenir la structure bancale, à peine humaine, juste devant lui.
Il ne remarque pas que la cigarette entre ses doigts s’est entièrement consumée, elle n’attire son attention que lorsque l’embrassade embrasée de la braise vient bruler ses doigts. Et cette douleur singulière, vive, le ramène à la vie. Il écrase le cadavre de ce cylindre de mort et se redresse, sortant son corps de cette léthargie. Ses mains attrapent celle libre de Earl, deux gerbes sombres entourant le derme ivoirin, les doigts tatoués s’entremêlent à ceux immaculés et propres. Les mains de Cosmo sont chaudes, elles brulent toujours de fièvre et d’excitation, celle de Earl sont plus froides elles ont peut être pris les caractéristiques des corps morts qu’elles manipulent. C’est bizarre, un peu collant, étrangement intime tout en étant anodin, tout le monde se touche les mains pourtant, mais le contact ce n’est pas son fort et le geste semble maladroit, incertain, étrange pour eux. Pourtant il en ressent le besoin. Il craint que s’il ne relâche la pression qu’il exerce sur cette main, tout l’edifice branlant ne s’effondre.

Toute les questions meurent sur ses lèvres, il ne se confondra pas d’excuses pour exprimer à quel point il est désolé. C’est égoïste de s’excuser pour le malheur des autres. « Reste »  -avec moi -ici -entier -fort -autant que tu veux -toi -pour te reposer -pour te consoler -pour penser à autre chose -pour en parler.
Reste, il y a tant de sous entendu dans ce mot. Earl sait bien qu’il peut rester ici autant qu’il veut. Mais entre leurs accords silencieux et la capacité à formuler cette idée de « je veux que tu reste parce que j’ai peur que tu t’effondre si tu pars. Je veux que tu reste pour que tu sache que je suis là pour toi. » il y a un monde, un univers.
Cosmo fixe son visage avec intensité, le transperce, comme s’il voulait lire à l’intérieur de son ami une réponse à cette question « qu’est ce que je peux faire ? » sans pour autant la formuler parce qu’elle a l’air inutile. Il remarque comment les traces noires sous leurs yeux se font écho.
« S’il te plait, Earl, » le prénom résonne pour la première fois avec une forme solennel, inquiète et pourtant douce « Dis quelque chos- Ou je peux parler si tu veux, je suis bon pour parler, parler beaucoup, dire des truc sans intérêt. Enfin avec toi. Ou dans un micro. » il s’arrête soupire, secoue la tête et dérange une fois de plus les loques blanches, ses mots se mêlent et s’entremêlent dans sa bouche si bien qu’il ne sort qu’un babillage ridicule « Ah… j-je peux me taire aussi. » il ne sait pas, il lui propose tout, n’importe quoi. Mais il ne lâche pas ses mains.

