beyond memories
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sentinelle // jae
 
myosotis
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Occupation : clown au cirque.
Jeu 24 Aoû - 1:50
je veux vivre, même à en souffrir
il court
contre la vie et contre le temps- il court sans pouvoir s'arrêter le souffle coupé
il court
comme un adolescent, sûrement après la vie et tout ce qu'on lui a volé
il courait- presque s'envolait
mais il est très vite gabriel sans ailes, les membres tués par des médicaments
alors ça fait un moment qu'il a arrêté de s’essouffler, de se battre et de chercher à vivre
d'essayer de ressentir, quitte à expulser un trop
il a les fourmillements qui se sont incrustés et qui le rongent, il a les fourmillements car cela fait trop longtemps qu'il n'a pas recommencé à être
humain
((respirer pleurer exhumer et ressentir- toujours ce verbe qui l'emmerde))
c'est drôle pour quelqu'un qui veut réapprendre à courir de s'asseoir face à quelqu'un comme vous
c'est drôle pour quelqu'un qui a peur de ne pas se trouver, de se chercher désespérément dans les autres
il est moi
il est un peu de vous aussi, sûrement on ne peut en avoir la certitude
il est personne il vous le dira- il a rien accompli il a rien fait il a rien vécu il a juste vu
de deux yeux vitreux
spectateur du monde, anesthésié
pourtant il y'a parfois la douleur qui remonte en éclat et qui lui prend la gorge- parfois il y'a ses coups qui partent contre les murs
il est en colère contre personne contre rien du tout en réalité
il est en colère de ne pas réussir à exister
mais comment vous exprimer ceci quand il ne sait pas placer un
je
car il n'est même pas il
pas vraiment gabriel pas vraiment clement pas vraiment oscar ni jordan
il se répète encore en boucle le soir comme un gosse
je suis moi je suis moi
et il a peur terriblement gabriel (qui n'est pas vraiment gabriel) qu'on lui retire son moi
il a peur que vous retiriez un peu de son moi, et il a besoin d'un peu de votre vous pour essayer de compatir
c'est pour ça qu'il est ici, cette quête d'identité qu'il aurait dû faire il y'a dix ans
il cherche un peu de normalité
et il vous l'a dit et il vous le dira
il a des amis il prend le thé il va au cinéma sort même le soir avec des donzelles pour leur écarter les jambes
il a réussi à arrêter l'auto-destruction à s'épanouir
mais qu'est-ce que ça peut bien faire dites, s'il ne fait qu'exister sans être lui
être éteint à cause de substances qu'il refusait de prendre
alors il est assis face à vous,
mains jointes et tordues par la nervosité
il a pas envie d'être là mais il sait qu'il le doit
après tout quel être sensé serait heureux de se confronter à ses soucis
il ne vous a pas dit bonjour, il s'est juste assis
car il ne peut saluer
car vous êtes vous et qu'il est lui sans vraiment l'être
et qu'il a dû mal à cohabiter avec les autres sans la drogue sous ordonnance
il a décidé sur un coup de tête d'arrêter la semaine dernière
depuis c'est la chute libre
il dort plus et il est nerveux, il a envie de tout fracasser mais de ne rien faire
d'être une loque sans but
il a envie de juste réapprendre à respirer- il a la gorge nouée et les cernes qui creusent ses joues
et sans doute vous lui direz que c'est pas bien de stopper net, de tout jeter à la poubelle sans un regard en arrière
il s'attend à ça à vos remontrances
il le savait en laissant tomber cette putain de boîte de pilules (en même temps que ces quelques amis qui lui sont toxiques, incapables de lui tendre un pansement pour dissimuler les blessures élargies par le temps)
il s'attend à tout cela et il espère profondément que vous êtes différents
il est assis là toujours face à vous je vous rassure il n'a pas bougé, c'était même une épreuve de sortir de son misérable studio
j'ai arrêté de- de prendre mes anti-dépresseurs la semaine dernière. je ne suis plus que le traitement que vous m'avez donné.
pas vraiment adulte, il a besoin de votre main pour tourner la page
sur le jugement et toutes ces choses
qui nous semblent irrévocables durant notre jeunesse
BY MITZI
 