 
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Lun 23 Oct - 0:21
Un ange passe - ou serait-ce un petit diablotin, quand le silence s'installe. Ce n'est pas ce silence tranquille et reposant de deux amis qui reprennent leur souffle mais un silence malaisant qui pèse sur les épaules, écrase les crânes, tord les boyaux. C'est fou comme il y a des mots qui mettent instantanément mal à l'aise : nazi, accident, fausse couche, cancer, funérailles. Comme si le simple fait de les prononcer suffisait à les invoquer. D'ordinaire, Earl Grey aime s'entourer de silence, s'envelopper dans le mutisme des morts ou le bruit ténu d'un Cosmo tirant sur sa clope. D'ordinaire il trouve ça très bien quand pour une fois aucun des deux n'a quelque chose à dire. Il faut bien que leurs deux cervelles arrêtent de surchauffer de temps en temps. Mais là, mais là, il sent bien qu'il vient de poser une bombe dans le salon mal rangé du libraire. C'est un peu ta spécialité ça, larguer des bombes non ? qu'elle lui dit la petite voix dans sa tête, celle de sa première vie. Elle choisit bien son moment pour débarquer celle-là. Et s'il n'y avait pas la main de Cosmo dans la sienne, il se sentirait basculer, aspiré par ses angoisses, rongé par son putain de pouvoir qui se manifesterait tout autour de lui, rendrait son entourage aussi malade et triste que lui. Est-ce que Cosmo la sent cette terreur qui pèse et qui hurle à l'intérieur de lui ? Il espère pas. Il a l'impression de rapetisser enfoncé dans ce canapé. Il n'a jamais vraiment parlé de son pouvoir avec son ami. C'est quelque chose qu'il ne veut garder que pour lui même si sans savoir pourquoi quand il est avec Cosmo il sent qu'il peut garder le contrôle. Peut-être que dans le fond tout ce qu'il lui manque c'est un peu de confiance en lui. Quelle blague. D'ailleurs c'est drôle quand même de les imaginer là, tous les deux, main dans la main dans un appartement un peu pourri au milieu de la nuit. Peut-être que s'il avait eu un papa viril, un paternel fort et strict et américain on lui aurait appris que les garçons ça ne pleure pas et surtout ça ne se touche pas. No homo bro. C'est con en plus de sonner faux. Pourquoi est-ce que les nanas pourraient avoir des gestes d'affection entre elles et pas les mecs ? De ce point de vue là, il doit bien remercier sa mère de ne jamais l'avoir inculqué ça dans la tête. Ah maman...
Et il écoute les paupières à demi-closes les paroles de Cosmo et sans même avoir besoin d'en comprendre les mots, il devine très bien ce qu'il veut lui dire. Qu'il est là, qu'il peut tout lui dire. Ou rien. Au choix. Il entraperçoit la confusion, la tristesse et même la bienveillance dans le regard insistant du chasseur d'ovnis et il se sent minable de lui imposer tout ça. Mais c'est à ça que ça sert vraiment les amis ? Pas seulement à apporter des pizzas à trois heures du matin. Pourtant, Earl Grey s'en veut terriblement.  Alors il se redresse, lui donne une tape dans le dos, tente de se redonner une contenance en lâchant un petit ricanement.

▬ Ah merci. T'es mignon mais t'es un peu con. Il lui faut bien être fort. La mort, on y passe tous, il est le mieux placé pour le savoir mais quand même, sa mère quoi. C'est la vie. Il déteste cette phrase. Ouais c'est la vie et alors ? C'est pas pour autant qu'on doit se laisser aller, rester béat comme ça et regarder le temps passer sans rien faire. Mais là, mais là, Earl Grey a beau se creuser la tête il n'a encore pas trouvé comment contrer la faucheuse. Et quand bien même il l'aurait dans le creux de ses paumes la grande solution, ce n'est pas tant la terrible, l'inévitable Mort avec un M majuscule qu'il craint mais tout ce qui l'accompagne derrière. Les « maman pourquoi » et « qu'est-ce qu'on va faire de la maison » et « le chien t'a pensé au chien merde ! ».

▬ C'est son médecin qui m'a appelé. Elle a une tumeur mais elle veut pas du traitement. Il serre les poings sous les coups de la colère qui montre en lui. Il a beau être fatigué, ça le fout sur les nerfs. Elle est pas au courant que je sais. Je sais même pas comment en parler avec elle, c'est tellement... Le médecin prend sa main entre sa tête et se frotte le crâne, ruminant sa frustration. Chais pas 'fin pourquoi elle m'a rien dit cette co... idiote !