magnolia
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Ven 25 Aoû - 0:05
« Parfois j’aimerais tout quitter parfois j’aimerais tout laisser oui j’aimerais partir, partir très loin. J’aimerais m’éloigner de mon peuple m’éloigner de ces hommes et abandonner toutes mes responsabilités. J’aimerais être égoïste et ne penser qu’à moi, mais qui suis-je ? Que vaux-je ? Loin de cette ville loin de ces terres ai-je une valeur, une identité ? Je ne sais pas. Et il m’est si simple de percevoir les problèmes des autres, si simple de déchiffrer leurs émotions, de comprendre leur frustration. Alors pourquoi lorsque je me regarde dans la glace, je ne me trouve pas ? J’ai beau me regarder et me murmurer Jae mon coeur se serre et rien ne bouge, rien ne se passe. Aucune réponse ne me parvient aucune main ne vient à moi personne n’entre dans la salle et — je suis seul.

La solitude me pèse bien plus que je ne veux l’admettre, bien plus qu’il ne m’est possible de l’admettre. C’est une sensation étrange, une lourdeur que j’ai en moi, un creux. C’est un manque, quelque chose qui me fait pleurer, me fait crier en silence, me fait me révolter. Et j’aimerais qu’on me dise qu’on m’aime, qu’on me serre dans ses bras et qu’on le fasse pour moi.

Pour ce que je suis.
J’ai envie oui qu’on me susurre des je t’aime, qu’on me couvre de baisers qu’on me noie sous la passion. J’ai envie d’être proie aux tendresses, d’être de ces existences importantes; pour une personne, du moins. Est-ce seulement possible ? Ai-je quelque chose à apporter ? Moi aux formes changeantes, moi qui ne peux donner naissance. Je n’ai pas d’avenir et il m’est douloureux d’en parler. J’aimerais être normal j’aimerais être libre j’aimerais d’un coup tous vous embrasser et lire sur vos visages votre immense stupéfaction.

Y aura-t-il quelqu'un pour me remarquer, pour me décrire ? Pour se souvenir de mes courbes jusqu'à pouvoir les dessiner dans son esprit, les yeux fermés ?  Qui suis-je cela m’obsède cela me tue et — cela lui fait mal aussi.

À Gabriel.

Gabriel aux identités multiples, aux nombreux masques : Gabriel l’amoureux des prénoms.
Gabriel le nerveux, Gabriel à la moue agitée et aux poings serrés, au regard parfois fuyant.

Gabriel qui entre dans ma salle de consultation s’assied sans un bonjour et commence à me parler, Gabriel qui ne va pas. Et est-il allé un jour ? Des fois j’aimerais lui demander s’il dort bien, s’il se sent bien : mais je crois que déjà, je sais. Alors je lui souris doucement, ne m’énerve pas et n’hausse pas le ton. A quoi bon ? « Respire un bon coup, Gabriel, mets-toi à l’aise, tu peux t’allonger si tu veux, fais comme chez toi. » Je laisse couler les secondes entre nous, contemple ces quelques mètres qui nous séparent et reprends, calme : « Le fait d’avoir arrêté aussi brutalement le traitement risque de te faire bizarre, mais ne t’inquiète pas, ton corps essaie juste de réapprendre à fonctionner par lui-même. » Et au final, je pense qu’il le sait déjà. Je n’ai jamais été pour les traitements intensifs, pour ces produits qui rongent de l’intérieur et qui soignant d’un côté tuent de l’autre. Je préfère le traitement par les plantes, l’homéopathie, préfère la méditation et les exercices de respiration. N’est-ce pas ce que je lui ai prescrit ? Fermer les yeux, se relâcher, se concentrer sur sa respiration jusqu’à se sentir un peu mieux, respirer quelques coups : puis se concentrer sur cette colère, cette sensation au fond de soi, sur cette boule de tristesse ou je ne sais quoi. Essayer d’en percevoir la couleur, le goût, essayer de la vivre jusqu’à, enfin, elle disparaisse et le calme règne.

Je n’aurais jamais cru le dire un jour, mais l’esprit est un poison. Il est cet ennemi du corps, cette existence qui veut tout comprendre alors que parfois cela ne sert à rien. Parfois il faut taire ses pensées, taire toutes les voix en soi et écouter à l'intérieur, écouter son souffle, sentir son abdomen monter puis descendre pour peu à peu se laisser aller, se calmer.