Il est 3h47 du matin et il pourrait aller crier dehors à s'en faire péter les poumons mais il n'est pas sûr que ça plaise aux voisins. Il pense à retourner dans son bureau ou encore trouver un vieux bar pourri et se vautrer dans l'alcool mais à cette heure-ci y'a rien faire au commissariat et le whisky a toujours un goût amer quand on l'avale aigri. Non vraiment sa place est ici. Ou bien dans son lit quoiqu'il sait très bien qu'il n'arrivera jamais à trouver le sommeil. Un jour faudrait qu'il se trouve un hobby. S'il a le temps. Ah le temps le rattrapera toujours. Saleté. Alors il ravale son agacement, inutile d'en faire profiter ce pauvre Cosmo, et lance :

▬ Cosmo sois pas comme moi, prends soin de ta maman plus souvent. Car on en a qu'une dans la vie. Earl Grey ne peut pas s'empêcher de penser que s'il avait été un meilleur fils, un qui travaille moins et prend plus soin de sa mère, qui lui raconte sa vie, qui essaye de la comprendre et de s'en rapprocher, il n'en serait certainement pas là aujourd'hui. Que c'est compliqué les parents, adolescent on pense que ça devient plus facile quand on est adulte mais en réalité ça ne s'arrête jamais vraiment d'être aussi épuisant.
 
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Mar 7 Nov - 23:47

  




Et bientôt reviennent leurs habituelles effusions d’affection. Une insulte, il répond en tirant la langue. C’est beau comme deux grand gamins dégindés, deux pauvres épaves qui s’accrochent à ce canapé comme à un radeau de fortune. Une tape dans le dos pour se réveiller, demonstration d’affection plus virile qu’une main dans celle d’un autre. Une petite violence amicale, quotidienne. Il la sent résonner doucement dans sa colonne vertébrale, dans tout ce qu’elle a de tenu. C’est un petit coup sec pour se dire que tout va mieux. Un mouvement qui cache la poussière sur le tapis. Mais il ne peut pas le blâmer.
Il entend sa douleur, ses cris du coeur. Il entend sa plainte et sa peine quelque par entre tous les murmurs des non-dis et des secrets. Il en ont chacun leur dose. Leur petite épée de damocles qu’il se cachent au fond de la gorge.
Il l’entend grogner Chais pas 'fin pourquoi elle m'a rien dit cette co... idiote !
Mais Earl tu es bien le fils de ta mère.
« T’sais que t’aurais rien dis non plus.  Si t’avais eu la même chose. » Soupire, sourire, faible entre ses lèvres fatiguées. Peinées aussi, un peu «  tu me l’aurais dis ? Si tu étais malade ? »
Il doute, il connait la réponse. Bien sûr que non tu n’aurais rien dis. L’hôpital se fout de la charité, et le docteur de sa propre santé. Mais il ne lui en tient pas rigueur car ils ne se disent pas ces choses là, les mots sont toujours dur à porter. Ils se cherchent toujours du réconfort en évitant ce qui leur fait peur, on est mieux aveugle à deux. On se rassure dans la même illusion. Mais ce ne sont que des reveries, des élucubrations d’esprit ternes quand il est 4 heures du matin.
Pourtant les mots de Earl ont un poids dans sa tête, une inflexion particulière qui pousse son crane de moineau à réfléchir.Prends soin de ta maman. Non Cosmo n’est pas un bon fils, il est égoïste, oublie les choses et de prendre des nouvelles. Il tente de s’arranger mais il ne sera jamais mieux qu’une source d’inquiétude et de fatigue. Il a trainé dans la boue la reputation de ses parents avec toutes ses bêtises.  En a surement fait la risée de la sphère parentale de Foxglove. Quand Clyde à disparu, il y a eu le défilé de policier, d’assistantes sociales, d’avocats portant le blâme sur leur éducation, sur leur propre santé mentale. On a questionné la façon dont ils traitaient leur propre enfant, insinué milles choses immondes. Que son père était un junkie, que sa mère était une intégriste. Qu’ils étaient peut être coupables. Et Cosmo s’en veut de leur avoir fait vivre ça. Quand son père est décédé, il est parti sans un mot, n’a presque pas donné de nouvelles pendant 5 ans. Et il a laissé sa mère seule dans cette ville maudite. C’était absolument nécessaire, c’était absolument égoïste. Et il s’en veut tellement pour ça.
Un grand soupire fait se mouvoir son corps et dans un geste non pas souple, mais brisé, il se relève. Sa main lâche doucement celle de Earl, la chaleur le quitte quand les phalange glissent les unes contre les autres. Sans un mot et sans demander il place Natch dans les bras de Earl qui se roule sur l’autre sans aucune gène, sans avoir l’air dérangé du moment qu’il peut dormir sur quelqu’un d’un temps soit peu confortable. C’est juste un oeil à l’iris félin qui s’ouvre à demi, unique fente de lumière dans ce pelage noir qui vient jeter un regard inintéressé à son nouveau coussin avant de se rendormir.