Enfin.
« Comment te sens-tu, aujourd’hui ? » En colère ? Agité ? Creux ? Nerveux ?
Gabriel ? Ou juste « moi » ?
Cette personne un peu bizarre, un peu elle mais surtout un peu tout le monde.
Surtout rien.
Personne,
toi.

Dis-moi.
 
myosotis
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Lun 11 Sep - 22:45
je veux vivre, même à en souffrir
souris
pour la photo
souris
pour les jolis souvenirs il se demande à quoi ça lui sert maintenant, tous ces albums de fausseté entassés dans un carton
ces sourires sans valeur et bien vite ternis par la réalité
oui- ça ne vaut plus rien cette époque révolue d'acceptation et de foi
oui- ça ne vaut plus rien d'avoir des jolis mots sans les penser
n'oublie pas de respirer même si tu souris n'oublie pas d'exister
même si tu souris
ne t'efface pas gabriel c'est ce qu'il entend c'est ce qu'il aime se dire
ça lui fait du bien d'exister un peu à vos côtés
alors il respire car vous le dites
il reste dans sa position et ne bouge pas
n'a pas vraiment envie de s'embêter, avec son grand corps tout en baguettes
souris gabriel
((il n'y arrive pas ou plus du pareil au même))
il s'accroche à votre risette à vous, s'accroche à vos mots aussi doux comme du coton
vous le rassurez
d'un sourire
((alors il se rappelle pourquoi il s'efforce tout le temps à répéter ce mot à agir en conséquence sourire sourire sourire ça calme les cœurs les peines et les colères ça réchauffe un peu))
il le fait aussi même si c'est un peu cassé un peu tordu, c'est franc et ça veut dire
je suis content de vous voir
car il ne pourra jamais le dire à voix haute alors il garde cet arc gravé sur ses lèvres
vous êtes humain aussi après tout vous avez le droit à des
sourires
il n'est pas heureux non car il a un peu de mal à identifier ses émotions enfouies sous un tas de colère et de frustration- d'une fatigue qui le bouffe
la question vient et se pose il réfléchit
c'est un peu dur d'exprimer tout ce qui continue à le faire vivre
mais il est un peu rassuré que vous réagissiez bien à sa déclaration de tantôt alors il continue s'ouvre un peu plus
je suis
il est
ce je un peu appuyé, pour affirmer son identité
fatigué. nerveux ? mais dans tous les sens dans
il relâche ses mains et il tente de capter vos prunelles pour les saisir pour réussir à parler avec un appui
je suis nerveusement content car les premières feuilles commencent à tomber. aussi car en me levant je me suis dit que je vous verrais, et ça me rend nerveusement souriant je pense. mais je suis aussi en colère et frustré car tout me tape sur les nerfs- les enfants qui crient en bas de l'immeuble, des indésirables qui reviennent dans les vies comme des fleurs.
il parle beaucoup car il ne sait pas vraiment- il cherche à se comprendre en même temps qu'il tente de vous expliquer
est-ce que c'est normal de ressentir tout ça à la fois ? ça vous arrive ? est-ce que vous allez bien, vous ?
est-ce que vous êtes content pour des petites choses insignifiantes comme lui
est-ce qu'il est comme vous
dites,
est-ce qu'il est normal
et est-ce que
vous l'êtes aussi
BY MITZI
 
magnolia
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Dim 17 Sep - 17:07

« Qu’est-ce qui est normal, je me le demande. Tu sais Gabriel, c’est une question compliquée que tu me poses. J’aimerais te dire que la normalité c’est être différent, qu’être normal c’est tout autant penser que ressentir (s’incarner). C’est être soi tout simplement et s’énerver taper du pied tomber et se relever. C’est aimer, ce peu importe la forme, et apprendre à voir les choses du bon côté.

Mais c’est faux.
Être normal c’est l’être aux yeux des autres.

L’homme a créé des codes sociaux et il jette la pierre au différent, transforme le normal en acceptable. L’homme a un ego fort et il ne veut pas voir meilleur que lui alors il faut être pareil ou moins bien. La normalité dans ce monde c’est être idiot ou encore assez intelligent pour se tuer, s’étouffer. C’est être oui capable de s’enfoncer de se perdre de s’oublier et devenir quelqu'un de nouveau : un étranger. Être normal c’est être profondément malade : (être) atteint de la bêtise humaine (la bassesse et la jalousie).