Cosmo attrape son telephone qui traine sur la table entre deux toncs et un DVD vierge couvert d’inscriptions au marqueur et pianote sur les touches à une vitesse folle, ses yeux fixant l’écran d’un air vide. Tic tic tic tic tic font ses doigts sur le tactile froid, quand la touche finale, « send » met fin à cette mélodie, il balance nonchalamment l’outil sur le canapé et se dirige vers la cuisine.
« J’vais voir ma mère le week-end prochain, t’es invité d’ailleurs. Tu sais qu’elle craque pour toi. » lance t-il sans gêne, comme une chose tout à fait normale. « Ah elle fera peut être des Dolma ou de la Şakşukak » un temps, rêveur, les visites chez sa mère étant un des rares moment où il ne mange pas de pates. Il passe sa tête par l’entrebâillement de la porte « … » Le son de le bouilloire se fait entendre à nouveau, sifflant dans le silence « Tu pourrais inviter ta mère aussi. Elles pourront faire un concours de qui a le fils le plus ingrat et désespérant et un top d’anecdotes gênantes… Des trucs de daronnes quoi… C’est surement une très mauvaise idée, pour nous je veux dire. » Mais ça leur ferait du bien, non ?
Il farfouille dans la cuisine, se cogne la tête contre un placard, jure, grogne, Urrrgh où est-ce que j’ai posé ce truc, et trouve enfin une boite de métal un peu poussiéreuse. Il avait eu l’attention d’acheter une boite de thé. Loin d’être un expert (une énorme buse plutôt) il était tombé dessus au magasin. « Earl grey » disait l’étiquette, ça avait le même nom que Earl, et quand il avait ouvert la boite c’était sombre, sec et l’odeur l’avait fait penser à lui. C’était tout con, certes un peu niais, mais entre deux kilos de pâtes, du papier, et trois paquets de café il y avait une boite de thé. Il l’avait totalement oubliée, mais maintenant semble le moment parfait pour la ressortir.

L’eau était surement trop bouillante, le thé trop infusé, pas bien dosé. Mais tant pis, c’est avec tout le coeur qu’il te tendait cette tasse, Earl, un signe de réconfort quelconque, comme si ce deuxième thé était un liquide magique dont la chaleur et l’odeur avaient le pouvoir de désinfecter et d’absoudre toutes les blessures.
Que faire quand un ami est en peine ? Donnez lui un peu de réconfort, un chat qui dort, un thé bien chaud ? Des petites choses banales, des chaleurs du quotidien. Si elles ne soignent pas elles ne font pas plus de mal.
Il farfouille une fois de plus sur la table basse inspectant les mugs de café, jusqu’a un trouver un qui le satisfait. Sans interrogations plus ample il en draine le contenu tout en attrapant son paquet de cigarettes qu’il fait tourner entre ses doigts. C’est du café froid, peut être même un peu poussiéreux et il ne s’empêcher de réprimer un frisson dans son dos, comme un réflexe de pavlov en pensant à son coeur et son corps qui bientôt, en concert, battront plus vite. Plus fort.