Être normal c’est être moyen.
Voilà.

Et donc tu es normal (pour eux).
Toi qui t’adaptes toi qui as autant de visages qu’il y a de gens autour de toi. Toi Gabriel mais aussi Adrien et Clément. Toi qui te fonds dans la masse et ne te démarques pas, toi perdu qui finalement n’es plus rien.

Et cette normalité, Gabriel, c’est de la merde.

L’homme est si méchant, parfois. Si réducteur.
Je crois que c’est lui qui te veut du mal, Gabriel, lui qui t’a rendu comme ça. « Parfois j’ai l’impression qu’hier remonte à un mois. Parfois je perds la notion du temps car chaque instant est si fort émotionnellement que j’en perds mes repères. Il m’arrive de me réveiller de bonne humeur et d’un coup de me sentir en colère. Il m’arrive de penser à quelqu'un de penser à des choses qui me dérangent et je serre le poing : mais plus tard me posant sur un banc, regardant la nature le calme revient. » Et je ne peux pas en dire plus ne peux pas t’influencer te rassurer ne suis pas là pour ça. Je dois t’aider à trouver les réponses par toi-même et ne peux donc pas assener des ce que tu ressens te définis, Gabriel. Je ne peux pas non dire que tu es irritable mais aussi gentil, que tu es tout un tas de choses et que c’est ça, d’être humain (soi). « Il m’arrive tout ça, m’arrive d’aller bien puis mal puis bien puis parfois même les deux en même temps ! » Ce n’est pas bizarre.

Et qu’importe l’avis des autres : contre-fiche toi de leurs regards, de leurs jugements. Il faut que tu t’acceptes que tu te comprennes et que ce fait tu ne penses plus à correspondre à quelque chose d’attendu. L’épanouissement ne dépend pas des autres il dépend de toi et ce n’est qu’en te rendant heureux avant tout que tu y parviendras. Bien évidemment cela peut être lié à d’autres cela peut être lié à eux mais ce sera ton choix, pas le leur. Si tu te sens bien en aidant cette ou ces personnes alors fais-le, si tu te sens bien lorsque tu décides de tous les ignorer et si tu juges qu’il vaut mieux que tu ne les écoutes pas alors tu as raison.

Il faut être égoïste car tous le sont, car l’homme est ainsi.
« Tu penses que c’est important, d’être normal ? » N’est-il pas plus important de se sentir bien, de se sentir soi ? « Tu te décrirais comment Gabriel ? » Et je me dis que tu ne comprends pas forcément où je veux en venir et conclus, précisant : « Penses-tu être quelqu'un de bien ? » Pourrais-tu tuer quelqu'un ? Pourrais-tu aimer, être fidèle ? Pourrais-tu t’aimer ?

Pour ce que tu es.
Et tu es si en retard, si en retard Gabriel.
Qui es-tu.

 
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Dim 8 Oct - 20:05
je veux vivre, même à en souffrir @jae
il s'accroche à vos mots avec désespoir, les saisit à pleines mains et vous admire comme il le ferait avec son reflet dans un miroir
il découvre peu à peu, piétine sur place avant de reprendre la marche mentale vous suit
sans saisir vos doigts entre les siens
il a la bouche entrouverte- gamin captivé
et tout fourmille en lui
il a envie de gratter les mots sur le sol les murs et même votre peau oui c'est l'envie d'hurler
je ne suis pas seul !
mais il se retient ne vagabonde pas, approuve de petits hochements de tête
sourcils froncés par la concentration
il semblerait qu'il y'ait plein de sous-entendus dans vos dires et il a l'impression de comprendre le message
ça lui fait vraiment du bien, ça lui remplit le cœur et les poumons
il sort de sa torpeur- son air de douleur constant disparaît
il a l'impression d'éclore à nouveau,
c'est triste mais si beau qu'il lui suffit d'une discussion d'une petite discussion pour réapprendre à respirer
c'est triste que l'hypocrisie qui est son oxygène factice soit aussi facilement remplacée par votre simplicité, jae
mais avant de partir dans tous les sens il attend la fin la chute
avant de quitter son fusil et son uniforme de sentinelle
redevenir gabriel
les questions là
ça le calme- ça apaise son myocarde qui battait déjà trop fort à l'idée de se mettre dans un nouveau
rôle
(ce n'est pas le mot car après tout n'est-ce pas ça que vous cherchez effacer)
gabriel il s'attend à ce qu'il y'ait une réponse juste à vos questions, à ce que ça
bip bip
si c'est faux
alors un peu hésitant
non..?
mais l'approbation stridente ne vient pas
il prend une inspiration et continue
si on est trop normal, personne ne nous aimera. je veux dire- j'ai une- amie ?
qui me parle car mon passé l'intéresse. si j'étais normal