 
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Dim 12 Nov - 19:21
Voilà c'est sorti, c'est fait, tout a été déballé. Pourtant Earl ne se sent pas vraiment mieux. Vomir ne veut pas dire guérir. Il a toujours ce poids sur le coeur, ses boyaux tordus, son crâne en miettes et ne peut qu'espérer qu'il en est pas désormais de même avec Cosmo.
Ça le tue de l'admettre mais son ami a tristement raison quand il lui dit que lui aussi aurait caché ses maladies. Non Coco c'est pas pareil. Lui est grand et fort. Lui est un mâle presque trentenaire. Lui n'a besoin de personne, n'est la maman de personne, ne doit des comptes à personne et si jamais le Cancer avec un grand C voudrait le coincer il lui arracherait ses putains de pinces à grands renforts de coups de dents. Earl ne tient pas ça de sa mère, petite dame trop gentille sous les rides et les cernes. Oh non, cette ténacité, cette foutue, éperdue détermination qui le fait sans cesser foncer dans des murs si fort qu'il s'en briserait presque le crâne, il la doit à sa soeur, le terrible tyran terrifiant tyran rouge aux cornes bien cachées sous une tignasse de cheveux aussi noirs que les siens. Ou serait-ce un cadeau mortuaire de feu son père dont il ne se souvient presque plus ? Merci la famille de déglingués.

▬ Tu sais que je te dirais toujours tout. Et j'espère que toi aussi. Mensonge, mensonge, mensonge. Il y a tant de choses desquelles Earl Grey ne peut lui parler. Son ancienne vie qu'il veut oublier, sa dernière ex, cette jolie plaie à vif, son pouvoir qu'il ne maitrise pas et même sa soeur dont il en cauchemarde parfois, de ces moments où elle l'enfermait dans le placard en lui disant d'être un homme, un vrai. Un mec ça pleure pas, ça sent rien. C'est dur et lisse comme de la roche, froid et solide comme un grand g(l)arçon. Parce que si tu disparais sans prévenir je mettrais le monde à l'envers pour venir te trouver et t'engueuler à ma façon. Et le pire c'est qu'il est tout à fait sérieux. C'est classe et tragiquement ridicule à la fois. C'est Earl quoi.

Il laisse ses mains glisser sur la fourrure du chat, ferme les yeux deux secondes, se laisse bercer par les ronronnements. Et pour une fois il ne pense même pas à la galère que ça va être de retirer tout ces poils noirs sur sa chemise blanche. Sale bête. Il lui fait penser à une femme comme tous les félins avec ses airs nonchalants, son regard hypnotisant, sa façon lascive de s'étirer dans un bâillement qui dévoile tout ses crocs bien blancs. C'est qu'elles mordent ces petites furies là. Et souvent sans prévenir. Enfin Earl ne peut pas jamais dire non à ce curieux matou borgne et tranquille qui lui procure toujours un peu de réconfort quand il sent la caresse de son pelage noir et chaud sous ses mains blanches et froides. Et pareil au félin, Earl n'ouvre qu'un oeil, contemple Cosmo qui pianote sur son portable et se demande s'il tweete son habituel ramassis de n'importe quoi ou répond à un admirateur anonyme.

▬ Ouuuh si tu me prends par les sentiments avec la bouffe, je peux pas dire non ! Et au passage il tannera sa maman pour qu'elle ramène sa fameuse tarte à la cannelle potiron puisque nous sommes en automne. Parle pour toi, moi je suis un fils modèle, exemplaire même ! Qu'il s'exclame en plaçant sa main sur le coeur. C'est vrai ça. Un diplôme de médecine, un bon travail, un appartement, une belle voiture. Earl Grey pense qu'il a pas trop mal réussi dans la vie. Si seulement y'avait pas ce putain de passé qui ressurgit sans prévenir au moindre avion.

▬ Merci. Murmure-t-il en prenant la tasse chaude entre ses mains et en prenant garde de ne pas déranger Nacht qui roupille sur ses genoux, couette vivante et rassurante. J'ai le souvenir que la dernière fois ta mère m'a promis de me montrer les albums de toi petit. Tu sais ceux avec les photos de toi tout nu dans le bain. Le genre de dossiers qu'Earl adorerait se mettre sous la dent. Il trempe ses lèvres dans le thé, s'apprêtant à en rajouter une couche mais finit par railler, une grimace pincée sur son visage : Dis donc il a un goût particulier ton thé. Tu l'as trouvé dans une soucoupe volante ou bien ? Il ose seulement espérer que ce n'est pas le résultat d'une expérience foireuse de Spray même si d'ordinaire elle ne touche pas à ce qui relève du domaine culinaire.

▬ J'espère juste qu'elles me demanderont pas si j'ai une petite amie et quand viendront les petits enfants. Car il ne manque plus que la femme et les enfants, voir les dimanches à l'église et Earl pourra cocher toutes les cases de l'américain qui a tout gagné. Mais le mariage et les gamins sont quand même encore de sacrées étapes et pour le moment aucune fiancée à l'horizon. Earl est un peu fatigué de devoir expliquer à chaque appel à sa mère que non, il ne compte pas encore sortir du célibat. Maintenant ça va être tendu, elle qui rêve toujours de faire des tartes à ses petits-enfants car les tartes c'est le patrimoine madame. C'est ce qu'elle voudrait transmettre en ce bas monde et vu que ses propres gamins sont des ignares en pâtisserie il faut miser sur la prochaine génération. Puis vient une idée de génie et Earl s'esclaffe :

▬ Hé mais si ta mère craque sur moi j'ai qu'à l'épouser comme ça je serais tranquille et tu pourras m'appeler beau-papa !
 
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Mer 15 Nov - 15:55

  




Sa jambe tressaute, agitée d’un spasme, quand la caféine frappe. C’est le combientième de la journée ? On perd le compte quand la journée s’égraine. C’est quoi un jour quand tu vis la nuit ? Quand il sonne 4h et que tu es là dans un apart’ en ruine; ruine de vie, ruine d’hommes. Un frisson d’adrenaline le parcourt, toujours debout devant Earl qu’il toise non pas d’un air méchant, ou supérieur.  Il sent son coeur battre dans ses tempes et ça résonne, ça sonne vide, si vide. Se sentir comme une coquille, comme un pantin de porcelaine qui sonne creux quand il se brise. C’était un de leurs états constants et si effrayant.  Ce n’est pas la mort ou les monstres qui font peur, non. C’est le vide. Noir, profond. Un vide comme un tonneau des danaïdes qu’on cherche à remplir par tous les moyens. On se remplit de chose matérielles et fades. De paradis artificiels. De chimères qu’on poursuit jusqu’à s’essouffler parce que la douleur te tiens éveillé, vivant.
De travail aussi.
Il rajuste les grosses lunettes qui glissent sur son nez en soupirant. Beaucoup de fois il s’était demandé si ça n’allait pas finir comme ça un jour. Disparaitre.
Il se demandait souvent comment il allait mourir. Et les seules images convoquées par son esprit c’était lui crevant la bouche ouverte au fond d’un caniveau. La face lacérée, le visage brulé ou même sans tête d’ailleurs. Le corps en morceau, jeté dans une benne lavée de tous signes qui furent un jour lui. Et tout cela
Parce qu’il aura mis son nez là où il ne faut pas. Et ce n’est pas la police qui le sermonne ou le met en garde à vue. Et ce n’est pas les égratignure ou le passage à tabac dont on se remet.
C’est la mort, comme celle d’un vieux chien qu’on crève parce qu’il aboie trop.
Parce que malgré ses fables, Cosmo sait être réaliste.
Tu auras beau me chercher comme tu le dis Earl, c’est peut être toi qui feras mon autopsie.
Et il ne lui souhaite pas cette peine. Parce que Cosmo n’est pas un type qui a beaucoup d’amis. Au contraire.

Parce que tu as beau dire Earl, tu me prends pour un con parfois, souvent. Arrêtes de me prendre pour un con.
Parce que Cosmo sait qu’il y a des choses qu’il cache, et que bien sûr il n’est pas le meilleurs des confidents, mais malgré tout il a la décence de ne jamais demander.