si j'étais comme les autres pâle photocopie
elle en aurait rien à foutre.
un petit rire amer et il croise vos pupilles et vous demande un peu cynique
si j'étais quelqu'un de bien, je serais en couple et j'aurais une jolie maison pavillonnaire. je ne vivrais pas dans un studio aux murs décrépis et je ne serai plus seul.
et dieu sait qu'il l'aime au fond son studio aux milles étoiles au plafond- aux mots qui entachent la blancheur passée comme des erreurs
s'il était quelqu'un de bien, vous n'auriez même pas posé la question.
BY MITZI
 
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Sam 14 Oct - 22:09
« Dans le monde de Gabriel les hommes sont bons que s’ils ont un partenaire et une belle maison. Dans le monde de Gabriel, oui, l’homme n’est bon que lorsqu’il réussit dans la vie… et encore ! Sa réussite doit être significative aux yeux de la société, qu’elle importe et soit reconnue de tous. Mais dis-moi, Gabriel, faut-il également avoir une montre de luxe au poignet dès cinquante ans, lorsqu’on est quelqu'un de bien ?

Ne nous aime-t-on qu’à notre passé, et non pas pour ce qu’on est ? Et le bonheur, alors, où le situes-tu ? Es-tu donc quelqu'un de mal, veux-tu le mal, peux-tu faire le mal ? Je réfléchis et laisse un moment de silence flotter entre nous. Comment orienter la conversation, comment te faire parler ? Je n’ai pas le droit de te donner d’avis, n’ai pas le droit oui de te dire ce qui est bien ou ce qui est mal : ne suis pas juge et encore moins artiste. Je ne dessine pas les esprits et n’ai aucun droit de courber le tien en une forme qui me plait. Je dois juste écouter, oui, voir les maux et chercher à les soigner avec toi, chercher à te faire sentir mieux, plus épanoui, plus toi.

Toi Gabriel étant quelqu'un de bien et d’heureux (ou presque). Toi ne doutant plus de qui tu es, de pourquoi on t’aime et surtout toi t’aimant, sachant où tu vas. Enfin. J’ai envie de me passer une main sur le visage mais ne le fais pas, ne voulant pas te faire croire que je suis fatigué ou que ce que tu me dis me pose problème. Finissant par te sourire doucement, je te demande : « Penses-tu être quelqu'un de mal, alors ? » Si tu n’es pas bien, bon.

Depuis quand la réussite est-elle synonyme de bonté, de droiture ? Depuis quand oui réussit-on car nous ne pouvons faire le mal, car nous nous aimons, nous sentons bien, aidons ? Si c’était le cas ne serions-nous pas déjà tout en haut ? Si c’était le cas le monde ne serait-il pas différent ? Et que fais-tu du travail, de la rigueur ? Que fais-tu de ces traits de caractère, que fais-tu des gens, Gabriel ?

Tu parles en termes de réussite, de rémunération. Tu parles en terme de reconnaissance sociale alors que je te parle d’adjectifs ! Je te parle de sentiments, te parle de ce que tu ressens. Et ne peux-tu pas me dire ce que tu veux, quels sont tes rêves ? Voilà une question que je devrais te poser ! « Que veux-tu faire dans ta vie, Gabriel ? Qu’aimerais-tu, que veux-tu ? Si tu pouvais tout avoir que déciderais-tu d’avoir, sachant que tu pourrais tout avoir à volonté. » Amour, amitié, argent ! Dis-moi donc ce que tu sens, avoue-moi donc tes rêves, tes peurs.

Tes envies inavouées, jamais exprimées car peut-être les trouves-tu trop égoïstes, trop puériles trop tout ce que tu veux.
Tout ce que cette société qui te prend tant de place (dans ta tête) n’accepte pas.

Je ne jugerai pas.
Ne suis pas là pour ça.

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