Parce que
tu ne travailles pas sur tes potes comme sur des légendes urbaines.
Et même
si souvent le soir quand tu t’allonges tu as peur et tu doutes et que la voix dit dans ta tête :
Ils te cachent quelque chose. Tous. Il ne cherchent qu’a te faire tomber parce que tu en sais trop. Où ils se servent de toi. T’es aveugle, ils ont le poignard dans la main et ton prochain présent sera une camisole.

Chut, chut. Il ne veut pas paniquer. C’est pas le moment de se rouler en boule et d’avoir froid à l’intérieur, et de sentir le vent siffler dans sa tête. Parce que ce n’est pas à propos de lui, c’est à propos de Earl.

Il ricane, mais le rire n’atteint pas les yeux comme un moteur qui a du mal à démarrer : c’est un pauvre son fané qui meurt au creux de sa gorge.
« Sois pas ingrat et bois ta soupe d’herbe » Lance t’il le majeur en l’air, avant de s’enfoncer entre les lèvres un autre cylindre orangé-blanc.
Rester debout main dans les poches
Observer un instant le spectacle de son ami l’air fatigué, enfoncé dans son vieux canapé, son chat sur les genoux.
Garder en memoire les traits de cette image
qu’on pense
encline à la tendresse.

Nuage de fumée
comme un dragon, les volutes lui sortent par la bouche, masquent ses yeux furtivement dans un ballet de courbes.
« Traitre, tu vas faire exprès de lui rappeler j’en suis sûr. Je parie que tu l’as toujours mauvaise à cause de la fois où ta mère m’a montré la video de toi à la kermesse… tsss. »

« Hé mais si ta mère craque sur moi j'ai qu'à l'épouser comme ça je serais tranquille et tu pourras m'appeler beau-papa ! »

La clope lui en tombe presque de la bouche et il la rattrape in-extremis avant de se bruler les doigts. « Non. » Il met ses mains sur ses oreilles et ferme les yeux « non non non non non non sors moi cette image de la tête, je suis malade, je vais vomir je crois. » Beaucoup de caprices pour pas grand choses «  urgghhhh ne joues pas des faiblesses de ma mère comme ça, trouve quelqu’un d’autre pour satisfaire ta pression familiale. » Il se laisse tomber lourdement sur l’accoudoir du canapé  et lance avec une voix faussement enjouée «  Mais oui Earl, à quand la maison à la campagne, et les barbecues le dimanche, le chien, la petite famille, une petite femme qui t’aime et te fait des tartes… ahha, laisse moi rire. »
Ce n’est pas forcément méchant, c’est juste un constat triste. Et ça sonne amer dans sa bouche.
« Tu serais beaucoup trop sérieux comme daron, heureusement, tonton Cosmo est là » Sourire de requin, une main fièrement sur la poitrine et la clope au bord des lèvres, dans un sourire qui tique un peu trop « t’as jamais fais assez de bêtises, mais ne t’inquiète pas j’ai toute une liste de conneries, testées, approuvées ou…fortement déconseillées à te léguer.  » Il pose une main sur son épaule d’un air solennel et le regarder dans les yeux « Si je meurs avant que tu aies des gosses j’espère que tu leur diras que j’étais quelqu’un de cool. Enjolive un peu la réalité ok ? T’as même le droit de nommer ton premier enfant d’après moi.»

Mais en même temps ça lui fait peur Cosmo, une peur égoïste. Parce que si Earl s’en va lui n’a plus rien du tout.
Parce que s’il se range, il pourra dire adieu aux visites à 4h du matin
aux confessions sur le canapé
Juste, à la présence humaine.
Parce que peut être qu’un jour Earl lui dira qu’il ne peut plus, qu’il faut aller chercher les enfants à l’école, qu’il faut rentrer voir sa femme, qu’il faut partir en week-end chez belle-maman.
Toutes ces choses qu’il déteste et qu’il fuit.
Mais il connait son ami et se déteste souvent de douter de lui mais,
Il a peur,
Si Earl s’en va il lui reste;
Un canapé
vide
dans un appartement
vide
A des heures creuses
où il tourne en rond
dans un nuage de fumée.


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